Archives de la catégorie ‘Politique

Quitter les mots? Corinne Lellouche au Temple

dimanche, février 18th, 2018

 

 

 

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QUITTEZ LES MOTS? CORINNE LELLOUCHE EDITIONS MICHEL DE MAULE

jeudi, janvier 11th, 2018

Quitter les mots? Corinne Lellouche, Michel de Maule éditeur

En exergue de Quitter les mots?, cette dédicace : « A mon papier peint, A la sœur jumelle de William Shakespeare qu’on a mariée de force, la condamnant à l’abrutissante mort lente du foyer. Plus douée, plus travailleuse que son frère, elle n’exista pas hors l’invention de Virginia Woolf. Ou bien était-elle William.e Shakespeare, le « e » ayant disparu, ce n’est pas Pérec qui le retrouvera ». Écrivain, journaliste, chargée de cours au Celsa, Corinne Lellouche a été rédactrice en chef de l’hebdo culturel A Nous Paris qu’elle a créé, et de divers News Magazines, avant de faire naître avec Jacques Rosselin, fondateur de Courrier International la télévision locale Cap 24 (TNT). Elle est l’auteur de Ma vie est une oeuvre d’art, devenu un classique des années 90 ; de 200 marches, J-M Laffont éditeur, 2004, dialogue centré sur l’escalier que Lou Blic, son mari et coauteur disparu trop jeune descendait. Ici se confirmait la recherche d’une écriture séquencée retrouvée quelques années plus tard dans Reine Blanche, J-M Laffont éditeur, 2010.

Par la voix d’un narrateur qui vit comme il écrit, on découvre dans Quitter les mots? La bibliothèque à la fois personnelle et universelle d’un personnage intersexe, Désiré(e), obsédé par la précision du langage. Malmené par la vitesse du siècle, il convoque les textes qui ont élevé ses joies, ses maux, sa solitude, ses rencontres. Toutes les formes de la tension et de l’agression le traversent en ce millénaire de surinformation dont le tissu de lois, de réseaux, de connexions secrètes, semble autant de fils où se piège le temps qui lui est compté.

Extrait :

Le roman familial lui avait prêté une entente immédiate avec les mots. C’était tout le contraire. Ses parents parlaient une sorte de patois aux accents difficiles qu’il ne comprenait pas. Il ignorait cet idiome entendu tel un bruit de fond lancinant depuis sa naissance, réalisant seulement qu’il n’était utilisé qu’à la maison. Un secret inavouable. Dès son arrivée à l’école, il avait redouté une moquerie à ce sujet qui n’était jamais venue. Il avait en tête, par cette mystérieuse logique d’avant le savoir commun, que cette langue-là, – « l’arabe » que ses parents nommaient du « breton » par peur d’être assimilés aux émigrés – ne comprenait que les vocables désignant ce qui était honteux, ce qu’il ne fallait pas dire : la morve, les matières fécales, l’urine, la bave, la salive, qui traînaient telles des limaces abjectes dans le champ fertile de ses complexes. À deux ans, il était déjà conscient du regard et du jugement. Aussi s’était-il appliqué fort tôt à une précision du langage qui faisait l’admiration de ses maîtres. Lesquels ignoraient que son tropisme pour les livres et ses dispositions pour la chose écrite et parlée étaient peut-être nés d’une véritable terreur, la pire de toutes, celle de ne pas se sentir conforme. Cette peur l’avait conduit à une sagesse effrayante. Il ne bronchait pas, naviguant entre une pratique épuisante de l’écoute et une sorte d’absence, d’évanouissement, de retrait.

Ou bien était-ce le refus d’intégration, – premier mouvement de ses parents évoquant « les Français » pour tous ceux qui n’étaient pas Juifs et Tunisiens comme eux -, qui l’avait conduit, lui, à vouloir aimer tout et tout le monde.

La différence possède la vertu de ses défauts.

Enfant, la langue française, la sienne, jugée étrangère par ses géniteurs le rendait irrémédiablement exilé, impropre aux repères que les autres avalaient sans effort. L’apothéose de cet état d’inconfort, il l’avait éprouvé, un jour où, victime d’une agression, l’instituteur lui avait demandé s’il voulait bien « faire la paix » avec un agité qui l’avait frappé sans raison. Que signifiait « Faire la paix » ? La classe entière attendit la réponse de Désiré tandis que son être s’enfonçait dans un silence hostile, sorte d’interlude interminable que l’enseignant avait rompu en lui reprochant son vilain mutisme. « Faire la paix » pour un petit français de souche, même s’il est athée, cela coulait de source. Ne lui avait pas échappé que les plus mauvais élèves avaient compris le sens de cette injonction empruntée à la civilisation chrétienne, qui pour lui, demeura longtemps une énigme en même temps qu’un traumatisme. La sœur jumelle de D., (I.L. pour Isabouche Lebelle) éprouva les mêmes sérieuses difficultés à l’écoute d’une petite amie lui racontant qu’elle s’était rendue au musée. Elle connaissait le boulanger, le pâtissier, l’épicier, mais que pouvait-il se passer dans un musée ? Et toujours cette intonation particulière grâce à laquelle on réalise que « se rendre au musée » relevait d’une pratique supérieure faisant de vous une personne supérieure. D’autres déconvenues furent joyeuses. Ainsi un personnage « singulier » rencontré dans certains récits, lui demanda de longs mois de réflexion avant que tel un archéologue il n’invente sa découverte : un personnage singulier pouvait être le contraire d’un personnage pluriel s’il était UNIQUE.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

https://www.kulturiste.net/single-post/2018/01/12/Quitter-les-mots-

http://evene.lefigaro.fr/livres/livre/corinne-lellouche-quitter-les-mots-5172831.php

 

 

pierre et gilles dans camera

vendredi, novembre 3rd, 2017

Partir du noir pour aller jusqu’à la lumière pourrait être une définition de la rétrospective clair-obscur qui s’est tenue au MuMa Havrais du 27 mai au 20 août dernier. Pierre & Gilles : au recto un agitateur du médium photo, au verso un peintre. Mon tout maîtrisant art, artisanat, exécution, production en des rôles précis, non interchangeables, avec pour constante l’impossible séparation. A deux ou rien, et pour les qualifier, des adjectifs et des références venus d’une constellation d’univers, de pays, de cultures. Adjectifs au moins aussi nombreux que les objets dans lesquels ils habitent, puisqu’à vrai dire c’est dans leur travail que cette paire d’artistes indissociables vivent ensemble depuis plus de quarante ans.

« Nous nous sommes rencontrés en 1976, en pleine explosion du punk, c’était les jours glorieux d’avant le sida, ceux où l’on pouvait échapper joyeusement à la morale. J’ai le souvenir d’une grande liberté, d’un élan, d’un espoir sans doute liés à notre jeunesse. Pour les gay, tout s’ouvrait». La voix du duo, c’est Gilles, Pierre écoute intensément, ciselant le propos de son compagnon au moyen d’un « je » qui se la joue interchangeable. « J’ai mal vécu les années 80, ce moment où le monde s’est durci, elles sont synonymes du pouvoir de l’argent, notre génération ne pensait qu’à ça. Sans compter cette question lancinante, chacun se demandant lequel était séropositif. Notre communauté fut à nouveau stigmatisée de la pire façon. C’était une véritable guerre, les médecins prenaient des gants pour soigner les malades. On sortait mais plus comme avant, il y avait de gros portiers partout, des préservatifs, des codes secrets, des tickets d’entrée. Les défilés où nous atterrissions sans invitations sont devenus de hauts lieux du snobisme et des mondanités ».

L’air de rien, Pierre et Gilles ont en quelque sorte « sauvé » nos horribilis eighties. L’époque appelait l’alternance politique, plus de solidarité. Elle s’est réveillée avec le Sida, le Rainbow Warrior, Tapie ministre de la ville pendant qu’il magouillait à l’OM, Libé ouvrant ses pages à la publicité, les nouveaux pauvres, le tout arrosé du nuage radioactif de Tchernobyl. Les anciens gauchistes visaient le statut VIP, confère la formule de Guy Hocqenghem dans son célèbre pamphlet post mortem : « Lettre ouverte à ceux qui sont passé du col Mao au Rotary ».

Sous une apparence facile, le duo prend partie, témoigne, choisissant de mettre en relief des détails qui n’en sont pas, ici une couronne mortuaire, là un triangle rose.

La suite dans Camera numéro 19

Bien à vous,

Corinne Lellouche

Puisse l’humain nous atteindre

jeudi, janvier 12th, 2017

radeau-de-lampeduse-2

Le 11 janvier 2017, face à l’Hôtel de ville de Paris, un bateau de réfugiés a chaviré dans la Seine.

Sous les fenêtres de l’amère (pour nous), Anne Hidalgo, très fière de présider aux destinées d’une ville réputée ne pas être atteinte par les flots.

Lui reste cependant à être atteinte par le sort des réfugiés, harcelés, humiliés, maltraités, aux abords de son centre pour migrants de la porte de la Chapelle.

Merci à l’artiste Pierre Delavie pour ce nouveau mensonge urbain contre les tours de magie de nos gouvernants, et au Bureau d’Aide et d’Accueil aux Migrants, présidé par Héloïse Mary qui présentait ses 50 vœux pendant le happening.

Etaient présents les très talentueux auteurs du documentaire « La Mécanique des Flux », Nathalie Loubeyre, réalisatrice, et Joël Labat, cadreur. http://www.lamecaniquedesflux.com/

Bien à vous,

Corinne Lellouche

Ci-dessous le texte posté par l’artiste Pierre Delavie, auteur d’un mensonge urbain à la hauteur des mensonges de nos gouvernants :

« Vous n’êtes pas sans connaître la situation politique déplorable à laquelle nous faisons face aujourd’hui. Ce n’est jamais la guerre, et ce sont pourtant bien des survivants à qui l’on empêche de trouver refuge ici, où nous sommes bien en état d’urgence — certaines personnes françaises reçoivent actuellement des peines de prison avec sursis pour avoir aidé des réfugiés originaires de pays que nous bombardons parfois afin précisément, d’en défendre les droits.

Nous allons d’ailleurs bientôt élire un président, toujours sous cet état d’urgence qui nous fragilise depuis des mois et qui ne nous renvoie qu’un reflet de guerre sous prétexte de l’éviter. Des soldats dans les rues pour éviter la guerre. Enfin.

Leurs guerres. Nos morts.

La France est classée 45ème sur 162 pays selon l’indice de paix mondial, tandis que les Nations Unies estiment à 65,3 millions le nombre de personnes réfugiées dans le monde (réfugiées dans le monde). À part égale, nous devrions donc considérer notre population de 400 000 personnes plus grande, car le piège se referme chaque jour où nous n’adressons pas la parole, chaque jour où l’œil se ferme. Préférant dissocier les entités « conflits » et « femmes enfants hommes fuyant les guerres », et les laisser à ce qu’elles sont : dévisagées sans qu’elles nous touchent.

Je dis qu’elles nous touchent, directement. J’aimerais par exemple voir plus souvent le nom de Pierre Rabhi que celui de Marine Le Pen dans l’immédiat, et demander aux habitants de Calais comment vont-ils, ou à ceux du 19ème arrondissement de Paris où les employés du siège de France Terre d’Asile ont fait grève, cet été.

J’aimerais leur poser la question. N’oublions jamais de poser la question.

C’est en ce sens que je souhaite renouveler mon soutien au BAAM, vous inviter à suivre ou participer à leur engagement exemplaire auprès de celles et ceux pris en otages par des conflits extérieurs, en tout cas, extérieurs à toute bonne volonté.

La paix est-elle mieux défendue que la guerre ?

Je me suis rapproché du BAAM et nous avons élaboré une campagne de sensibilisation à cette cause humaine, urgente, qui pourrait se révéler une expérience magnifique -à la hauteur de son horreur, si nous ouvrions la porte.

L’œuvre actuellement en train d’être dévoilée à l’occasion des vœux publics du BAAM ce mercredi 11 janvier 2017 est une marque de respect envers le travail mené jusqu’à futur par toutes les personnes engagées dans le processus de paix mondial, c’est également un travail de mémoire que je vous propose en tant qu’artiste.

Cette question soulevée et qui doit l’être à chaque nouveau jour qu’une guerre viole.

Nous devons être attentifs et reconnaître tous les éléments vitaux qui partagent avec nous ces temps difficiles, le BAAM est une association parmi d’autres, défendant la cause d’une lutte, parmi d’autres, français nous sommes humains, parmi d’autres. Mieux permis à la vie.

Je souhaite que l’année soit unie à vos souhaits,

Amicalement,

Pour Pierre Delavie, texte de Laura Boullic, poète

http://cargocollective.com/belohussetfiledirectory/manif-este-ment-dit-versitte-es-rend-contre-ma-balance

http://www.msf.fr/presse/communiques/migrants-rue-paris-harcelement-et-violences-policieres-doivent-cesser

https://www.facebook.com/Comit%C3%A9-de-soutien-des-Migrants-de-la-Chapelle-383876428489763/

http://pierredelavie.com/

https://www.facebook.com/pierre.delavie.3https://www.facebook.com/baam.asso/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réfugiés : qui gagne perd

mardi, novembre 15th, 2016

Photo Corinne:Net

J’écris ce que je suis

Qui je suis ?

Un long vers solitaire

Vers qui je fuis ?

Je fuis ce que je crie

Pas d’en vers

Ni d’endroit

« Rien où poser sa tête » a écrit Françoise Frenkel

Le ruban de Möbius

se déroule comme la Seine

Décollons la scène peinte

 

Tu seras toujours « Surpris par la nuit »

Etre qui fuis

Migrant

« Tu ne souffriras pas »

a répété en boucle Robert Desnos,

mort à Theresienstadt

Nous sommes tous coupables de crime d’humanité

De Theresienstadt à Lampedusa

 

Est-ce que cela

Ne s’est pas déjà produit avant ?

Les rafles dans Paris recommencent.

Du passé, faisons table pleine.

 

On n’a pas trouvé la page

Et pourtant on est passé ailleurs

A l’ère où l’homme transforme davantage le monde

Que la nature

Il est maintenant plus fort qu’elle

C’est cela qui le tue

Notre ère se nommera bientôt

Anthropocène

C’est l’envers de la Seine

 

Aux réfugiés qui s’automutilent

Les deux mains

Dont les empreintes enregistrées de force

Peuvent les envoyer à la mort

Peut-on dire bonjour et à demain ?

 

Bien à vous,

Corinne Lellouche

PS : source wikipedia

En raison du système Eurodac de reconnaissance automatisée des empreintes dites décadactylaires car sont enregistrées (souvent de force) les dix doigts plus la paume. répertoriant, au 31 décembre 2007, 1 005 323 demandeurs d’asile et immigrants clandestins âgés de 14 ans au moins. Objectif : identifier le pays par où ils sont entrés afin de pouvoir les y refouler, en vertu de la Convention de Dublin. Mis en application en 2007, le règlement Dublin II a comme objectif de limiter les demandes d’asile multiples dans l’Europe de Schengen.

Ainsi, les autorités françaises ou britanniques expulsent régulièrement vers l’Italie ou la Grèce des réfugiés qui y avaient préalablement été fichés, pour que leurs demandes d’asile soient étudiées dans ces pays, ou qu’ils soient « refoulés » dans leur pays d’origine, c’est à dire envoyés à la mort.

Depuis deux ans, un nombre croissant de migrants font ainsi le choix de se mutiler les doigts afin d’en effacer les empreintes, espérant ainsi échapper au fichage d’Eurodac et au système de « réadmission » de Dublin II.

 

 

 

Qui est Corinne Lellouche?

dimanche, novembre 13th, 2016

Photo Corinne:Net

DIPLOMES

Baccalauréat, série A, Paris, 1976
Master Sciences Politiques, Paris 1 Sorbonne, 1982
Master Journalisme, Celsa, Paris 4 Sorbonne, 2013

JOURNALISTE DEPUIS 1984, CARTE DE PRESSE N°53624

-Grand Editor FLSignature

-Conceptrice et rédactrice en chef de la revue en ligne Mondialisés depuis juillet 2011 (http://www.calameo.com/read/000788960e014a89c0a21)

-Conceptrice et rédactrice en chef de Cap 24, télévision locale Parisienne diffusée 24 heures sur 24 sur la TNT de mai 2006 à avril 2008. Groupe Hersant Média

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-Rédactrice en chef du magazine DS, mensuel, news au féminin (Société/Culture) de septembre 2002 à décembre 2005

DS

-Créatrice et rédactrice en chef de A Nous Paris, hebdo culturel gratuit distribué à plus de 500 000ex. d’août 1999 à septembre 2002. Premier gratuit du métro en France. Créatrice et rédactrice en chef du hors série monde « Tendancieux » aujourd’hui collector.

TENDANCIEUX

-Chef d’édition et responsable enquêtes société et culture, pour le Magazine Tribeca et son supplément Paris, d’avril 1997 à août 1999

-Chef des informations du Magazine d’informations culturelles LOLA depuis sa création en mai 1996 jusqu’à son arrêt en février 1997

LOLA

-Responsable « politique et économie » du quotidien Le Temps du Dimanche, de Jacques Rosselin, fondateur de Courrier International, de février 1994 à l’arrêt du projet en mars 1996

-ITV scoop du Président Jacques Chirac, réalisé en 1994 pour FEMME, reprise par l’AFP et l’ensemble de la presse, tous médias confondus

CHIRACJC 2JC 3LE MONDE JC

JOURNALISTE AU SEIN DU GROUPE MARIE-CLAIRE DE 1990 à 1994 :

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-Pigiste régulière à Cosmopolitain de Mai 1990 à Mai 1992
-Pigiste régulière à Marie-Claire, interviews, enquêtes de Mai 1990 à décembre 1994

JOURNALISTE AU SEIN DU GROUPE FILIPACCHI DE 1984 à 1988 :

-Pigiste régulière à ELLE de 1986 à 1988
-Journaliste à F Magazine de 1985 à 1986
-Journaliste à Paris-Match (service culture), de 1984 à 1985

F MAG

 

Collaborations
– Monsieur, le Pariscope, 7 à Paris, Voyager Magazine, les Dossiers du Canard Enchaîné, HARA KIRI, INFOS DU MONDE

7àP MUSTFA2FA 1FA3HARACANARD OURS

RADIO DE 1988 à 1990

-Création de la première émission sponsorisée, Kodak-Rock, avec l’agence Young&Rubicam et l’animateur Bernard Lenoir. Distribuée chaque semaine gracieusement sur RFM à Paris et sur 120 radios locales

kodak

Rubriques T.V.

-Antenne 2: Rubrique Air du temps dans Télé-Matin avec William Leymergie, 1990
-CANAL + : Rubrique mode, Kelou-Kelou dans le TOP 50 avec Marc Toesca 1987-1988
-France 3 : Animation d’une émission A Nous Paris tous les samedis matins 2001-2002

TELETOP 50 3TOP 50 2TOP 50 1TELE 7

CONSULTANTE / Presse & Création de titres

-Créatrice-conceptrice et rédactrice en chef de la revue Armani Confidential d’août 2008 à août 2010, traduite en 6 langues, diffusée dans 60 pays.

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Armani 2

 

-Consultante : Concepts Novateurs en journalisme, création de titres pour 20mn, l’Agence Centrale de Presse/Ciganer, Revue ictus/ Pierre Delavie artiste plasticien/Urbanalité, depuis février 2012

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ENSEIGNEMENT

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-Chargée de cours au Celsa, École des Hautes Études en Sciences de l’Information et de la Communication, Paris IV Sorbonne depuis octobre 2006

-Ateliers d’écriture des nouvelles du Celsa, Paris IV Sorbonne publiées chez Kiklos puis Pippa

PASS

Extrait préface Corinne Lellouche : « Singulière aventure que celle de ces littérateurs débutants qui sont parvenus à la langue la plus inventive, la plus juste, parfois la plus classique. D’une confession, un souvenir, un fait-divers, naît davantage qu’un récit, un monde, un univers. D’abord emmenés par Adeline Wrona, Francis Yaiche, puis Olivier Aïm, responsable de la publication, ils sont plus de cent vingt chaque année à participer…Écrivain, journaliste

ÉDITION
-Cofondatrice avec mon mari, publicitaire, poète et écrivain, Yves Boullic, aujourd’hui décédé, des Éditions de la rue de l’Ouest en 1990, distribution Hachette

AUTEUR:
Ma vie est une oeuvre d’art, 1990, Rue de l’Ouest/Hachette

VIE O d'AVOA QuotVOA l'ESTVOA Télé 7

VOA2VOA VSD

VOA FIGVOA Match 2
Largement soutenu par la presse, tous médias confondus car l’ouvrage comportait une première en littérature : des annonces publicitaires. Le succès a permis une réédition quelques mois plus tard.
200 marches, septembre 2004, Lou Blic, Corinne Lellouche, J.M.Laffont.

200200 PSYCHOLOU 200

 

PORTRAIT LOU BLIC

Yves Boullic/Lou Blic, écrivain, poète, 1959/1995

Il y a moins de monde là-haut éditions de la rue de l’Ouest/Hachette 1991

Mes répétitions générales, éditions de la rue de l’Ouest ; Hollylow, Andy Ding, 200 marches à descendre, 200 marches pour finir. Sociétaire de la Société des Gens de Lettres.

Reine Blanche, mai 2010, J.M.Laffont

reine blanche
Auteur de concepts novateurs en média-communication

« Dans les années 80, lorsque émergeaient les radios locales, j’ai eu l’idée d’émissions radio sponsorisées capables de créer un univers de référence pour une marque donnée, loin du matraquage habituel.

-C’est ainsi qu’est née l’émission Kodak-Rock avec Bernard Lenoir

Principe : j’avais démarché Young & Rubicam qui possédait le budget Kodak.

-Ensemble nous avons débauché Bernard Lenoir, de son émission Feedback sur France-Inter.

-J’ai alors conçu une émission d’une heure, Kodak-Rock. Totalement dépourvue de slogans. Mais dont l’univers rajeunissait la marque qui résistait mal à la concurrence. J’avais recruté pour l’occasion un inconnu qui réalisait des interviews décapantes bien dans l’esprit que nous recherchions, Karl Zéro.

-L’émission d’une heure qui était offerte gracieusement à 120 radios locales en France et sur RFM à Paris était programmée une fois par semaine. Au côté de Bernard Lenoir qui l’animait, je réalisais un édito et une interview autour de l’actualité culturelle.

Nous avons continué avec Badoit, le Festival de Cannes.

L’aventure À Nous Paris

J’ai ensuite repris le cours d’activités professionnelles plus classiques (chroniques in Canal+ avec Marc Toesca du Top 50, chroniques in Télé-Matin avec William Leymergie, journaliste pour ELLE, Marie-Claire, les dossiers du Canard Enchaîné, Chefs des informations pour les mensuels Lola et Tribeca), avant de vivre l’aventure du premier gratuit conçu par une équipe de journalistes professionnels, très loin de la culture « Paris Boum-Boum » qui sévissait alors sur ce secteur en friche. À Nous Paris, hebdomadaire culturel distribué à plus de 450 000 exemplaires dans le métro parisien, fut bénéficiaire dès le premier numéro. Sa ligne rédactionnelle se voulait simple : écrire le journal que nous aimerions lire, offrir de vrais repérages dans la jungle de l’offre culturelle et des lieux urbains, donner des adresses à nos lecteurs comme le ferait un ami qui conseille une expo ou un restaurant. Ici, plus de « cache-sexe » par rapport à la pression publicitaire qui s’est finalement révélée moins dictatoriale que dans nombres de magazines payants.

Concepts novateurs en littérature sur des idées originales de Yves Boullic/Lou Blic

De la pub dans les livres

Quelques années plus tard, en 1990, nous avons créé avec mon mari, Yves Boullic, à l’époque directeur du département communication politique de l’agence Robert&Partners, et auteur du slogan « Au secours ! la droite revient. » une maison d’auto-édition inédite. En effet, le premier ouvrage paru –dont j’étais l’auteur- contenait des annonces publicitaires, deux pages en début et en fin d’ouvrage. Cette nouveauté immédiatement relayée par l’AFP, nous valut des retombées presse considérables. D’une certaine manière ce fut la publicité qui « vendit » le roman. Nous étions conscients que la publicité n’avait pas d’avenir dans la littérature générale. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle n’y était jamais apparue. Cette première fois à vocation unique constituait cependant une information, un scoop pour les journalistes. Les annonceurs ne nous avaient d’ailleurs pas payés, il s’agissait de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Alain Mikli (qui disait : « Autant se cacher derrière quelque chose qui se voit « ), Guerlain et Mercedes (avec ce slogan emprunté à Oscar Wilde : « le seul moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder ». C’est ainsi que notre petite maison d’édition indépendante -installée dans notre appartement- obtint d’être distribuée par Hachette. Le livre fut immédiatement réédité avec cette fois des annonces que nous avons offertes, notamment à l’Agence Française de Lutte contre le Sida, manière de remercier. Et également un échange avec la radio Skyrock qui annonçait : « Plus de tubes, moins de pub ! »

ELLEN d'ALSACE 20 ans VSD BBCO FIGARO QUOTIDIEN BOULOGNE FIGARO MADAME 20 ans VOIX NORD

La poésie c’est de l’or

Le succès permit une réédition du livre. Le second, « Il y a moins de monde là-haut » était un ouvrage de poésie de Lou Blic, pseudo de Yves Boullic. Diffusé sous blister, il était blanc et gris, sans aucune mention puisque le nom de l’auteur devait être « gratté » comme au tac au tac avant d’être découvert. Là encore, l’AFP d’abord, suivi par l’ensemble des médias salua, outre la qualité littéraire de l’ouvrage, cette prouesse dont le credo était : « les gens grattent pour avoir de l’argent, la poésie, c’est de l’or ».

Moins 1 MOINS 2 LOU 2 LOU4  LOU 3  LOU BB

Bien à vous,

Corinne Lellouche

PS liens utiles :

http://fastncurious.fr/guestncurious/la-tendance-ma-tuer.html/ http://www.kykloseditions.com/preface-corinne-lellouche.html

Satellimag : http://www.satellimag.fr/biographie-corinne-lellouche.html

https://www.pressenews.fr/regions/2003/07/03/des-changements-au-sein-d-a-nous-paris,96263664-BRL

https://www.pressenews.fr/feminin-masculin/2005/11/24/anne-de-la-forest-prend-la-redaction-en-chef-de-ds-magazine-relance-en-janvier-2006,96260502-BRL

https://fr.wikipedia.org/wiki/DS_Magazine

Cap 24 (TNT).

http://9k.9941.yi.org/0/?url=NDJfcGFDL2lraXcvZ3JvLmFpZGVwaWtpdy5tLnJmLy9BMyVzcHR0aA==

Ma vie est une œuvre d’art[2]http://livre.fnac.com/mp7694553/Ma-Vie-Est-Une-uvre-D-art https://www.bookeenstore.com/ebook/9782402150903/ma-vie-est-une-uvre-d-art-corinne-lellouche

200 marches (avec Lou Blic), Jacques-Marie Laffont éditeur, 2004 (ISBN 284928064X)[3] http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?page=article5&id_article=959

Reine Blanche JM Laffont, 2010[4] http://www.femmeactuelle.fr/culture/actu-livres/reine-blanche-de-corinne-lellouche-13130

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://files.satellifax.com/satellimag/Satellimag-60.pdf

Ouverture du Maquis Megastore 187 rue Saint-Denis, Paris 2

jeudi, avril 17th, 2014

Phil-recadré

Editeur et manager d’artistes depuis plus de quinze ans, Philippe Pierre Adolphe continue de résister depuis son Maquis, label mythique prolongé aujourd’hui par le Maquis Megastore. Toute ressemblance avec l’affreux tueur des indépendants qui a longtemps sévi sur la plus terrible avenue du monde serait fortuite. La bête des Champs à terre, les amoureux des belles choses vont pouvoir fêter le Disquaire Day ce 19 avril en comptant avec l’arrivée de Philippe Pierre Adolphe qui trouve là, au 187 rue Saint-Denis à Paris, le moyen de défendre une production exigeante de collectors français et étrangers. « Contre la dématérialisation du monde, on constate un retour du beau et du vintage en matière de culture et d’articles. Ma boutique a vocation à devenir un endroit de passage, d’échange et de rencontres. J’imagine des soirées de dédicaces, des expositions de graphistes, photographes et designers qui se sont illustrés pour leur travail autour des pochettes ou des affiches. J’aimerais que ma clientèle s’approprie ce lieu de transmission où se croiseront les créateurs internationaux que j’ai édités ou programmés tout au long de ma carrière : Alan Vega, Etienne Daho, Marquis de Sade, Faust, James Chance, Happy Mondays, A Certain Ratio, Christophe, Fantazio, Dee Nasty, Joey Star. Last but not least, les cinéphiles trouveront également une sélection d’affiches de cinéma réputées introuvables ».

Rap ta France DD

Auteur de Rap ta France

Journaliste et écrivain spécialisé, auteur de titres de référence sur l’histoire des musiques actuelles tels que Rap ta France, réédité par Flammarion et J’ai lu pour poche, le Dictionnaire de la House, ed. Mille-et-une-nuits, Anthologie de la poésie Rap, ed. Mille-et-une nuits, Philippe Pierre Adolphe compte développer un esprit revival et moderne : « les générations actuelles sont curieuses des grands mouvements culturels. Or, les magasins les ont souvent accompagnés, confère Vivienne Westwood et Malcom McLaren pour le mouvement punk. J’aimerais inscrire mon travail dans la lignée des disquaires indépendants tels que Rough Trade basés à Londres et encore ouverts aujourd’hui. Pour rappel, la première enseigne Rough Trade a été ouverte en 1976 par Geoff Travis, dans le quartier de Ladbroke Grove. En 1978, elle a donné naissance aux célèbres Rough Trade Records, label qui va de The Smiths à The Libertines. J’emprunte le chemin à l’envers puisque j’ai derrière moi un catalogue de plus de 200 albums produits par le Son du Maquis ». Philippe Pierre Adolphe a glané de prestigieux prix tout au long de sa carrière : prix de la meilleure création musicale 2010 du Ministère de la culture remis par Frédéric Mitterrand pour Free Africa à l’occasion du« Cinquantenaire de l’Indépendance des Pays Africains », prix coup de cœur 2008 de l’Académie Charles Cros pour Cocktail Molotov, bande Son de Mai 68 (co-production avec Radio France), prix Quartz 2011 de la meilleure compilation de musique électronique pour « A Man and A Machine » 3 volumes, Histoire des Musiques Electroniques.

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« Mon intention est de couvrir un large champ des genres musicaux : rock, folk, jazz ainsi que les grands noms de la chanson française », explique cet infatigable esthète qui offre à notre époque un peu lasse le moyen de renaître entre un passé qui par chance « ne passe pas », et un présent de résistance heureuse.

Bien à vous,
Corinne Lellouche

Maquis Megastore
187, rue Saint Denis
75002 Paris
Tel: 06 85 20 57 16
Horaires d’ouverture : 11H à 20H du lundi au samedi

un monde sans objet

dimanche, avril 6th, 2014

Plus grave que le réchauffement climatique, ne plus pouvoir dire bonjour à la caissière

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Et si la dématérialisation du monde finissait par nous transformer en machine ? Aujourd’hui, un catalogue musical sur iPod contient plus de 2000 titres quand un vinyle, un CD n’en contenaient que douze. Et l’on transporte sur son iPad bibliothèque, kiosque, vidéo. L’universel est souvent confondu avec l’uniformité et le conformisme, donnant naissance à des sociétés aux mutations périlleuses ou même inquiétantes. La raison se confond avec la rationalité technique. Quant à la vulgarisation des savoirs, elle est devenue la norme. Ce, qu’il s’agisse de l’intervention d’un chercheur en neuroscience à propos de la migraine (mal du siècle), des retombées de l’accident nucléaire de Fukushima, du niveau de pollution dans les villes, ou des risques liés à la téléphonie mobile. Or, cette vulgarisation nous amène à négliger des concepts, des langages, des positions qui sont loin d’être neutres ou apolitiques. Quant à l’argument de la modernisation, il semble tout asservir sous une implacable chanson dont nous connaissons déjà les paroles. D’un bout à l’autre de la planète, on trouve les mêmes enseignes, les mêmes séries télévisées, les mêmes vêtements, les mêmes voitures, les mêmes pseudos artistes qui lâchent des ballons sur les châteaux de Versailles comme s’ils ne cherchaient qu’à tuer le mystère. La vitesse emporte tout qu’il s’agisse de nos transports ou de nos communications. On « tweete », on « facebook », on « mail » à un rythme effréné sans prendre la peine de vraiment lire, regarder, écouter, voir, faire attention à. Le plus merveilleux des défauts, la curiosité, est relégué au magasin des antiquités, au même rayon que ces époques bénies où perdre du temps n’était pas sacrilège.

La mondialisation, c’est se repasser en boucle une chanson dont on connaît déjà les paroles
Jamais les pratiques d’une culture, celle de l’Occident, ne s’étaient imposées comme modèle universel aussi rapidement. Nombre d’êtres humains, lorsqu’ils ne possèdent pas un niveau d’éducation suffisant, se trouvent confrontés à un travail d’automate. Jeunes victimes de la crise financière, engagés en masse sur des plates-formes de communication, caissières qui font corps avec leurs caisses, quand elles ne sont pas remplacées par des machines, préposées aux renseignements, à qui on apprend dix réponses type en lieu et place d’un véritable échange.

vaches

Quand les vaches regardaient passer les petits trains
La nostalgie nous souffle que le pouvoir de suggestion du papier par exemple relève du toucher, du regarder, de tous les sens en lien avec notre capacité d’aimer. Qui n’a pas transmis à son enfant son exemplaire usé de « L’étranger » (Camus) peut toujours répondre qu’une tablette contenant plus de 2000 best-sellers pour les vacances, c’est pratique. Et si l’on préférait, nous, la pratique au pratique ? Celle de la danseuse classique qui ne peut envisager les pointes qu’après des heures et des heures d’exercices ingrats, difficiles ? La même gagnant une notoriété éternelle, fruit de longues années d’exigence discrète plutôt que le fameux quart d’heure de célébrité qui salit tout sur son passage. On enfonce le clou ? Ces gens gavés de numérique qui croient se préparer à vivre ont-il compris que le train ne repassera pas ? Ne parlons pas du TGV. Est évoquée ici la Micheline de campagne qui reliait les magnifiques villages de France. Les vaches la regardaient passer et nous regardions passer les vaches.

moutons

Nos sociétés aseptisées et contrôlées ignorent qu’une bibliothèque digne de ce nom abrite aussi des moutons

Celui qui possède une bibliothèque sait que sous les couches de poussière -et oui, nos sociétés aseptisées et contrôlées ignorent qu’une bibliothèque digne de ce nom abrite aussi des moutons, sous les couches de poussière se cachent la découverte, l’amitié, le partage, une constellation de sentiments et d’odeurs. A la madeleine de Proust, se mêle l’écriture d’écolier d’un cher disparu. Car dans ce « Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », on apposait son nom et l’année sur les romans familiaux. Plus de 2000 livres vous dites ? Je les échange contre un seul qui possède cette signature, cette couleur un peu passée, ces pages légères, cette déchirure qui se présente sur la pointe des pieds.

Moins de monde:Lou Blic    article lou blic Express Lou BlicLou BLIC Boulogne

Lou Bic (1959-1995), Il y a moins de monde là-haut, poèsie, éditions de la rue de l’Ouest, 1991

Pas si net
On vote Internet, sûr, tant que l’on pourra y trouver certains liens. Prenez au hasard la Factory records, et tapez Joy Divison, New Order, Durutti Column, vous comprendrez que la musique n’est pas que musique. La pochette Abbey Road* des Beatles traversant la rue a créé un buzz mondial bien avant l’invention de ce mot, buzz. La banane d’Andy pour le Velvet, la langue tirée des Rolling Stones et leur braguette dotée d’une vraie fermeture éclair sont autant de jalons, le son d’une décennie en images choisies. Philippe Pierre-Adolphe, créateur du label Le Maquis*, distribué par Naïve, puis Harmonia Mundi a créé en une décade*, une maison de production qui, comme son nom l’indique, résiste, au son écrasé du MP3 comme à la facilité. Son catalogue qui réunit Alan Vega ou A Certain Ratio, questionne la modernité en des coffrets comme A man and A machine, une histoire de la musique électronique en trois volumes (Prix Quartz du meilleur album 2011) qui fait la part belle à l’esprit Kraftwerk*, plutôt qu’aux Daft Punk. Et là, les mots ne suffisent pas, autant cliquer sur le lien http://www.youtube.com/watch?v=_g4x82CuNPM et écouter, vous entendrez la différence.
Côté résistance encore, on trouve à quelques pas de la Sorbonne, Brigitte Peltier, déjà évoquée ici. Elle dirige PIPPA*, une petite librairie qui héberge la maison d’édition du même nom, fondée en 2006. Ici, « la pieuvre verte » reste à la porte, seuls les éditeurs indépendants sont bienvenus. PIPPA possède sa propre galerie d’art au sous-sol, où se réunissent à la bonne franquette écrivains, poètes, chercheurs, peintres, illustrateurs, voyageurs en quête d’authenticité, tout ce que l’on ne peut appréhender si l’on se contente de pagayer sur la toile. Brigitte Peltier explique qu’elle reçoit des visiteurs et des lecteurs, pas des clients. « Des fidèles, attachés à leur librairie ou des curieux. J’ai été la première en France à m’investir dans l’édition numérique, c’est mon combat. Cela peut surprendre parce que je défends le livre et le papier. Le numérique est complémentaire, indispensable, c’est un outil de recherche. Bien qu’à mes yeux, il ne soit pas un outil de lecture. Je reste attachée à l’objet, à la belle impression, à la force de la couverture ».

Nous, poires pressées comme des citrons, face à de grosses pommes basées dans les paradis fiscaux
Au quotidien, outre les objets qui disparaissent avec leur image, leur grammage, nous sommes désormais confrontés à la mise en machine des êtres humains. Quémandant un renseignement, le consommateur dont on espère qu’il muera en consom’acteur, entendra, après la voix glacée du répondeur, un réceptionniste formé pour « l’ambiancer» quand il ne s’agit pas de « l’arnaquer ». Un phénomène décrit par nombre de techniciens des plates-formes banquières, des télécommunications, ou des géants de la Hi Tech, qui ont préféré grossir les rangs de Pôle Emploi plutôt que de « collaborer ». L’employé modèle est formé pour ne répondre qu’aux questions type. Les marques nées pendant les Trente Glorieuses ont vite compris l’importance du service après-vente pour fidéliser leur clientèle tant que la concurrence existait. Pour les géants Apple et autres Orange en situation de monopole s’accordant sur des tarifs hors de prix, on ne trouve pas tous les jours un free (intéressé d’ailleurs, il ne s’agit pas de solidarité) qui tente le coup de poker en brisant l’omerta. Et nous sommes plus souvent des poires, pressées comme des citrons face à des entités basées dans les paradis fiscaux, dont l’adresse est inaccessible et les chargés de communication transformés en robots. Un enfer pour nombre de personnes âgées censées elles aussi se référencer sur Internet, utiliser des DAB, ou imprimer leurs billets de train, services qui leur sont facturés une fortune si elles ne parviennent pas à entrer dans le logiciel.

caissière

Les caissières, à qui l’on demandait jusque-là d’être muettes et rapides vont bientôt être éliminées
De l’autre côté du miroir, la vie quotidienne de ceux que l’on appelle les télévendeurs n’est pas une vie. Anonymat, robotisation, dépersonnalisation, le quotidien des caissières s’apparente à un enfer. D’autant qu’elles s’organisent au gré d’horaires en miettes, et de temps partiels, rendant impossible l’épanouissement d’une famille. On a beau jeu de retirer leurs allocations pour défaut d’éducation à des femmes vivant seules avec leurs enfants. Dans les grandes villes, elles travaillent au centre et terminent parfois jusqu’à 23 heures, avant de regagner leurs banlieues. Le tout pour des salaires le plus réduit possible. On leur demandait jusque-là d’être muettes et rapides au point que certains clients, tels ces chauffards qui oublient toute politesse au volant, les confondaient avec leurs machines. Qui n’a pas soufflé derrière un habitué osant parler du ciel nuageux à l’une ou l’un d’entre elles -ici le féminin l’emporte sur le masculin sans que le combat féministe n’y gagne, peut jeter la première pièce. On croyait ces employés au bout du rouleau, les voici bientôt hors service, hors circuit.

L’automatisation et les réseaux numériques vont remplacer près d’un poste du secteur tertiaire sur deux les vingt prochaines années.
Pierre Bellanger, fondateur et président du groupe Skyrock, auteur de « La souveraineté numérique », Stock, explique dans un article de son blog paru sur le Huffington Post* que la situation est pour le moins morbide : « Jadis, une crise faisait disparaître des emplois qui renaissaient la tempête passée ; aujourd’hui ce ne sont plus des emplois qui disparaissent mais des postes. Ceux-là ne réapparaissent plus au retour de l’activité. Ils ont été remplacés par des automatisations informatiques en réseau.
La crise économique a masqué une seconde crise plus grave et plus profonde : la crise numérique. Nous la devons au développement des réseaux informatiques et à Internet. L’Internet ne vient pas s’ajouter au monde que nous connaissons, il le remplace. Nous ne vivons pas une révolution industrielle comme jadis, qui était une sorte de passage de relais transformant le paysan en ouvrier puis l’ouvrier en employé, nous sommes – sans vraiment en avoir encore conscience – au cours, non pas d’une révolution, mais d’une substitution de notre système économique par Internet.
Selon une étude récente de l’université d’Oxford reprise par The Economist, qui en fit sa Une, et par le Financial Time, l’automatisation et les réseaux numériques vont remplacer près d’un poste du secteur tertiaire sur deux les vingt prochaines années. Dans quel monde vivrions-nous, si la moitié des classes moyennes avait perdu leurs emplois entre 1990 et 2010 ? C’est dans ce monde que nous allons.
On opposera à ce noir pronostic, le célèbre oxymore de la « destruction créatrice » de l’économiste Schumpeter. Selon cet adage, qui prône la mutation de l’ancien en moderne, même si la transition est douloureuse, chacun sera demain partie prenante de l’économie en réseau avec un nouvel emploi. À cela, deux remarques. La première : Internet, selon les projections, détruit quatre emplois pour un créé et seul un dixième de ces emplois est qualifié. La seconde : dans une économie mondialisée, les emplois sont détruits ici et créés ailleurs.
Demain, on ne se rappellera plus des subprimes ou de Lehman Brothers mais de notre inconscience de la crise numérique. On évoquera, avec stupéfaction pour les plus jeunes, cet ahurissant choix collectif qui nous fit financer par la dette un maintien fictif et chaque jour plus coûteux dans une économie du vingtième siècle en voie de disparition ».
Reste la vision des générations tombées dans l’Internet quand ils étaient petits :
« Concernant le remplacement des postes par des programmes informatiques, à mes yeux, la tâche finale reste la même qu’elle soit exécutée par un humain ou un robot » avance Benoît, 24 ans. « Avec l’avènement des algorithmes nous pourrions travailler moins tout en produisant la même quantité de richesse, voire plus. Le but ultime étant d’avoir de plus en plus de temps libre pour d’autres activités (associatives, solidaires, sportives, intellectuelles), et gagner de l’argent grâce à son « robot remplaçant ». Belle proposition, mais quid de la solidarité qu’elle implique ? Les 35 heures proposaient déjà un modèle de partage, à condition que les patrons jouent le jeu. »

Oser la résistance, en tout cas la prise de conscience
Et si nous décidions de ne pas utiliser les caisses automatiques qui gagnent nos espaces ? On pourrait, soyons fous, ne plus acheter ses livres sur la toile, manière de sauver la librairie indépendante et ses éditeurs plus réveillés que les autres, se battre pour ne plus être des zombies confrontés à d’autres zombies. Quand on pense que l’association « Génération précaire* » qui défend les stagiaires, a choisi l’anonymat pour défendre ses « sans voix », on comprend l’ampleur des dégâts. Depuis septembre, l’organisation a rejoint la Coalition Internationale pour des stages Équitables*, preuve que le mouvement peut s’épanouir jusqu’à gagner la partie en comptant sur l’Europe et le reste du monde. En neuf ans de combat pour les droits de ses troupes, l’augmentation du travail dissimulé en stages n’a fait que croître. Le 25 février dernier lors du vote de la cinquième loi concernant ce statut à l’Assemblée Nationale, une quinzaine de députés sur 577 étaient présents dans l’hémicycle alors que l’emploi des jeunes est une priorité du gouvernement, que 25% d’entre eux sont au chômage, et que l’âge du premier emploi stable atteint désormais 28 ans.
On attend surtout que la France connaisse de véritables actions de groupe à l’américaine pour lutter efficacement. Soyons nombreux à suivre le projet de loi déposé par le gouvernement qui vise à « rééquilibrer les pouvoirs entre consommateurs et professionnels ». Il est difficile de se battre contre un ennemi sans visage, mais n’est-il pas plus dur de ne rien faire ? Reprenons le fameux slogan de mai 68 à l’envers, le fameux « Fermez la télé, ouvrez vos yeux », sauf que cette fois l’écran sur lequel vous nous lisez peut être une arme contre cette guerre douce et sans nom qui détruit tout élan.
En 1968, il y avait encore une vraie crémière au coin de la rue. Pas une pimbêche chichiteuse et ultra chère tendance bobo bio. Une avec des rondeurs façon « gueule d’atmosphère »*. Elle nous donnait le beurre, l’argent du beurre et son sourire, ce « laissez-passer » humain, rien qu’humain, si bellement humain.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

Corinna

En savoir plus :

*Abbey Road, , source wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbey_Road_%28album%29
Le 20 août 1969, les quatre Beatles sont réunis pour la toute dernière fois en studio et, vers la fin de septembre, au moment où le disque paraît, John Lennon met fin au groupe en lui annonçant son départ définitif. La séparation des Beatles n’est toutefois officialisée qu’en avril 1970. Répandue à la fin des années 1960, la rumeur prétendait que Paul McCartney, bassiste des Beatles, serait mort en 1966 dans un accident de voiture et qu’un sosie l’aurait remplacé. C’est le disc-jockey américain Russ Gibb qui aurait lancé cette rumeur le 12 octobre 19691,2.
L’événement déclencheur est la pochette du disque, représentant les quatre Beatles traversant un passage piéton. La configuration de la scène regorgerait de preuves concernant la mort de Paul McCartney. D’abord, celui-ci est pieds nus, comme les personnes enterrées en Inde. Il est précédé par Ringo Starr habillé en noir — couleur de la mort en Occident — et par John Lennon habillé en blanc — couleur de la mort en Orient. George Harrison ferme la marche, et son jean témoignerait du fait qu’il s’est chargé de la mise en terre.
De plus, la plaque d’immatriculation de la voiture en arrière-plan, LMW 28 IF, signifierait « Living McCartney Would be 28 IF », soit « Paul McCartney vivant aurait 28 ans si… »3. En réalité, étant né en 1942, Paul McCartney avait 27 ans à cette époque.
La rumeur faisait suite à des interrogations sur l’absence d’album des Beatles entre l’été 1966 (Revolver) et l’été 1967 (Sgt. Pepper’s), rompant leur cadence de deux albums par an, sur fond de rumeurs parfois de dissolution du groupe, parfois de départ de Paul, et d’abandon annoncé des tournées du groupe.

*Philippe Pierre Adolphe, le Maquis
http://gonzai.com/le-son-du-maquis-decade-pierre-adolphe-et-le-maquistador/

http://www.mondomix.com/news/label-le-son-du-maquis-n-a-peur-de-rien-sauf-des-etiquettes

http://fr.wikipedia.org/wiki/Kraftwerk

*PIPPA
 Éditions
Librairie – Galerie 
25, rue du Sommerard – 75005 Paris
Tél : 01 46 33 95 81 
mél : sitepippa@gmail.com

*Après la crise économique, la crise numérique
Par Pierre Bellanger, fondateur et président du groupe Skyrock
Pierre Bellanger est l’auteur de « La souveraineté numérique » paru chez Stock
http://www.huffingtonpost.fr/pierre-bellanger/souverainete-numerique-economie_b_4847620.html

Nous traversons depuis six ans une crise financière qui a profondément perturbé nos économies. Aujourd’hui, certaines nations regagnent le chemin de la croissance. Mais avec une différence par rapport aux crises d’antan : l’emploi ne reprend pas avec la même vigueur. Nous assistons à un découplage progressif entre croissance et emploi. C’est un phénomène nouveau qui met en cause la plupart des remèdes actuels au chômage fondés sur la traditionnelle corrélation directe entre travail et dynamique économique.
Jadis, une crise faisait disparaître des emplois qui renaissaient la tempête passée ; aujourd’hui ce ne sont plus des emplois qui disparaissent mais des postes. Ceux-là ne réapparaissent plus au retour de l’activité. Ils ont été remplacés par des automatisations informatiques en réseau.
La crise économique a masqué une seconde crise plus grave et plus profonde : la crise numérique. Nous la devons au développement des réseaux informatiques et à Internet. L’Internet ne vient pas s’ajouter au monde que nous connaissons, il le remplace. Nous ne vivons pas une révolution industrielle comme jadis, qui était une sorte de passage de relais transformant le paysan en ouvrier puis l’ouvrier en employé, nous sommes – sans vraiment en avoir encore conscience – au cours, non pas d’une révolution, mais d’une substitution de notre système économique par Internet.
Selon une étude récente de l’université d’Oxford reprise par The Economist, qui en fit sa une, et par le Financial Time, l’automatisation et les réseaux numériques vont remplacer près d’un poste du secteur tertiaire sur deux les vingt prochaines années. Dans quel monde vivrions-nous, si la moitié des classes moyennes avait perdu leurs emplois entre 1990 et 2010 ? C’est dans ce monde que nous allons.
On opposera à ce noir pronostic, le célèbre oxymore de la « destruction créatrice » de l’économiste Schumpeter. Selon cet adage, qui prône la mutation de l’ancien en moderne, même si la transition est douloureuse, chacun sera demain partie prenante de l’économie en réseau avec un nouvel emploi. À cela, deux remarques. La première : Internet, selon les projections, détruit quatre emplois pour un créé et seul un dixième de ces emplois est qualifié. La seconde : dans une économie mondialisée, les emplois sont détruits ici et créés ailleurs.
Demain, on ne se rappellera plus des subprimes ou de Lehman Brothers mais de notre inconscience de la crise numérique. On évoquera, avec stupéfaction pour les plus jeunes, cet ahurissant choix collectif qui nous fit financer par la dette un maintien fictif et chaque jour plus coûteux dans une économie du vingtième siècle en voie de disparition.
Imaginons-nous dans un passé alternatif, au début du vingtième siècle, alors que l’industrie automobile se destine à devenir le cœur de l’économie entière. Que ferions-nous si nous avions les mêmes réflexes qu’aujourd’hui ? Des start-ups ! Une pour les rétroviseurs, d’autres pour les balais d’essuie-glace ou les housses de siège … Et ne doutons pas qu’un Ministre bienveillant remettrait chaque année la « Housse d’or » à la plus méritante. Une pléthore d’équipementiers mais pas de motoriste ? Ah non.
Qu’est qu’un motoriste dans l’économie d’Internet ? Il répond du nom de résogiciel, c’est-à-dire un réseau de services liés (moteur de recherche, courrier électronique, carnet d’adresse, calendrier, carte, etc. …). Ce réseau de services s’adosse à un système d’exploitation (logiciel qui pilote les machines), ainsi qu’à des infrastructures de réseaux et à des offres de terminaux. Un écosystème complet qui est si utile et pratique que l’on ne peut plus s’en passer. Le modèle de la chaîne de valeur est simple : le plus productif capte la valeur du moins productif. Ainsi l’économie d’un pays voit sa valeur passer au réseau numérique et cette valeur est ensuite répartie entre résogiciels rivaux.
Nous sommes absents en tant que grande nation industrielle de ce transfert. Nous ne maîtrisons pas notre destin sur les réseaux informatiques. Telle est la question soulevée par la souveraineté numérique.
Et cette perte de souveraineté n’est pas qu’économique. Que signifie le défilé militaire du 14 juillet lorsque notre État est incapable de garantir à ses citoyens le secret de la correspondance ? Ce n’est pas la France, c’est la Syldavie de Tintin.
Nos stratégies, nos brevets, nos conversations, nos secrets sont à livre ouvert pour autrui. Qu’est qu’un pays qui ne peut plus protéger ni la vie privée, ni la confidence nécessaire à l’élaboration de toute propriété intellectuelle ? C’est une colonie, un parc d’attraction houellebecquien, un musée.
Que faut-il faire ? Écrire un livre ? Alerter les plus hautes autorités de l’État ? C’est fait. Et maintenant ? Il faut une cadre législatif qui se fonde sur la liberté des utilisateurs et non plus sur le pillage des données. Beaumarchais a inventé le droit d’auteur, à nous de créer un nouveau droit de propriété : celui de sa trace numérique sur les réseaux. Cette propriété des données informatiques personnelles oblige à créer de nouveaux logiciels respectueux des utilisateurs : c’est la seconde chance de l’industrie européenne du logiciel. Ensuite, il faut localiser les données : tout captation et traitement de données provenant d’un citoyen européen doit avoir lieu sur le territoire communautaire et répondre de ses tribunaux. De plus l’exportation réglementée de données personnelles hors de l’Union doit être taxée, c’est la dataxe. Et enfin, tous les échanges informatiques français et européens doivent être systématiquement cryptés.
Cela fait, il nous faut un résogiciel national et européen. Plusieurs formules pour y parvenir sont possibles et quelques erreurs sont à éviter. Il y a plusieurs bonnes solutions et des exemples internationaux. Il sera le moteur de la mise en réseau de notre économie et de chacun de ses secteurs. Le réseau est notre chance et la condition de notre maintien dans ce monde nouveau. Et il nous faut comme centre de gravité de ce résogiciel un système d’exploitation souverain qui pilotera toutes les machines. Je vais le dire en anglais pour faire plus crédible : a sovereign operating system. L’acronyme qu’on tire signale la gravité de la situation. Nous sommes obligés d’être optimistes. Ne voit-on pas déjà l’Allemagne et le Brésil se réveiller ? Notre pays n’est-il pas en train lui aussi de prendre conscience ?
La croissance des réseaux informatiques est exponentielle, c’est-à-dire qu’elle est de plus en plus rapide. Nous n’avons pas le luxe du temps, c’est un état d’urgence. L’étude de The Economist calcule la probabilité de remplacement des emplois par les machines en réseau, métier par métier. Si vous êtes thérapeute, dentiste, entraîneur sportif ou prêtre, ne tenez pas compte de cette tribune. Tout va bien.

*Génération précaire
http://www.generation-precaire.org/

* Coalition Internationale pour des stages Equitables
http://fairinternships.org/

*Dialogue mythique du film Hôtel du Nord de Marcel Carné avec Arletty et Louis Jouvet
http://mietteaglu.tumblr.com/post/17448262093/hotel-du-nord-dialogue

Cherchez le genre

dimanche, avril 6th, 2014

Cherchez le genre
Par Corinne Lellouche

hermaphrodite

Boycotter l’école soucieuse d’étudier les a priori liés au genre, c’est négliger d’apprendre l’essentiel sur nous.

« C’est difficile, presqu’impossible d’avouer à une adolescente radieuse qui vous demande pourquoi ses règles tardent qu’elle est un homme ». Cette petite phrase prononcée par le professeur Jacques Breton qui a créé en 1978 l’équipe de Paris, unité de soins consacrée à l’aide aux personnes transgenres, résume plus de 80 ans de tâtonnements dans une pratique a priori évidente, reconnaître un homme d’une femme.

Tout commence en 1936 Lorsque les Polonais accusent Helen Stephens (USA), victorieuse dans le 100m aux jeux Olympiques de Berlin devant Stella Walasiewicz, d’être un homme déguisé. A l’époque, aucun test n’ayant été encore inventé, la jeune femme fut contrainte de se soumettre à un examen gynécologique pour le moins humiliant qui la blanchit de tout soupçon. Ce que personne n’avait imaginé, c’est ce qui arriva à la Polonaise mauvaise perdante. A la suite de son assassinat aux Etats-Unis en 1980, les autorités firent pratiquer une autopsie qui révéla qu’elle était un homme. Tout porte à croire que la fédération accusatrice était parfaitement consciente du sexe de son athlète. D’où son étonnement quand une dame réussit à le surpasser.

Sportives à la voix rauque

Dans les années 30, personne ne se souciait des barbes légères et autres poitrines extra plates des équipes féminines. Leurs extraordinaires performances étaient mises sur le compte du sport, prétendument coupable de viriliser les jeunes filles. Des archives témoignent de la distraction des juges de l’époque qui ne se rendirent pas compte que Zdena Koubkova (Tchécoslovaquie), première à descendre sous les 2’15’’ au 800 m féminin, ou Dora Ratjen (Allemagne), qui fit un bond de 1,67m aux championnats d’Europe de 1938, étaient des hommes. Ces deux cas furent dévoilés quand les intéressées retournèrent à leur sexe d’origine une fois leurs exploits accomplis. En 1966 encore, aux championnats d’Europe d’athlétisme, le chef de la délégation soviétique retira quatre de ses protégées parmi lesquelles deux championnes du monde, lorsqu’il apprit qu’une nouveauté, le test de féminité, était devenu obligatoire. Aucune de ces quatre formidables compétitrices n’est jamais réapparue après cet incident. Le rideau de fer s’est brisé sans que la moindre information les concernant n’ait filtré.

Les filles c’est rose et doué pour le ménage

Certaines sportives n’on découvert leur véritable identité sexuelle qu’après avoir été testées. « Je suis contente de cette médaille mais cela ne change rien au décompte final puisque je gagne l’or mais je perds l’argent ». Avec ce calcul relevant de l’élégance plutôt que de l’algèbre, Marielle Goitschel, célèbre championne de ski, a mis un point final à l’affaire Shinegger.
En 1966, aux championnats du monde de Portillo, au Chili, Shinegger lui avait ravie la première place, l’empêchant de réaliser un formidable triplé… « Erik est un garçon qui a beaucoup souffert » a déclaré Marielle lorsque ce dernier lui a rendu sa médaille en 1988. « Comme fille, elle était adulée et puis brusquement, un jour, elle s’est retrouvée seule avec ses problèmes. Cette médaille qu’il me remet aujourd’hui l’a aidé à vivre. Dans les difficultés de cet ordre, tout le monde vous laisse tomber ». Fair play et diablement concernée Marielle. A l’époque, Erika Shinegger, qui n’était pas transsexuelle comme l’ont écrit tant de journalistes, ignorait qu’elle était un homme. Il a d’ailleurs déclaré : « en 1966 c’était important pour la jeune fille que je croyais être de gagner cette médaille. Aujourd’hui c’est important de la rendre à Marielle ». Kesako ? Rappelons qu’à l’époque, Erika n’était pas la seule à paraître un peu masculine. Marielle a d’ailleurs fait remarquer qu’elle ne correspondait pas non plus aux critères abusifs liés à la féminité : rose, faible, fragile, plus doué pour le ménage que pour la mécanique. Erika se croyait lesbienne. A sa naissance, la sage-femme avait décelé une légère anomalie dans son anatomie sans pousser plus loin. De fait, lorsque la jeune fille a consulté au motif que son sexe présentait une forme curieuse, elle a eu la chance de tomber sur un gynécologue informé. Qui l’adressa à un chirurgien virtuose. En effet, son appareil génital masculin était resté à l’intérieur. Six mois furent nécessaires pour extraire son pénis, sortir ses testicules et rallonger son urètre. Six mois de réclusion qui lui servirent également à observer la démarche, l’attitude des garçons, afin de les imiter. On ne naît pas homme, on le devient, aurait pu dire Shinegger, contredisant ainsi les manifestants qui réfutent les recherches sociologiques sur les clichés associés au genre.

Les Tests de féminité c’est compliqué docteur ?

Les tests de féminité ont été pratiqués jusqu’aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, mais ne le sont plus, ayant été officiellement abolis par le CIO en 1999. Les nouvelles règles permettent aux transsexuels de concourir aux Jeux olympiques après avoir subi un changement de genre chirurgical complet. Il leur faut avoir été légalement reconnus comme membres du sexe choisi, et avoir suivi deux ans de thérapie hormonale. Le cas de Mokgadi Caster Semenya* en dit long sur la violence exercée au nom d’une norme parfois impossible à atteindre. Le 19 août 2009, elle a remporté la médaille d’or des Championnats du monde de Berlin en 1 min 55 s 45, meilleure performance mondiale de l’année, abaissant ainsi de plus d’une seconde son propre record. Or, son apparence et sa voix, jugées particulièrement masculines firent débat. D’où l’initiative de l’IAAF de la soumettre à des tests de féminité quelques heures avant la finale. Elle fut diagnostiquée comme « intersexuée » avec une production inhabituelle de testostérone, un syndrome d’insensibilité aux androgènes et un génotype XY. Un examen médical en ce sens avait été déjà effectué sur elle avant les Championnats du monde de Berlin. La fédération sud-africaine, qui en a eu connaissance, a heureusement confirmé son inscription au 800 m des championnats qu’elle a remportés.
Naître avec des caractéristiques des deux sexes reste un tabou. Les médecins proposent aux parents une éventuelle ablation d’un rudiment de pénis sans avoir la garantie que l’enfant plus tard ne se sentira pas davantage homme que femme. On peut également proposer aux parents d’attendre sans rien tenter. Ils devront alors vivre avec la douleur indicible de devoir un jour annoncer à leur petit qu’ils ignorent s’il est un garçon ou une fille. Last but not list, rien n’indique qu’à l’adolescence, la réponse soit claire pour celui qui doit vivre avec cette anomalie. Une erreur de la nature que l’on cache et que l’on réprouve comme s’il s’agissait d’une perversion.

Barjot et son parfait monde parfait

Que propose la société pour ces personnes différentes en dehors de moqueries infernales ? Le parfait monde parfait réclamé par Frigide Barjot et consorts préfère ignorer qu’être certain de son sexe ou de ses préférences sexuelles n’est pas donné à tous. Il est aisé de défiler pour défendre la famille « du petit Nicolas » idéalement composée d’un papa, d’une maman et de deux enfants. Qui osera reprocher à Dieu ses petites fautes d’inattention ? Un Dieu censé avoir créé l’homme en premier alors que la nature nous souffle que l’inverse est vrai. Pendant son évolution intra-utérine, l’embryon humain présente des organes génitaux externes féminins. Il faut l’influence active des chromosomes pour que le rose vire au bleu. Si l’on supprime les glandes sexuelles d’un embryon de chien, il deviendra une chienne bien que son équipement chromosomique soit masculin. C’est l’anomalie dont sont victimes les adolescentes citées en préambule. Un facteur génétique a bloqué le message hormonal. Elles possèdent tous les attributs de la féminité, elles se sentent femmes mais elles peuvent ignorer la vérité, croyant à tort souffrir d’une pathologie connue : l’absence de règles.

Nobody’s parfect !

Dans l’espèce humaine le terme hermaphrodisme (vrai ou pseudo)* est parfois encore employé pour désigner l’intersexuation. Vient après le cas des transsexuels féminins ou masculins. Ici, le problème qui se pose aux médecins est d’être certains de reconnaître celui ou celle qui, pour des raisons inconnues, se sent homme dans un corps de femme ou l’inverse. Les premiers chirurgiens sensibilisés l’ont été car ils voyaient débarquer aux urgences des personnes automutilées. Un moindre mal comparé à celles qui, pour se délivrer d’un malheur si lourd vont jusqu’au suicide. Saluons ici le Professeur Jacques Breton, psychiatre à l’hôpital Fernand Widal, pionnier en la matière à Paris avec son équipe de Paris* constituée du Professeur Jean-Pierre Luton, endocrinologue à Cochin, et du Professeur Pierre Banzet, chirurgien plasticien à Saint-Louis. Depuis son origine, elle fonctionne en un réseau, qui rassemble aujourd’hui cinq hôpitaux. L’hôpital Foch à Suresnes, l’hôpital Cochin, L’hôpital Sainte-Anne et l’hôpital Saint-Louis à Paris.

Des opposants d’un genre douteux

C’est le dernier « coup » des opposants à la supposée « théorie » du genre : suivant les recommandations de Farida Belghoul, proche du militant d’extrême droite Alain Soral, des dizaines de parents ont retiré, lundi 27 janvier, 2014 leurs enfants de l’école pour protester contre « l’enseignement obligatoire de la théorie du genre » – à ce jour inexistante – dès la primaire. Une vaste opération d’intox, qui repose sur des fantasmes comme celui d’une fantaisiste « idéologie du gender », ennemie d’un prétendu ordre naturel, sensée imposer de force « une société basée sur les orientations sexuelles ».
La contre intox, c’est la politique de sensibilisation à la question des inégalités et des « rôles » sociaux de l’homme et de la femme, menée notamment à l’école, terreau du savoir et de l’équité. Ce climat d’hystérie autour des questions d’égalité hommes/femmes ou de lutte contre l’homophobie débouche sur des phénomènes assez dramatiques, comme cette vague de SMS assurant que « l’Etat, sous couvert de lutter contre l’homophobie, introduit à notre insu la théorie du genre à l’école : homosexualité, bisexualité et transsexualité entrent dans tous les programmes scolaires ».

Egalité fraternité

L’enseignement de l’égalité hommes/femmes est prévu par la loi depuis 1989 et l’article L. 121-1 du code de l’éducation : « Les écoles, les collèges, les lycées et les établissements d’enseignement supérieur […] contribuent à favoriser la mixité et l’égalité entre les hommes et les femmes, notamment en matière d’orientation. […] Ils assurent une formation à la connaissance et au respect des droits de la personne ainsi qu’à la compréhension des situations concrètes qui y portent atteinte. […] Les écoles, les collèges et les lycées assurent une mission d’information sur les violences et une éducation à la sexualité. »

Rappelons la petite phrase de Jack Lemmon, avouant dans Certains l’aiment chaud, qu’il n’était pas une femme. « Nul n’est parfait ! » lui avait répondu son vieux milliardaire énamouré. Concernant l’espèce humaine, on pourrait ajouter que ce qui relève de la norme est naturellement anormal, voir amoral.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

*En savoir plus :

1/.
FTM France Info transsexualisme
http://transftm.wordpress.com/tag/pr-breton/

Contact : severine.savary @sls.aphp.fr

2/.
Lexique utile
http://www.gayglobe.us/syndrome-benjamin122001.html

TRAVESTIS (ES) : Le travesti éprouve le besoin de s’habiller avec les vêtements de l’autre sexe sans renier son sexe d’origine.

TRANSGENRES : Le transgenre peut être androgyne ou vivre comme une personne de l’autre sexe. Peut suivre un traitement hormonal sans vouloir changer de sexe biologique. On parle même parfois de troisième sexe.

TRANSSEXUEL(LES) : Les transsexuel(les) éprouvent une discordance entre leur anatomie et le genre auquel ils se sentent appartenir. Ne pouvant vivre avec un esprit et un corps qui n’est pas en conformité, ils peuvent être opérés. La psychothérapie, utile pour poser le diagnostic ne peut en aucun cas « guérir » de ce sentiment générateur d’une grande souffrance.

INTERSEXUE/HERMAPHRODITE
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hermaphrodisme

On distingue différents types d’hermaphrodisme, l’hermaphrodisme vrai, le pseudo-hermaphrodisme féminin et le pseudo-hermaphrodisme masculin.

• L’hermaphrodisme vrai désigne un cas rare d’intersexuation : la personne est dotée de chromosomes sexuels variables (XX, XY), mais naît le plus souvent avec une ambiguïté sexuelle et la présence simultanée de tissus testiculaires et ovariens, conduisant au développement de structures masculines (véritable pénis érectile et prostate) et féminines (vagin et utérus). La médecine n’en dénombre officiellement qu’environ 500 cas en France..
• Le pseudo-hermaphrodite féminin a des ovaires et un caryotype (46, XX) avec des organes génitaux externes ambigus. Il est dû à une exposition précoce aux androgènes, ce qui peut se rencontrer si le sujet a une hyperplasie congénitale des surrénales, si sa mère a une tumeur des surrénales ou a été exposée enceinte à un traitement hormonal inapproprié. Les organes génitaux externes (OGE) sont virilisés de façon variable, le clitoris peut avoir la forme d’un pénis avec hypospadias, le scrotum est toujours vide, il y a parfois une oblitération vaginale. Les organes génitaux internes (vagin, utérus, ovaires et trompes) sont normaux. La grossesse est possible.
• Le pseudo-hermaphrodite masculin a des gonades et un caryotype (46, XY) masculins associés à des voies génitales et des organes génitaux externes (OGE) ambigus. Il est dû à un déficit en dihydrotestostérone (la DHT, hormone dérivant de la testostérone et régulant la différenciation masculine des organes génitaux externes) par déficit par mutation de la 5 alpha-réductase. Il peut être dû à un déficit en testostérone, dans ce cas les canaux de Wolff et de Müller, dépendants des androgènes pour leur différenciation sont également touchés. Dans les déficiences isolées en 5 alpha réductase, les OGE peuvent évoluer vers une différenciation masculine à la puberté, sous l’effet de la production pubertaire de testostérone, le sujet peut alors être fertile.

3/.
Championnes ayant échoué au test de féminité
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_f%C3%A9minit%C3%A9

• Stanisława Walasiewicz, athlète de course à pied polonaise, fut reconnue hermaphrodite après sa mort, lors de l’autopsie. Ses médailles n’ont pas été annulées.
• Zdena Koubkova, athlète de course à pied tchécoslovaque.
• Dora Ratjen, athlète de course à pied allemande.
• Léa Caurla, athlète de course à pied française.
• Claire Brésolles, athlète de course à pied française, a concouru contre Léa Caurla à plusieurs reprises.
• les Russes Tamara Press et sa sœur Irina Press, respectivement lanceuse de poids et athlète au pentathlon moderne. Mais un doute subsiste, les sœurs clament que le problème leur vient d’une maladie de leur grand-mère (voir polémique des sœurs Press).
• Ewa Kłobukowska (Polonaise), championne du 100 m (réhabilitée plus tard).
• Erika Schinegger, skieuse autrichienne, aux Jeux olympiques de Grenoble en 1968.
• Huit athlètes ont échoué aux tests lors des Jeux olympiques d’Atlanta, mais furent toutes disculpées par des examens physiques plus poussés.
• Maria Jose Martinez-Patiño, coureuse espagnole, était porteuse d’un chromosome Y. En raison d’un Syndrome CAIS, son corps insensible à la testostérone s’est développé avec des caractéristiques féminines. Détectée en 1986, elle a été interdite de tournoi en 1988, aux Jeux d’été de Séoul. En 2012, le test inclut une analyse du taux de testostérone, facteur considéré déterminant pour avoir des capacités sportives masculines.
• Santhi Soundarajan, athlète de course à pied indienne, le 9 décembre 2006 à Doha lors du 800 m des Jeux asiatiques.

Label Blonde

dimanche, juillet 7th, 2013

Maryleinstein

Porte-drapeau des débuts d’une émancipation, c’est avec les armes absolues de la féminité que le blond a commencé de vamper le machisme.

Comment une blonde tue un poisson ? Elle le noie.

Blonde, blondasse, pétasse, des expressions amusantes, pas de quoi fouetter une chatte. Aryen, épuration, ségrégation, là on grimace. Côté pile, la blonde fait rêver, côté face, elle fait sourire. Sourire en coin presque jaloux, méchant souvent. Sur Google, l’adjectif renvoie aux blagues qui tuent ou à des sites de cul. Comment une blonde tue un poisson ? Elle le noie.

Un enfant sur quatre dans le monde naît blond. C’est génétique et mathématique, le foncé l’emportant sur le clair, la tendance ne devrait pas s’inverser, exception faite du faux blond, fruit d’une longue et difficile recherche. Démocratique, la chimie, dont on a cru qu’elle portait l’avenir de l’homme a révolutionné celui de la femme il y a peu de temps.

L’eau oxygénée, découverte en 1818 par un « Thénardier »

Décolorer sans jaunir relevait de la quadrature du cercle jusqu’en 1918, date de la découverte de l’eau oxygénée par le chimiste français Louis Jacques Thénard. Lequel avait déjà inventé le « bleu de Thénard » plus connu sous l’appellation « bleu de cobalt » utilisé pour colorer la porcelaine. Ceci pour la face claire du personnage. Moins lumineux, il a inspiré à Victor Hugo le nom Thénardier dans le roman Les Misérables, après qu’il se soit opposé à une réforme proposée par l’écrivain : faire passer de 16 à 10 le nombre d’heures de travail journalier des enfants.

La blondeur selon Nietzche

Que dire de cette création sinon qu’elle relevait du miracle ? Valorisé par les Grecs, signe de divinité chez les Romains, au cœur de l’amour courtois dans les écrits médiévaux, la blondeur a été idéalisée par l’Europe avec les dérives que l’on connaît. « Le latin malus pourrait avoir caractérisé l’homme du commun comme homme de couleur foncée, surtout comme homme aux cheveux noirs (…) en définitive, le bon, le noble, le pur, désignait à l’origine la tête blonde » écrit Nietzsche. Jusqu’au Moyen Age, les grandes invasions, notamment entre le IIIème et le Xème siècle, furent celles des peuples blonds : Vandales, Goths, Francs, Vikings. « Au fond de toutes ces races aristocratiques, il y a (…) le fauve, la superbe brute blonde », poursuit le philosophe. Les conquérants imposent leurs codes culturels aux vaincus, critères esthétiques compris. Avec la colonisation, l’idéal de beauté blanche que l’Europe portait s’est répandu à travers le monde jusqu’à l’Amérique qui va le canoniser.

C’est clair, dieu créa la femme d’aujourd’hui via le cinéma

Depuis la nuit noire des temps, on cherchait le moyen de décolorer sans jaunir. La céruse, un dérivé du plomb, connu depuis l’Antiquité, la chaux, la potasse, l’exposition au soleil produisaient, non sans danger, un piètre résultat. Quant à l’eau oxygénée, elle dormit longtemps dans son flacon avant d’être utilisée à bel escient, c’est à dire pour ses qualités cosmétiques plutôt que pour ses vertus antiseptiques.

C’est en 1869 que les femmes possédèrent le moyen de blondir. Blondes enfin comme les fées, les princesses, la poupée Barbie ou les pures héroïnes d’Alfred Hitchcock. Des élues nées sous le bon rayon du soleil, plutôt au Nord, du côté riche de la terre. Véhiculée par le 7ème art, l’artificielle couleur a accompagné l’air de rien la révolution féministe. Emblème du XXème siècle glorieux, elle nous apporta une flopée d’icônes sacrées : Jean Harlow, Marlène Dietrich, Marilyn Monroe, Brigitte Bardot. Des stars libres d’aimer, de choisir leur partenaire, d’en changer… c’est clair, dieu créa la femme d’aujourd’hui via le cinéma. Si l’on remonte la bobine, on trouve dans les années 20 Louise Brooks, brune aux cheveux courts qui curieusement ne fit rien pour détacher le corset moral qui pesait sur ses sœurs.

Indépendantes craquantes, c’est sur leur genre qu’elles s’appuyèrent pour dire non au patriarcat.

Le droit de vote n’étant pas à l’ordre du jour, pas plus que le droit des corps, la logique des a priori aurait voulu que ce soit elle, Louise, garçon manqué, ténébreuse et sûre d’elle qui ouvre la bataille de l’égalité. Les blondes ont fait mieux. Vaporeuses, sensuelles, femmes femmes, elles s’imposèrent bien droit dans leurs escarpins. Indépendantes et craquantes, c’est sur leur genre qu’elles s’appuyèrent pour dire non au patriarcat. La féminité du féminisme par le jeu d’un paradoxe joyeux, s’incarna dans cette nuance blonde, synonyme d’enfance et de naïveté. Elle fit même l’effet d’une bombe grâce au film éponyme « La Blonde platine » réalisé en 1931 par Franck Capra. On y découvrait une Jean Harlow dont le patronyme évanescent était presque une tromperie au regard de sa détermination. Le succès fut saisissant. Partout dans le monde, les femmes prirent d’assaut leur coiffeur pour connaître l’extase de cette coloration aux effets surnaturels, ne craignons pas les superlatifs. Pendant qu’Helena Rubinstein condamnait sans appel cette tendance à la vulgarité, la tentaculaire firme l’Oréal, mettait au point dès 1931 Oréal Blond, pour toutes celles qui, déjà, le valaient bien en terme de méga profits.

Déni d’identité ? Négation de ses origines ?

Une précision technique, c’est l’ajout d’ammoniaque, nocif pour le cuir chevelu, dont nous sommes aujourd’hui débarrassés, qui permit ce ton presque blanc, désormais entré dans la légende.  Quant à ce mot « blond », d’origine germanique, il est apparu dans la langue française en 1080. Sept-cents ans plus tard, l’extase fait place à l’opprobre quand apparaît une nouvelle injure populaire : blondasse. Dans l’imaginaire mondial, les « blondasses », volontiers chassées sur Internet, forment presque une tribu. Pas toutes les blondes, non. Celles qui se repèrent de loin, dont la croupe balance au rythme de la crinière, plutôt fausse blonde d’ailleurs… ces blondes occupées à électriser le loup de Tex Avery. Irrésistibles au point que même les Africaines et les Japonaises dont le cheveu résiste à la décoloration, se paient le luxe de la transformation à prix d’or. Déni d’identité ? Négation de ses origines ? Ici les réponses n’existent pas. Citons tout de même Aragon dans le Paysan de Paris : « Le blond échappe à ce qui le définit. (…) C’est une sorte de reflet de la femme sur les pierres (…) une défaite de la raison ».

Blondes trafiquées et OGM

L’art contemporain a joliment tourné autour du sujet, par le biais d’une exposition qui a donné lieu à un très amusant ouvrage « Blond/asses », édition Avanti. Alexandre Périgot prenant ici des meules de foin avec l’aide d’agriculteurs de l’Aude pour sculpter les choucroutes géantes de Pamela Anderson, Claudia Schiffer, Sharon Stone. L’artiste établit un lien entre les chevelures des stars, trafiquées blondes, et les OGM « Des produits customisés pour la grande distribution, celle du marché céréalier comme celle du show business universel. » Autre plasticien qui joue avec le phénomène, Alain Buffard personnifie l’hégémonie occidentale par la blondeur. Les protagonistes de sa pièce Dispositif 3-1 portent une perruque dorée et rampent au sol, sorte de parodie de la normalisation occidentale. Quant à Marielle Pinsard dans sa performance vue à Berne Blonde unfuckingbelie, elle tentait de décrypter avec humour les stéréotypes. On y voyait des femmes se livrer à une sorte de chorégraphie des gestes de tous les jours, mais en blonde.

Reste le magazine Causette* qui dans un récent article écrit à l’appui d’une enquête statistique de l’IFOP, montrait sans le démontrer un parallèle de nos élues, lesquelles se droitiseraient à la mesure de leur blondeur.

 

Bien à vous,

Corinne Lellouche

*Comment vote une blonde ? http://www.causette.fr/articles/lire-article/article-149/comment-vote-une-blonde.html

 

*Le test du χ2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Test_du_%CF%87%C2%B2 – cite_note-1 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Test_du_%CF%87%C2%B2

 

*http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Blonde_platine