pierre et gilles dans camera

vendredi, novembre 3rd, 2017

Partir du noir pour aller jusqu’à la lumière pourrait être une définition de la rétrospective clair-obscur qui s’est tenue au MuMa Havrais du 27 mai au 20 août dernier. Pierre & Gilles : au recto un agitateur du médium photo, au verso un peintre. Mon tout maîtrisant art, artisanat, exécution, production en des rôles précis, non interchangeables, avec pour constante l’impossible séparation. A deux ou rien, et pour les qualifier, des adjectifs et des références venus d’une constellation d’univers, de pays, de cultures. Adjectifs au moins aussi nombreux que les objets dans lesquels ils habitent, puisqu’à vrai dire c’est dans leur travail que cette paire d’artistes indissociables vivent ensemble depuis plus de quarante ans.

« Nous nous sommes rencontrés en 1976, en pleine explosion du punk, c’était les jours glorieux d’avant le sida, ceux où l’on pouvait échapper joyeusement à la morale. J’ai le souvenir d’une grande liberté, d’un élan, d’un espoir sans doute liés à notre jeunesse. Pour les gay, tout s’ouvrait». La voix du duo, c’est Gilles, Pierre écoute intensément, ciselant le propos de son compagnon au moyen d’un « je » qui se la joue interchangeable. « J’ai mal vécu les années 80, ce moment où le monde s’est durci, elles sont synonymes du pouvoir de l’argent, notre génération ne pensait qu’à ça. Sans compter cette question lancinante, chacun se demandant lequel était séropositif. Notre communauté fut à nouveau stigmatisée de la pire façon. C’était une véritable guerre, les médecins prenaient des gants pour soigner les malades. On sortait mais plus comme avant, il y avait de gros portiers partout, des préservatifs, des codes secrets, des tickets d’entrée. Les défilés où nous atterrissions sans invitations sont devenus de hauts lieux du snobisme et des mondanités ».

L’air de rien, Pierre et Gilles ont en quelque sorte « sauvé » nos horribilis eighties. L’époque appelait l’alternance politique, plus de solidarité. Elle s’est réveillée avec le Sida, le Rainbow Warrior, Tapie ministre de la ville pendant qu’il magouillait à l’OM, Libé ouvrant ses pages à la publicité, les nouveaux pauvres, le tout arrosé du nuage radioactif de Tchernobyl. Les anciens gauchistes visaient le statut VIP, confère la formule de Guy Hocqenghem dans son célèbre pamphlet post mortem : « Lettre ouverte à ceux qui sont passé du col Mao au Rotary ».

Sous une apparence facile, le duo prend partie, témoigne, choisissant de mettre en relief des détails qui n’en sont pas, ici une couronne mortuaire, là un triangle rose.

La suite dans Camera numéro 19

Bien à vous,

Corinne Lellouche

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