Archives de avril, 2014

Ouverture du Maquis Megastore 187 rue Saint-Denis, Paris 2

jeudi, avril 17th, 2014

Phil-recadré

Editeur et manager d’artistes depuis plus de quinze ans, Philippe Pierre Adolphe continue de résister depuis son Maquis, label mythique prolongé aujourd’hui par le Maquis Megastore. Toute ressemblance avec l’affreux tueur des indépendants qui a longtemps sévi sur la plus terrible avenue du monde serait fortuite. La bête des Champs à terre, les amoureux des belles choses vont pouvoir fêter le Disquaire Day ce 19 avril en comptant avec l’arrivée de Philippe Pierre Adolphe qui trouve là, au 187 rue Saint-Denis à Paris, le moyen de défendre une production exigeante de collectors français et étrangers. « Contre la dématérialisation du monde, on constate un retour du beau et du vintage en matière de culture et d’articles. Ma boutique a vocation à devenir un endroit de passage, d’échange et de rencontres. J’imagine des soirées de dédicaces, des expositions de graphistes, photographes et designers qui se sont illustrés pour leur travail autour des pochettes ou des affiches. J’aimerais que ma clientèle s’approprie ce lieu de transmission où se croiseront les créateurs internationaux que j’ai édités ou programmés tout au long de ma carrière : Alan Vega, Etienne Daho, Marquis de Sade, Faust, James Chance, Happy Mondays, A Certain Ratio, Christophe, Fantazio, Dee Nasty, Joey Star. Last but not least, les cinéphiles trouveront également une sélection d’affiches de cinéma réputées introuvables ».

Rap ta France DD

Auteur de Rap ta France

Journaliste et écrivain spécialisé, auteur de titres de référence sur l’histoire des musiques actuelles tels que Rap ta France, réédité par Flammarion et J’ai lu pour poche, le Dictionnaire de la House, ed. Mille-et-une-nuits, Anthologie de la poésie Rap, ed. Mille-et-une nuits, Philippe Pierre Adolphe compte développer un esprit revival et moderne : « les générations actuelles sont curieuses des grands mouvements culturels. Or, les magasins les ont souvent accompagnés, confère Vivienne Westwood et Malcom McLaren pour le mouvement punk. J’aimerais inscrire mon travail dans la lignée des disquaires indépendants tels que Rough Trade basés à Londres et encore ouverts aujourd’hui. Pour rappel, la première enseigne Rough Trade a été ouverte en 1976 par Geoff Travis, dans le quartier de Ladbroke Grove. En 1978, elle a donné naissance aux célèbres Rough Trade Records, label qui va de The Smiths à The Libertines. J’emprunte le chemin à l’envers puisque j’ai derrière moi un catalogue de plus de 200 albums produits par le Son du Maquis ». Philippe Pierre Adolphe a glané de prestigieux prix tout au long de sa carrière : prix de la meilleure création musicale 2010 du Ministère de la culture remis par Frédéric Mitterrand pour Free Africa à l’occasion du« Cinquantenaire de l’Indépendance des Pays Africains », prix coup de cœur 2008 de l’Académie Charles Cros pour Cocktail Molotov, bande Son de Mai 68 (co-production avec Radio France), prix Quartz 2011 de la meilleure compilation de musique électronique pour « A Man and A Machine » 3 volumes, Histoire des Musiques Electroniques.

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« Mon intention est de couvrir un large champ des genres musicaux : rock, folk, jazz ainsi que les grands noms de la chanson française », explique cet infatigable esthète qui offre à notre époque un peu lasse le moyen de renaître entre un passé qui par chance « ne passe pas », et un présent de résistance heureuse.

Bien à vous,
Corinne Lellouche

Maquis Megastore
187, rue Saint Denis
75002 Paris
Tel: 06 85 20 57 16
Horaires d’ouverture : 11H à 20H du lundi au samedi

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L’addiction collection

mercredi, avril 16th, 2014

Nous avons tous commencé puis abandonné une collection de timbres, de numéros zéro des journaux, de petites autos. D’autres ne lâchent jamais, c’est grave ?

dinki toys

Cinq-cents soldats soigneusement rangés gardent en silence la chambre de François, 24 ans. Une impression qui confine au malaise saisit le visiteur. François est collectionneur. C’est à dire qu’il consacre la majeure partie de sa vie et la totalité de ses pensées à sa passion. Son argent, son temps, sa volonté, sont aspirés par ces figurines dont il est tombé amoureux à l’âge où les autres garçons commencent à regarder les filles. « Du plus loin que je me souvienne, je vois des petits soldats. Ceux de mon grand oncle qu’il était interdit de toucher –comme les miens aujourd’hui- et que ma mère acceptait de m’offrir en récompense de mes bonnes notes ».
Dans la vie, tout se flétrit, s’abîme et meurt. Une collection, c’est le contraire.
Au lieu de se ratatiner, elle se développe, prend de la valeur. Chaque jour lui apporte un plus au lieu d’un moins. Or, l’accumulateur a le vide en horreur. N’acceptant pas l’idée de la mort, il se consacre au seul hobby dont il est sûr qu’il ne finira jamais. De fait, une collection digne de ce nom ne peut s’achever ou alors, c’est qu’elle est en route pour l’éternité, à savoir le musée.
« C’est au Japon, dans un caniveau, que j’ai trouvé mon premier trophée », explique Arsène, collectionneur d’échantillons de parfum. « Au bonheur de la découverte, s’est ajoutée immédiatement, le manque de la pièce suivante. » Au fil des ans, Arsène a engrangé plus de deux-mille répliques, une fortune. « C’est en 1980 que j’ai réalisé que d’autres partageaient ma passion et qu’elle avait une valeur sur le marché. Du coup, j’ai cessé de chiner en solitaire. J’ai passé des annonces si bien que j’ai des amis partout, en Angleterre, en Italie, à qui je rends visite régulièrement pour pratiquer des échanges. Le revers de la médaille ce sont les départs justement, je crains un cambriolage dont je ne me relèverais pas ».
« Ces échanges, bonheur ineffable des collectionneurs », écrivait Balzac, tandis que les psys nous rappellent combien ils font plaisir aux enfants dans les cours de récréation. Notons que si certaines célébrités amateurs de Fly-Tox comme le dessinateur de BD Frank Margerin, ou de gobelets, comme Sonia Rykiel, se racontent volontiers, nombreux sont ceux qui se cachent. Ainsi, la baronne de Rothschild garda le secret de sa collection de têtes de mort jusqu’à la fin, tout comme Pierre Lazareff qui nourrissait une drôle de passion pour les poupées anciennes.

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Secrète ou non, il arrive que la collection prenne des allures de cancer. Où ranger tout cela ? Pierre Lescure a longtemps possédé un appartement de 160m2 à Paris, uniquement destiné à entasser plus de trois cents tableaux, radios de bakélite, jouets, gadgets pop, accumulés durant vingt ans. « Une véritable caverne d’Ali Baba où j’éprouvais le plaisir rare de respirer parmi mes objets fétiches. Certains de mes amis comme Alain Chabat ou Dominique Farrugia, capables de se déplacer avec économie dans mon foutoir ont éprouvé avec moi le bonheur de traîner au milieu de mes jouets. Je m’en suis séparé au moment où pour la première fois, j’ai envisagé de me poser avec femme et enfant. C’était en 2004, le catalogue de la vente qui a eu lieu chez Sotheby’s est désormais collector. La préface a été écrite par Etienne Robial qui a évoqué ma collection en ces termes : Lescure signe ici son double album blanc. Cette vente a été un vrai succès : neuf records mondiaux obtenus par des œuvres hyperréalistes de John Salt, Davis Cone, etc. Le détail d’un flipper par Charles Bell a même atteint 243 200 euros. Quelque années plus tard, déjeunant avec Daniel Filipacchi et Christophe, deux autres collectionneurs fous, j’ai eu la surprise d’entendre Daniel me dire qu’il avait acheté 4 de mes pin-up dont il avait soigneusement noté les références. C’est lui qui avant la vente m’avait rassuré en me disant que j’allais tourner une page et que je serai surpris de constater que mon « capharnaüm » racontait une histoire. Il avait raison ».

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Le même Daniel Filipacchi, magnat secret, fondateur du plus grand groupe de presse magazine dans le monde, intouchable parmi les intouchables, que n’importe qui peut rencontrer à condition d’être sur la piste de l’une de ses pièces manquantes. Ce, qu’il s’agisse de peinture surréaliste (la plus importante du monde, dit-on, qui a eu les honneurs d’une rétrospective au musée Guggenheim de New York), de disques de jazz ou de bibliophilie.

Bonheur, passion, séparation, la collection ne se raconte que sur le mode majeur.
Le désir du collectionneur comme celui de Don Juan, est stimulé par la difficulté, il se flétrit dans la possession et est voué à l’insatisfaction. Raymonde Moulin, auteur du Marché de la peinture en France, paru aux Editions de Minuit, a consacré quelques belles pages aux amateurs d’art. Elle écrit : « Comme la passion de l’amant, celle du collectionneur est jalouse et inquiète. Elle aspire à une possession unique et totale. » Nombreux sont les richissimes hommes d’affaires qui, possédant tout en ce bas monde, ne peuvent s’intéresser qu’à ce qui ne leur appartiendra jamais tout à fait. C’est à se demander si les prix fous qu’atteignent certains tableaux ne sont pas là pour leur permettre de trouver le salut. Que deviendraient-ils si tout, vraiment tout, était à leur portée ? Que faire quand on ne peut plus rêver sur la pièce ou plutôt l’orgasme suivant ? Comment vivre sans personne au-dessus de soi ? Au moins Giacometti, Tanguy et les autres épanchent-ils la soif d’absolu de nos pauvres puissants.
Dans son livre, Raymonde Moulin interroge un amateur qui dit : « la collection est une paresse. Elle est une façon de s’approprier l’œuvre d’autrui et de s’en parer comme de plumes de paon. C’est participer au génie créateur. C’est croire que l’on s’accroit de ce monde imaginaire qu’est celui de Magritte, Picasso, et d’autres, plus jeunes. C’est se glorifier intérieurement, se grandir, s’enrichir du monde qu’a élaboré l’artiste. Devant sa propre incapacité, le collectionneur crée au second degré, avec des œuvres façonnées par d’autres, une œuvre à laquelle il s’identifie ». « On devient artiste de sa collection à défaut d’être artiste tout court.

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Et l’argent tout ça ?
On est entre gens du même bord, on partage l’émotion de la vente « au cul du camion », nous apprend Isabelle Woolworth dont la boutique rue de Seine à Paris, abrite des bijoux et des miroirs anciens qui lui valent la visite de princesses vénitiennes et de têtes couronnées venues du monde entier. Lorsque l’argent est le seul moteur, on a affaire à un marchand, un faux collectionneur en somme. Même si jouer à se faire peur, à être le plus malin, fait partie du plaisir.
Les collectionneurs dont le principal souci pourrait être de se distinguer des autres, connaissent des étapes communes. A dix ans, l’accumulation correspond à un stade normal du développement, surtout chez les garçons. C’est le moment où pour affirmer sa différence, on entasse les billes, les canifs, les porte-clés. L’âge où se mesurer à l’autre conduit à posséder plus. C’est comme dans la chanson J’ai du bon tabac dans ma tabatière. La tabatière, pourrait être le sexe masculin érigé ici en pièce rare. Les collectionneurs comme les enfants qui souffrent du complexe de castration, imaginent qu’on veut leur dérober leurs précieux objets. Rien de grave, si ce n’est une angoisse certaine devant la séparation. Il y a danger seulement lorsque la passion est telle qu’elle coupe du siècle celui qui s’y adonne. Celui par exemple, resté anonyme, qui a pu s’acheter le cri de Munch, pour le cacher on ne sait où. Un cri infini devant l’absolu solitude de l’homme qui, possédant désormais l’oeuvre la plus chère du monde, n’espère plus rien.

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Bien à vous,
Corinne Lellouche

Corinna

En savoir plus :
extrait interview Daniel Filipacchi in lexpress.fr

« Vous ne pouvez pas savoir combien j’ai travaillé pour assouvir ma passion du jazz ! A la fin des années 1950, il y avait un show très célèbre sur CBS, The 64 000 Dollar Question. Si vous répondiez à une série de questions, vous empochiez cette somme. J’ai participé aux sélections, en choisissant comme thème le jazz, et j’ai fait un sans-faute. Mais, étrangement, je n’ai jamais été invité à l’émission elle-même. Quand je m’en suis étonné auprès du producteur, il m’a dit : « Daniel, ce n’est pas possible, vous avez triché, hein ? » Non, j’étais un puits de science sur le jazz, c’est tout ».

« Un jour, à 11 ans, j’ai acheté, un peu par hasard, Le Revolver à cheveux blancs, d’André Breton. J’ai été subjugué par la beauté de cette poésie. Du coup, j’ai enchaîné avec Aragon et Tzara. Puis j’ai découvert la peinture surréaliste, un art plutôt figuratif qui me rappelait sans doute un peu la photographie. A l’époque, Miro et Dali étaient déjà cotés, mais vous pouviez acheter des toiles de Magritte, Max Ernst ou Victor Brauner pour presque rien. J’ai également acquis quelques Chirico de la période métaphysique. J’ai même échangé un bel appartement, que je possédais sur la 83e Rue, à New York, contre des tableaux de Paul Klee, Miro et Matisse. Plus tard, j’ai aussi troqué un appartement parisien contre trois Magritte et trois Brauner. J’ai même donné mon appartement de Megève contre une porte peinte par Max Ernst… Quand j’ai annoncé ça à ma mère, elle a failli tomber dans les pommes. J’ai une immense admiration pour Max Ernst, dont j’ai pu racheter les célèbres collages de la série Une semaine de bonté à la barbe des autorités françaises, qui se sont comportées stupidement avec sa veuve, Dorothea Tanning, que j’aimais profondément ».

Walt Whitman,

mardi, avril 15th, 2014

Corinna

« De tous les hommes, il n’est pas plus égal que le poète »
Walt Whitman
Feuilles d’herbe (1855)
éditions José Corti, traduction Éric Athenot

[…]
D’entre toutes les nations, les États-Unis, dont les veines sont gorgées de matière poétique, ont le plus grand besoin de poètes et engendreront sans aucun doute les plus grands, dont ils feront le plus bel usage. Ce sont moins leurs Présidents que leurs poètes qui seront les arbitres communs. De tous les hommes, il n’en est pas de plus égal que le poète. Ce n’est pas en lui mais loin de son influence que les choses sont grotesques, excentriques ou malsaines. Rien n’est bon qui n’est pas à sa place. Le poète confère à chaque objet et à chaque qualité ses justes proportions, ni plus ni moins. Il est l’arbitre du divers, il est la clé. Il est l’égalisateur de son époque et de son pays….il fournit ce qui fait défaut et modère ce qui doit être modéré. Si la paix est l’ordinaire, en lui parle l’esprit de paix, vaste, riche, frugal, qui construit de grandes cités populeuses, qui encourage l’agriculture, les arts et le commerce — qui éclaire l’étude de l’homme, de l’âme et de l’immortalité — le gouvernement fédéral, régional ou municipal, le mariage, la santé, le libre-échange, les voyages terrestres ou maritimes….rien n’est trop proche, rien n’est trop éloigné…les étoiles ne sont pas trop éloignées. En temps de guerre, il constitue la force guerrière la plus mortelle. Qui le recrute, recrute chevaux et fantassins…il obtient les meilleures pièces d’artillerie jamais vues par les artificiers. Si l’époque est à la paresse et à la lourdeur, il sait la réveiller…sa moindre parole peut faire saigner. Si stagnantes que soient les étendues uniformes de l’usage, de l’obéissance ou de la législation, lui ne stagne jamais. Ce n’est pas l’obéissance qui lui dicte sa loi mais le contraire. Tout en haut, hors de portée, il se dresse en projetant ses faisceaux de lumière concentrée…il actionne le pivot de son doigt…il confond sans bouger les coureurs les plus rapides, les rattrape sans effort et les enveloppe. Il met un frein à la dérive du temps vers l’infidélité, l’artifice et le persiflage par sa foi inébranlable…il fait passer ses plats…il distribue les mets savoureux et nourrissant qui donne des hommes et des femmes. Son cerveau est le cerveau suprême. Il ne discute pas…il est jugement. Il juge non pas à la façon du juge, mais comme le soleil baigne une créature sans défense. Comme il voit le plus loin, il a la foi la plus grande. Ses pensées sont des hymnes de louanges aux choses. Dans les discussions sur l’âme, l’éternité et Dieu, loin de son monde d’égalité, il garde le silence. Il ne conçoit pas l’éternité comme une pièce avec prologue et dénouement….il conçoit l’éternité chez les hommes et les femmes…il ne conçoit pas les hommes et les femmes comme des songes ou des points sur une ligne. La foi est l’antiseptique de l’âme…elle est répandue chez les gens ordinaires, qu’elle préserve…ils ne cessent jamais de croire, d’espérer en toute confiance. Il est une fraîcheur et une innocence indescriptibles chez l’illettré qui confondent les facultés expressives du génie le plus noble et qui les défient. Le poète voit avec certitude comment quelqu’un qui n’est pas un grand artiste peut être aussi sacré et aussi parfait que le plus grand artiste……Il use à sa guise du pouvoir de détruire ou de remodeler mais jamais de celui d’attaquer. Ce qui est passé est passé. S’il ne propose pas des modèles supérieurs ou s’il ne fait pas ses preuves dans tout ce qu’il entreprend, alors il n’est nul besoin de lui. C’est la présence du plus grand poète qui conquiert…pas les pourparlers, les luttes ou les préparatifs. Maintenant qu’il est passé par là, suivez-le du regard ! Il ne reste nul vestige de désespoir, de misanthropie, de ruse, d’exclusion, ni d’ignominie liée à la naissance ou à la couleur, ni l’illusion ou le besoin d’un enfer…..et nul homme désormais ne sera rabaissé pour son ignorance, pour sa faiblesse ou ses pêchés.

Pour que la poésie vive, il convient de la faire circuler comme ici sur l’Informelle. Quant à nous, nous saurons réciter au moins deux poèmes jusqu’à ce que notre mémoire s’use.
Bien à vous,
Corinne Lellouche

un monde sans objet

dimanche, avril 6th, 2014

Plus grave que le réchauffement climatique, ne plus pouvoir dire bonjour à la caissière

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Et si la dématérialisation du monde finissait par nous transformer en machine ? Aujourd’hui, un catalogue musical sur iPod contient plus de 2000 titres quand un vinyle, un CD n’en contenaient que douze. Et l’on transporte sur son iPad bibliothèque, kiosque, vidéo. L’universel est souvent confondu avec l’uniformité et le conformisme, donnant naissance à des sociétés aux mutations périlleuses ou même inquiétantes. La raison se confond avec la rationalité technique. Quant à la vulgarisation des savoirs, elle est devenue la norme. Ce, qu’il s’agisse de l’intervention d’un chercheur en neuroscience à propos de la migraine (mal du siècle), des retombées de l’accident nucléaire de Fukushima, du niveau de pollution dans les villes, ou des risques liés à la téléphonie mobile. Or, cette vulgarisation nous amène à négliger des concepts, des langages, des positions qui sont loin d’être neutres ou apolitiques. Quant à l’argument de la modernisation, il semble tout asservir sous une implacable chanson dont nous connaissons déjà les paroles. D’un bout à l’autre de la planète, on trouve les mêmes enseignes, les mêmes séries télévisées, les mêmes vêtements, les mêmes voitures, les mêmes pseudos artistes qui lâchent des ballons sur les châteaux de Versailles comme s’ils ne cherchaient qu’à tuer le mystère. La vitesse emporte tout qu’il s’agisse de nos transports ou de nos communications. On « tweete », on « facebook », on « mail » à un rythme effréné sans prendre la peine de vraiment lire, regarder, écouter, voir, faire attention à. Le plus merveilleux des défauts, la curiosité, est relégué au magasin des antiquités, au même rayon que ces époques bénies où perdre du temps n’était pas sacrilège.

La mondialisation, c’est se repasser en boucle une chanson dont on connaît déjà les paroles
Jamais les pratiques d’une culture, celle de l’Occident, ne s’étaient imposées comme modèle universel aussi rapidement. Nombre d’êtres humains, lorsqu’ils ne possèdent pas un niveau d’éducation suffisant, se trouvent confrontés à un travail d’automate. Jeunes victimes de la crise financière, engagés en masse sur des plates-formes de communication, caissières qui font corps avec leurs caisses, quand elles ne sont pas remplacées par des machines, préposées aux renseignements, à qui on apprend dix réponses type en lieu et place d’un véritable échange.

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Quand les vaches regardaient passer les petits trains
La nostalgie nous souffle que le pouvoir de suggestion du papier par exemple relève du toucher, du regarder, de tous les sens en lien avec notre capacité d’aimer. Qui n’a pas transmis à son enfant son exemplaire usé de « L’étranger » (Camus) peut toujours répondre qu’une tablette contenant plus de 2000 best-sellers pour les vacances, c’est pratique. Et si l’on préférait, nous, la pratique au pratique ? Celle de la danseuse classique qui ne peut envisager les pointes qu’après des heures et des heures d’exercices ingrats, difficiles ? La même gagnant une notoriété éternelle, fruit de longues années d’exigence discrète plutôt que le fameux quart d’heure de célébrité qui salit tout sur son passage. On enfonce le clou ? Ces gens gavés de numérique qui croient se préparer à vivre ont-il compris que le train ne repassera pas ? Ne parlons pas du TGV. Est évoquée ici la Micheline de campagne qui reliait les magnifiques villages de France. Les vaches la regardaient passer et nous regardions passer les vaches.

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Nos sociétés aseptisées et contrôlées ignorent qu’une bibliothèque digne de ce nom abrite aussi des moutons

Celui qui possède une bibliothèque sait que sous les couches de poussière -et oui, nos sociétés aseptisées et contrôlées ignorent qu’une bibliothèque digne de ce nom abrite aussi des moutons, sous les couches de poussière se cachent la découverte, l’amitié, le partage, une constellation de sentiments et d’odeurs. A la madeleine de Proust, se mêle l’écriture d’écolier d’un cher disparu. Car dans ce « Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », on apposait son nom et l’année sur les romans familiaux. Plus de 2000 livres vous dites ? Je les échange contre un seul qui possède cette signature, cette couleur un peu passée, ces pages légères, cette déchirure qui se présente sur la pointe des pieds.

Moins de monde:Lou Blic    article lou blic Express Lou BlicLou BLIC Boulogne

Lou Bic (1959-1995), Il y a moins de monde là-haut, poèsie, éditions de la rue de l’Ouest, 1991

Pas si net
On vote Internet, sûr, tant que l’on pourra y trouver certains liens. Prenez au hasard la Factory records, et tapez Joy Divison, New Order, Durutti Column, vous comprendrez que la musique n’est pas que musique. La pochette Abbey Road* des Beatles traversant la rue a créé un buzz mondial bien avant l’invention de ce mot, buzz. La banane d’Andy pour le Velvet, la langue tirée des Rolling Stones et leur braguette dotée d’une vraie fermeture éclair sont autant de jalons, le son d’une décennie en images choisies. Philippe Pierre-Adolphe, créateur du label Le Maquis*, distribué par Naïve, puis Harmonia Mundi a créé en une décade*, une maison de production qui, comme son nom l’indique, résiste, au son écrasé du MP3 comme à la facilité. Son catalogue qui réunit Alan Vega ou A Certain Ratio, questionne la modernité en des coffrets comme A man and A machine, une histoire de la musique électronique en trois volumes (Prix Quartz du meilleur album 2011) qui fait la part belle à l’esprit Kraftwerk*, plutôt qu’aux Daft Punk. Et là, les mots ne suffisent pas, autant cliquer sur le lien http://www.youtube.com/watch?v=_g4x82CuNPM et écouter, vous entendrez la différence.
Côté résistance encore, on trouve à quelques pas de la Sorbonne, Brigitte Peltier, déjà évoquée ici. Elle dirige PIPPA*, une petite librairie qui héberge la maison d’édition du même nom, fondée en 2006. Ici, « la pieuvre verte » reste à la porte, seuls les éditeurs indépendants sont bienvenus. PIPPA possède sa propre galerie d’art au sous-sol, où se réunissent à la bonne franquette écrivains, poètes, chercheurs, peintres, illustrateurs, voyageurs en quête d’authenticité, tout ce que l’on ne peut appréhender si l’on se contente de pagayer sur la toile. Brigitte Peltier explique qu’elle reçoit des visiteurs et des lecteurs, pas des clients. « Des fidèles, attachés à leur librairie ou des curieux. J’ai été la première en France à m’investir dans l’édition numérique, c’est mon combat. Cela peut surprendre parce que je défends le livre et le papier. Le numérique est complémentaire, indispensable, c’est un outil de recherche. Bien qu’à mes yeux, il ne soit pas un outil de lecture. Je reste attachée à l’objet, à la belle impression, à la force de la couverture ».

Nous, poires pressées comme des citrons, face à de grosses pommes basées dans les paradis fiscaux
Au quotidien, outre les objets qui disparaissent avec leur image, leur grammage, nous sommes désormais confrontés à la mise en machine des êtres humains. Quémandant un renseignement, le consommateur dont on espère qu’il muera en consom’acteur, entendra, après la voix glacée du répondeur, un réceptionniste formé pour « l’ambiancer» quand il ne s’agit pas de « l’arnaquer ». Un phénomène décrit par nombre de techniciens des plates-formes banquières, des télécommunications, ou des géants de la Hi Tech, qui ont préféré grossir les rangs de Pôle Emploi plutôt que de « collaborer ». L’employé modèle est formé pour ne répondre qu’aux questions type. Les marques nées pendant les Trente Glorieuses ont vite compris l’importance du service après-vente pour fidéliser leur clientèle tant que la concurrence existait. Pour les géants Apple et autres Orange en situation de monopole s’accordant sur des tarifs hors de prix, on ne trouve pas tous les jours un free (intéressé d’ailleurs, il ne s’agit pas de solidarité) qui tente le coup de poker en brisant l’omerta. Et nous sommes plus souvent des poires, pressées comme des citrons face à des entités basées dans les paradis fiscaux, dont l’adresse est inaccessible et les chargés de communication transformés en robots. Un enfer pour nombre de personnes âgées censées elles aussi se référencer sur Internet, utiliser des DAB, ou imprimer leurs billets de train, services qui leur sont facturés une fortune si elles ne parviennent pas à entrer dans le logiciel.

caissière

Les caissières, à qui l’on demandait jusque-là d’être muettes et rapides vont bientôt être éliminées
De l’autre côté du miroir, la vie quotidienne de ceux que l’on appelle les télévendeurs n’est pas une vie. Anonymat, robotisation, dépersonnalisation, le quotidien des caissières s’apparente à un enfer. D’autant qu’elles s’organisent au gré d’horaires en miettes, et de temps partiels, rendant impossible l’épanouissement d’une famille. On a beau jeu de retirer leurs allocations pour défaut d’éducation à des femmes vivant seules avec leurs enfants. Dans les grandes villes, elles travaillent au centre et terminent parfois jusqu’à 23 heures, avant de regagner leurs banlieues. Le tout pour des salaires le plus réduit possible. On leur demandait jusque-là d’être muettes et rapides au point que certains clients, tels ces chauffards qui oublient toute politesse au volant, les confondaient avec leurs machines. Qui n’a pas soufflé derrière un habitué osant parler du ciel nuageux à l’une ou l’un d’entre elles -ici le féminin l’emporte sur le masculin sans que le combat féministe n’y gagne, peut jeter la première pièce. On croyait ces employés au bout du rouleau, les voici bientôt hors service, hors circuit.

L’automatisation et les réseaux numériques vont remplacer près d’un poste du secteur tertiaire sur deux les vingt prochaines années.
Pierre Bellanger, fondateur et président du groupe Skyrock, auteur de « La souveraineté numérique », Stock, explique dans un article de son blog paru sur le Huffington Post* que la situation est pour le moins morbide : « Jadis, une crise faisait disparaître des emplois qui renaissaient la tempête passée ; aujourd’hui ce ne sont plus des emplois qui disparaissent mais des postes. Ceux-là ne réapparaissent plus au retour de l’activité. Ils ont été remplacés par des automatisations informatiques en réseau.
La crise économique a masqué une seconde crise plus grave et plus profonde : la crise numérique. Nous la devons au développement des réseaux informatiques et à Internet. L’Internet ne vient pas s’ajouter au monde que nous connaissons, il le remplace. Nous ne vivons pas une révolution industrielle comme jadis, qui était une sorte de passage de relais transformant le paysan en ouvrier puis l’ouvrier en employé, nous sommes – sans vraiment en avoir encore conscience – au cours, non pas d’une révolution, mais d’une substitution de notre système économique par Internet.
Selon une étude récente de l’université d’Oxford reprise par The Economist, qui en fit sa Une, et par le Financial Time, l’automatisation et les réseaux numériques vont remplacer près d’un poste du secteur tertiaire sur deux les vingt prochaines années. Dans quel monde vivrions-nous, si la moitié des classes moyennes avait perdu leurs emplois entre 1990 et 2010 ? C’est dans ce monde que nous allons.
On opposera à ce noir pronostic, le célèbre oxymore de la « destruction créatrice » de l’économiste Schumpeter. Selon cet adage, qui prône la mutation de l’ancien en moderne, même si la transition est douloureuse, chacun sera demain partie prenante de l’économie en réseau avec un nouvel emploi. À cela, deux remarques. La première : Internet, selon les projections, détruit quatre emplois pour un créé et seul un dixième de ces emplois est qualifié. La seconde : dans une économie mondialisée, les emplois sont détruits ici et créés ailleurs.
Demain, on ne se rappellera plus des subprimes ou de Lehman Brothers mais de notre inconscience de la crise numérique. On évoquera, avec stupéfaction pour les plus jeunes, cet ahurissant choix collectif qui nous fit financer par la dette un maintien fictif et chaque jour plus coûteux dans une économie du vingtième siècle en voie de disparition ».
Reste la vision des générations tombées dans l’Internet quand ils étaient petits :
« Concernant le remplacement des postes par des programmes informatiques, à mes yeux, la tâche finale reste la même qu’elle soit exécutée par un humain ou un robot » avance Benoît, 24 ans. « Avec l’avènement des algorithmes nous pourrions travailler moins tout en produisant la même quantité de richesse, voire plus. Le but ultime étant d’avoir de plus en plus de temps libre pour d’autres activités (associatives, solidaires, sportives, intellectuelles), et gagner de l’argent grâce à son « robot remplaçant ». Belle proposition, mais quid de la solidarité qu’elle implique ? Les 35 heures proposaient déjà un modèle de partage, à condition que les patrons jouent le jeu. »

Oser la résistance, en tout cas la prise de conscience
Et si nous décidions de ne pas utiliser les caisses automatiques qui gagnent nos espaces ? On pourrait, soyons fous, ne plus acheter ses livres sur la toile, manière de sauver la librairie indépendante et ses éditeurs plus réveillés que les autres, se battre pour ne plus être des zombies confrontés à d’autres zombies. Quand on pense que l’association « Génération précaire* » qui défend les stagiaires, a choisi l’anonymat pour défendre ses « sans voix », on comprend l’ampleur des dégâts. Depuis septembre, l’organisation a rejoint la Coalition Internationale pour des stages Équitables*, preuve que le mouvement peut s’épanouir jusqu’à gagner la partie en comptant sur l’Europe et le reste du monde. En neuf ans de combat pour les droits de ses troupes, l’augmentation du travail dissimulé en stages n’a fait que croître. Le 25 février dernier lors du vote de la cinquième loi concernant ce statut à l’Assemblée Nationale, une quinzaine de députés sur 577 étaient présents dans l’hémicycle alors que l’emploi des jeunes est une priorité du gouvernement, que 25% d’entre eux sont au chômage, et que l’âge du premier emploi stable atteint désormais 28 ans.
On attend surtout que la France connaisse de véritables actions de groupe à l’américaine pour lutter efficacement. Soyons nombreux à suivre le projet de loi déposé par le gouvernement qui vise à « rééquilibrer les pouvoirs entre consommateurs et professionnels ». Il est difficile de se battre contre un ennemi sans visage, mais n’est-il pas plus dur de ne rien faire ? Reprenons le fameux slogan de mai 68 à l’envers, le fameux « Fermez la télé, ouvrez vos yeux », sauf que cette fois l’écran sur lequel vous nous lisez peut être une arme contre cette guerre douce et sans nom qui détruit tout élan.
En 1968, il y avait encore une vraie crémière au coin de la rue. Pas une pimbêche chichiteuse et ultra chère tendance bobo bio. Une avec des rondeurs façon « gueule d’atmosphère »*. Elle nous donnait le beurre, l’argent du beurre et son sourire, ce « laissez-passer » humain, rien qu’humain, si bellement humain.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

Corinna

En savoir plus :

*Abbey Road, , source wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbey_Road_%28album%29
Le 20 août 1969, les quatre Beatles sont réunis pour la toute dernière fois en studio et, vers la fin de septembre, au moment où le disque paraît, John Lennon met fin au groupe en lui annonçant son départ définitif. La séparation des Beatles n’est toutefois officialisée qu’en avril 1970. Répandue à la fin des années 1960, la rumeur prétendait que Paul McCartney, bassiste des Beatles, serait mort en 1966 dans un accident de voiture et qu’un sosie l’aurait remplacé. C’est le disc-jockey américain Russ Gibb qui aurait lancé cette rumeur le 12 octobre 19691,2.
L’événement déclencheur est la pochette du disque, représentant les quatre Beatles traversant un passage piéton. La configuration de la scène regorgerait de preuves concernant la mort de Paul McCartney. D’abord, celui-ci est pieds nus, comme les personnes enterrées en Inde. Il est précédé par Ringo Starr habillé en noir — couleur de la mort en Occident — et par John Lennon habillé en blanc — couleur de la mort en Orient. George Harrison ferme la marche, et son jean témoignerait du fait qu’il s’est chargé de la mise en terre.
De plus, la plaque d’immatriculation de la voiture en arrière-plan, LMW 28 IF, signifierait « Living McCartney Would be 28 IF », soit « Paul McCartney vivant aurait 28 ans si… »3. En réalité, étant né en 1942, Paul McCartney avait 27 ans à cette époque.
La rumeur faisait suite à des interrogations sur l’absence d’album des Beatles entre l’été 1966 (Revolver) et l’été 1967 (Sgt. Pepper’s), rompant leur cadence de deux albums par an, sur fond de rumeurs parfois de dissolution du groupe, parfois de départ de Paul, et d’abandon annoncé des tournées du groupe.

*Philippe Pierre Adolphe, le Maquis
http://gonzai.com/le-son-du-maquis-decade-pierre-adolphe-et-le-maquistador/

http://www.mondomix.com/news/label-le-son-du-maquis-n-a-peur-de-rien-sauf-des-etiquettes

http://fr.wikipedia.org/wiki/Kraftwerk

*PIPPA
 Éditions
Librairie – Galerie 
25, rue du Sommerard – 75005 Paris
Tél : 01 46 33 95 81 
mél : sitepippa@gmail.com

*Après la crise économique, la crise numérique
Par Pierre Bellanger, fondateur et président du groupe Skyrock
Pierre Bellanger est l’auteur de « La souveraineté numérique » paru chez Stock
http://www.huffingtonpost.fr/pierre-bellanger/souverainete-numerique-economie_b_4847620.html

Nous traversons depuis six ans une crise financière qui a profondément perturbé nos économies. Aujourd’hui, certaines nations regagnent le chemin de la croissance. Mais avec une différence par rapport aux crises d’antan : l’emploi ne reprend pas avec la même vigueur. Nous assistons à un découplage progressif entre croissance et emploi. C’est un phénomène nouveau qui met en cause la plupart des remèdes actuels au chômage fondés sur la traditionnelle corrélation directe entre travail et dynamique économique.
Jadis, une crise faisait disparaître des emplois qui renaissaient la tempête passée ; aujourd’hui ce ne sont plus des emplois qui disparaissent mais des postes. Ceux-là ne réapparaissent plus au retour de l’activité. Ils ont été remplacés par des automatisations informatiques en réseau.
La crise économique a masqué une seconde crise plus grave et plus profonde : la crise numérique. Nous la devons au développement des réseaux informatiques et à Internet. L’Internet ne vient pas s’ajouter au monde que nous connaissons, il le remplace. Nous ne vivons pas une révolution industrielle comme jadis, qui était une sorte de passage de relais transformant le paysan en ouvrier puis l’ouvrier en employé, nous sommes – sans vraiment en avoir encore conscience – au cours, non pas d’une révolution, mais d’une substitution de notre système économique par Internet.
Selon une étude récente de l’université d’Oxford reprise par The Economist, qui en fit sa une, et par le Financial Time, l’automatisation et les réseaux numériques vont remplacer près d’un poste du secteur tertiaire sur deux les vingt prochaines années. Dans quel monde vivrions-nous, si la moitié des classes moyennes avait perdu leurs emplois entre 1990 et 2010 ? C’est dans ce monde que nous allons.
On opposera à ce noir pronostic, le célèbre oxymore de la « destruction créatrice » de l’économiste Schumpeter. Selon cet adage, qui prône la mutation de l’ancien en moderne, même si la transition est douloureuse, chacun sera demain partie prenante de l’économie en réseau avec un nouvel emploi. À cela, deux remarques. La première : Internet, selon les projections, détruit quatre emplois pour un créé et seul un dixième de ces emplois est qualifié. La seconde : dans une économie mondialisée, les emplois sont détruits ici et créés ailleurs.
Demain, on ne se rappellera plus des subprimes ou de Lehman Brothers mais de notre inconscience de la crise numérique. On évoquera, avec stupéfaction pour les plus jeunes, cet ahurissant choix collectif qui nous fit financer par la dette un maintien fictif et chaque jour plus coûteux dans une économie du vingtième siècle en voie de disparition.
Imaginons-nous dans un passé alternatif, au début du vingtième siècle, alors que l’industrie automobile se destine à devenir le cœur de l’économie entière. Que ferions-nous si nous avions les mêmes réflexes qu’aujourd’hui ? Des start-ups ! Une pour les rétroviseurs, d’autres pour les balais d’essuie-glace ou les housses de siège … Et ne doutons pas qu’un Ministre bienveillant remettrait chaque année la « Housse d’or » à la plus méritante. Une pléthore d’équipementiers mais pas de motoriste ? Ah non.
Qu’est qu’un motoriste dans l’économie d’Internet ? Il répond du nom de résogiciel, c’est-à-dire un réseau de services liés (moteur de recherche, courrier électronique, carnet d’adresse, calendrier, carte, etc. …). Ce réseau de services s’adosse à un système d’exploitation (logiciel qui pilote les machines), ainsi qu’à des infrastructures de réseaux et à des offres de terminaux. Un écosystème complet qui est si utile et pratique que l’on ne peut plus s’en passer. Le modèle de la chaîne de valeur est simple : le plus productif capte la valeur du moins productif. Ainsi l’économie d’un pays voit sa valeur passer au réseau numérique et cette valeur est ensuite répartie entre résogiciels rivaux.
Nous sommes absents en tant que grande nation industrielle de ce transfert. Nous ne maîtrisons pas notre destin sur les réseaux informatiques. Telle est la question soulevée par la souveraineté numérique.
Et cette perte de souveraineté n’est pas qu’économique. Que signifie le défilé militaire du 14 juillet lorsque notre État est incapable de garantir à ses citoyens le secret de la correspondance ? Ce n’est pas la France, c’est la Syldavie de Tintin.
Nos stratégies, nos brevets, nos conversations, nos secrets sont à livre ouvert pour autrui. Qu’est qu’un pays qui ne peut plus protéger ni la vie privée, ni la confidence nécessaire à l’élaboration de toute propriété intellectuelle ? C’est une colonie, un parc d’attraction houellebecquien, un musée.
Que faut-il faire ? Écrire un livre ? Alerter les plus hautes autorités de l’État ? C’est fait. Et maintenant ? Il faut une cadre législatif qui se fonde sur la liberté des utilisateurs et non plus sur le pillage des données. Beaumarchais a inventé le droit d’auteur, à nous de créer un nouveau droit de propriété : celui de sa trace numérique sur les réseaux. Cette propriété des données informatiques personnelles oblige à créer de nouveaux logiciels respectueux des utilisateurs : c’est la seconde chance de l’industrie européenne du logiciel. Ensuite, il faut localiser les données : tout captation et traitement de données provenant d’un citoyen européen doit avoir lieu sur le territoire communautaire et répondre de ses tribunaux. De plus l’exportation réglementée de données personnelles hors de l’Union doit être taxée, c’est la dataxe. Et enfin, tous les échanges informatiques français et européens doivent être systématiquement cryptés.
Cela fait, il nous faut un résogiciel national et européen. Plusieurs formules pour y parvenir sont possibles et quelques erreurs sont à éviter. Il y a plusieurs bonnes solutions et des exemples internationaux. Il sera le moteur de la mise en réseau de notre économie et de chacun de ses secteurs. Le réseau est notre chance et la condition de notre maintien dans ce monde nouveau. Et il nous faut comme centre de gravité de ce résogiciel un système d’exploitation souverain qui pilotera toutes les machines. Je vais le dire en anglais pour faire plus crédible : a sovereign operating system. L’acronyme qu’on tire signale la gravité de la situation. Nous sommes obligés d’être optimistes. Ne voit-on pas déjà l’Allemagne et le Brésil se réveiller ? Notre pays n’est-il pas en train lui aussi de prendre conscience ?
La croissance des réseaux informatiques est exponentielle, c’est-à-dire qu’elle est de plus en plus rapide. Nous n’avons pas le luxe du temps, c’est un état d’urgence. L’étude de The Economist calcule la probabilité de remplacement des emplois par les machines en réseau, métier par métier. Si vous êtes thérapeute, dentiste, entraîneur sportif ou prêtre, ne tenez pas compte de cette tribune. Tout va bien.

*Génération précaire
http://www.generation-precaire.org/

* Coalition Internationale pour des stages Equitables
http://fairinternships.org/

*Dialogue mythique du film Hôtel du Nord de Marcel Carné avec Arletty et Louis Jouvet
http://mietteaglu.tumblr.com/post/17448262093/hotel-du-nord-dialogue

Cherchez le genre

dimanche, avril 6th, 2014

Cherchez le genre
Par Corinne Lellouche

hermaphrodite

Boycotter l’école soucieuse d’étudier les a priori liés au genre, c’est négliger d’apprendre l’essentiel sur nous.

« C’est difficile, presqu’impossible d’avouer à une adolescente radieuse qui vous demande pourquoi ses règles tardent qu’elle est un homme ». Cette petite phrase prononcée par le professeur Jacques Breton qui a créé en 1978 l’équipe de Paris, unité de soins consacrée à l’aide aux personnes transgenres, résume plus de 80 ans de tâtonnements dans une pratique a priori évidente, reconnaître un homme d’une femme.

Tout commence en 1936 Lorsque les Polonais accusent Helen Stephens (USA), victorieuse dans le 100m aux jeux Olympiques de Berlin devant Stella Walasiewicz, d’être un homme déguisé. A l’époque, aucun test n’ayant été encore inventé, la jeune femme fut contrainte de se soumettre à un examen gynécologique pour le moins humiliant qui la blanchit de tout soupçon. Ce que personne n’avait imaginé, c’est ce qui arriva à la Polonaise mauvaise perdante. A la suite de son assassinat aux Etats-Unis en 1980, les autorités firent pratiquer une autopsie qui révéla qu’elle était un homme. Tout porte à croire que la fédération accusatrice était parfaitement consciente du sexe de son athlète. D’où son étonnement quand une dame réussit à le surpasser.

Sportives à la voix rauque

Dans les années 30, personne ne se souciait des barbes légères et autres poitrines extra plates des équipes féminines. Leurs extraordinaires performances étaient mises sur le compte du sport, prétendument coupable de viriliser les jeunes filles. Des archives témoignent de la distraction des juges de l’époque qui ne se rendirent pas compte que Zdena Koubkova (Tchécoslovaquie), première à descendre sous les 2’15’’ au 800 m féminin, ou Dora Ratjen (Allemagne), qui fit un bond de 1,67m aux championnats d’Europe de 1938, étaient des hommes. Ces deux cas furent dévoilés quand les intéressées retournèrent à leur sexe d’origine une fois leurs exploits accomplis. En 1966 encore, aux championnats d’Europe d’athlétisme, le chef de la délégation soviétique retira quatre de ses protégées parmi lesquelles deux championnes du monde, lorsqu’il apprit qu’une nouveauté, le test de féminité, était devenu obligatoire. Aucune de ces quatre formidables compétitrices n’est jamais réapparue après cet incident. Le rideau de fer s’est brisé sans que la moindre information les concernant n’ait filtré.

Les filles c’est rose et doué pour le ménage

Certaines sportives n’on découvert leur véritable identité sexuelle qu’après avoir été testées. « Je suis contente de cette médaille mais cela ne change rien au décompte final puisque je gagne l’or mais je perds l’argent ». Avec ce calcul relevant de l’élégance plutôt que de l’algèbre, Marielle Goitschel, célèbre championne de ski, a mis un point final à l’affaire Shinegger.
En 1966, aux championnats du monde de Portillo, au Chili, Shinegger lui avait ravie la première place, l’empêchant de réaliser un formidable triplé… « Erik est un garçon qui a beaucoup souffert » a déclaré Marielle lorsque ce dernier lui a rendu sa médaille en 1988. « Comme fille, elle était adulée et puis brusquement, un jour, elle s’est retrouvée seule avec ses problèmes. Cette médaille qu’il me remet aujourd’hui l’a aidé à vivre. Dans les difficultés de cet ordre, tout le monde vous laisse tomber ». Fair play et diablement concernée Marielle. A l’époque, Erika Shinegger, qui n’était pas transsexuelle comme l’ont écrit tant de journalistes, ignorait qu’elle était un homme. Il a d’ailleurs déclaré : « en 1966 c’était important pour la jeune fille que je croyais être de gagner cette médaille. Aujourd’hui c’est important de la rendre à Marielle ». Kesako ? Rappelons qu’à l’époque, Erika n’était pas la seule à paraître un peu masculine. Marielle a d’ailleurs fait remarquer qu’elle ne correspondait pas non plus aux critères abusifs liés à la féminité : rose, faible, fragile, plus doué pour le ménage que pour la mécanique. Erika se croyait lesbienne. A sa naissance, la sage-femme avait décelé une légère anomalie dans son anatomie sans pousser plus loin. De fait, lorsque la jeune fille a consulté au motif que son sexe présentait une forme curieuse, elle a eu la chance de tomber sur un gynécologue informé. Qui l’adressa à un chirurgien virtuose. En effet, son appareil génital masculin était resté à l’intérieur. Six mois furent nécessaires pour extraire son pénis, sortir ses testicules et rallonger son urètre. Six mois de réclusion qui lui servirent également à observer la démarche, l’attitude des garçons, afin de les imiter. On ne naît pas homme, on le devient, aurait pu dire Shinegger, contredisant ainsi les manifestants qui réfutent les recherches sociologiques sur les clichés associés au genre.

Les Tests de féminité c’est compliqué docteur ?

Les tests de féminité ont été pratiqués jusqu’aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, mais ne le sont plus, ayant été officiellement abolis par le CIO en 1999. Les nouvelles règles permettent aux transsexuels de concourir aux Jeux olympiques après avoir subi un changement de genre chirurgical complet. Il leur faut avoir été légalement reconnus comme membres du sexe choisi, et avoir suivi deux ans de thérapie hormonale. Le cas de Mokgadi Caster Semenya* en dit long sur la violence exercée au nom d’une norme parfois impossible à atteindre. Le 19 août 2009, elle a remporté la médaille d’or des Championnats du monde de Berlin en 1 min 55 s 45, meilleure performance mondiale de l’année, abaissant ainsi de plus d’une seconde son propre record. Or, son apparence et sa voix, jugées particulièrement masculines firent débat. D’où l’initiative de l’IAAF de la soumettre à des tests de féminité quelques heures avant la finale. Elle fut diagnostiquée comme « intersexuée » avec une production inhabituelle de testostérone, un syndrome d’insensibilité aux androgènes et un génotype XY. Un examen médical en ce sens avait été déjà effectué sur elle avant les Championnats du monde de Berlin. La fédération sud-africaine, qui en a eu connaissance, a heureusement confirmé son inscription au 800 m des championnats qu’elle a remportés.
Naître avec des caractéristiques des deux sexes reste un tabou. Les médecins proposent aux parents une éventuelle ablation d’un rudiment de pénis sans avoir la garantie que l’enfant plus tard ne se sentira pas davantage homme que femme. On peut également proposer aux parents d’attendre sans rien tenter. Ils devront alors vivre avec la douleur indicible de devoir un jour annoncer à leur petit qu’ils ignorent s’il est un garçon ou une fille. Last but not list, rien n’indique qu’à l’adolescence, la réponse soit claire pour celui qui doit vivre avec cette anomalie. Une erreur de la nature que l’on cache et que l’on réprouve comme s’il s’agissait d’une perversion.

Barjot et son parfait monde parfait

Que propose la société pour ces personnes différentes en dehors de moqueries infernales ? Le parfait monde parfait réclamé par Frigide Barjot et consorts préfère ignorer qu’être certain de son sexe ou de ses préférences sexuelles n’est pas donné à tous. Il est aisé de défiler pour défendre la famille « du petit Nicolas » idéalement composée d’un papa, d’une maman et de deux enfants. Qui osera reprocher à Dieu ses petites fautes d’inattention ? Un Dieu censé avoir créé l’homme en premier alors que la nature nous souffle que l’inverse est vrai. Pendant son évolution intra-utérine, l’embryon humain présente des organes génitaux externes féminins. Il faut l’influence active des chromosomes pour que le rose vire au bleu. Si l’on supprime les glandes sexuelles d’un embryon de chien, il deviendra une chienne bien que son équipement chromosomique soit masculin. C’est l’anomalie dont sont victimes les adolescentes citées en préambule. Un facteur génétique a bloqué le message hormonal. Elles possèdent tous les attributs de la féminité, elles se sentent femmes mais elles peuvent ignorer la vérité, croyant à tort souffrir d’une pathologie connue : l’absence de règles.

Nobody’s parfect !

Dans l’espèce humaine le terme hermaphrodisme (vrai ou pseudo)* est parfois encore employé pour désigner l’intersexuation. Vient après le cas des transsexuels féminins ou masculins. Ici, le problème qui se pose aux médecins est d’être certains de reconnaître celui ou celle qui, pour des raisons inconnues, se sent homme dans un corps de femme ou l’inverse. Les premiers chirurgiens sensibilisés l’ont été car ils voyaient débarquer aux urgences des personnes automutilées. Un moindre mal comparé à celles qui, pour se délivrer d’un malheur si lourd vont jusqu’au suicide. Saluons ici le Professeur Jacques Breton, psychiatre à l’hôpital Fernand Widal, pionnier en la matière à Paris avec son équipe de Paris* constituée du Professeur Jean-Pierre Luton, endocrinologue à Cochin, et du Professeur Pierre Banzet, chirurgien plasticien à Saint-Louis. Depuis son origine, elle fonctionne en un réseau, qui rassemble aujourd’hui cinq hôpitaux. L’hôpital Foch à Suresnes, l’hôpital Cochin, L’hôpital Sainte-Anne et l’hôpital Saint-Louis à Paris.

Des opposants d’un genre douteux

C’est le dernier « coup » des opposants à la supposée « théorie » du genre : suivant les recommandations de Farida Belghoul, proche du militant d’extrême droite Alain Soral, des dizaines de parents ont retiré, lundi 27 janvier, 2014 leurs enfants de l’école pour protester contre « l’enseignement obligatoire de la théorie du genre » – à ce jour inexistante – dès la primaire. Une vaste opération d’intox, qui repose sur des fantasmes comme celui d’une fantaisiste « idéologie du gender », ennemie d’un prétendu ordre naturel, sensée imposer de force « une société basée sur les orientations sexuelles ».
La contre intox, c’est la politique de sensibilisation à la question des inégalités et des « rôles » sociaux de l’homme et de la femme, menée notamment à l’école, terreau du savoir et de l’équité. Ce climat d’hystérie autour des questions d’égalité hommes/femmes ou de lutte contre l’homophobie débouche sur des phénomènes assez dramatiques, comme cette vague de SMS assurant que « l’Etat, sous couvert de lutter contre l’homophobie, introduit à notre insu la théorie du genre à l’école : homosexualité, bisexualité et transsexualité entrent dans tous les programmes scolaires ».

Egalité fraternité

L’enseignement de l’égalité hommes/femmes est prévu par la loi depuis 1989 et l’article L. 121-1 du code de l’éducation : « Les écoles, les collèges, les lycées et les établissements d’enseignement supérieur […] contribuent à favoriser la mixité et l’égalité entre les hommes et les femmes, notamment en matière d’orientation. […] Ils assurent une formation à la connaissance et au respect des droits de la personne ainsi qu’à la compréhension des situations concrètes qui y portent atteinte. […] Les écoles, les collèges et les lycées assurent une mission d’information sur les violences et une éducation à la sexualité. »

Rappelons la petite phrase de Jack Lemmon, avouant dans Certains l’aiment chaud, qu’il n’était pas une femme. « Nul n’est parfait ! » lui avait répondu son vieux milliardaire énamouré. Concernant l’espèce humaine, on pourrait ajouter que ce qui relève de la norme est naturellement anormal, voir amoral.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

*En savoir plus :

1/.
FTM France Info transsexualisme
http://transftm.wordpress.com/tag/pr-breton/

Contact : severine.savary @sls.aphp.fr

2/.
Lexique utile
http://www.gayglobe.us/syndrome-benjamin122001.html

TRAVESTIS (ES) : Le travesti éprouve le besoin de s’habiller avec les vêtements de l’autre sexe sans renier son sexe d’origine.

TRANSGENRES : Le transgenre peut être androgyne ou vivre comme une personne de l’autre sexe. Peut suivre un traitement hormonal sans vouloir changer de sexe biologique. On parle même parfois de troisième sexe.

TRANSSEXUEL(LES) : Les transsexuel(les) éprouvent une discordance entre leur anatomie et le genre auquel ils se sentent appartenir. Ne pouvant vivre avec un esprit et un corps qui n’est pas en conformité, ils peuvent être opérés. La psychothérapie, utile pour poser le diagnostic ne peut en aucun cas « guérir » de ce sentiment générateur d’une grande souffrance.

INTERSEXUE/HERMAPHRODITE
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hermaphrodisme

On distingue différents types d’hermaphrodisme, l’hermaphrodisme vrai, le pseudo-hermaphrodisme féminin et le pseudo-hermaphrodisme masculin.

• L’hermaphrodisme vrai désigne un cas rare d’intersexuation : la personne est dotée de chromosomes sexuels variables (XX, XY), mais naît le plus souvent avec une ambiguïté sexuelle et la présence simultanée de tissus testiculaires et ovariens, conduisant au développement de structures masculines (véritable pénis érectile et prostate) et féminines (vagin et utérus). La médecine n’en dénombre officiellement qu’environ 500 cas en France..
• Le pseudo-hermaphrodite féminin a des ovaires et un caryotype (46, XX) avec des organes génitaux externes ambigus. Il est dû à une exposition précoce aux androgènes, ce qui peut se rencontrer si le sujet a une hyperplasie congénitale des surrénales, si sa mère a une tumeur des surrénales ou a été exposée enceinte à un traitement hormonal inapproprié. Les organes génitaux externes (OGE) sont virilisés de façon variable, le clitoris peut avoir la forme d’un pénis avec hypospadias, le scrotum est toujours vide, il y a parfois une oblitération vaginale. Les organes génitaux internes (vagin, utérus, ovaires et trompes) sont normaux. La grossesse est possible.
• Le pseudo-hermaphrodite masculin a des gonades et un caryotype (46, XY) masculins associés à des voies génitales et des organes génitaux externes (OGE) ambigus. Il est dû à un déficit en dihydrotestostérone (la DHT, hormone dérivant de la testostérone et régulant la différenciation masculine des organes génitaux externes) par déficit par mutation de la 5 alpha-réductase. Il peut être dû à un déficit en testostérone, dans ce cas les canaux de Wolff et de Müller, dépendants des androgènes pour leur différenciation sont également touchés. Dans les déficiences isolées en 5 alpha réductase, les OGE peuvent évoluer vers une différenciation masculine à la puberté, sous l’effet de la production pubertaire de testostérone, le sujet peut alors être fertile.

3/.
Championnes ayant échoué au test de féminité
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_f%C3%A9minit%C3%A9

• Stanisława Walasiewicz, athlète de course à pied polonaise, fut reconnue hermaphrodite après sa mort, lors de l’autopsie. Ses médailles n’ont pas été annulées.
• Zdena Koubkova, athlète de course à pied tchécoslovaque.
• Dora Ratjen, athlète de course à pied allemande.
• Léa Caurla, athlète de course à pied française.
• Claire Brésolles, athlète de course à pied française, a concouru contre Léa Caurla à plusieurs reprises.
• les Russes Tamara Press et sa sœur Irina Press, respectivement lanceuse de poids et athlète au pentathlon moderne. Mais un doute subsiste, les sœurs clament que le problème leur vient d’une maladie de leur grand-mère (voir polémique des sœurs Press).
• Ewa Kłobukowska (Polonaise), championne du 100 m (réhabilitée plus tard).
• Erika Schinegger, skieuse autrichienne, aux Jeux olympiques de Grenoble en 1968.
• Huit athlètes ont échoué aux tests lors des Jeux olympiques d’Atlanta, mais furent toutes disculpées par des examens physiques plus poussés.
• Maria Jose Martinez-Patiño, coureuse espagnole, était porteuse d’un chromosome Y. En raison d’un Syndrome CAIS, son corps insensible à la testostérone s’est développé avec des caractéristiques féminines. Détectée en 1986, elle a été interdite de tournoi en 1988, aux Jeux d’été de Séoul. En 2012, le test inclut une analyse du taux de testostérone, facteur considéré déterminant pour avoir des capacités sportives masculines.
• Santhi Soundarajan, athlète de course à pied indienne, le 9 décembre 2006 à Doha lors du 800 m des Jeux asiatiques.

Corinne Lellouche : le journalisme c’était mieux avant

dimanche, avril 6th, 2014

Photo Corinne:NetExercer un métier comme on répond à une vocation, est une chance. Nous sommes quelques-uns à avoir rêvé de devenir « reporters » en primaire, fascinés par l’intérêt que semblait susciter chez les adultes la lecture de journaux au format démesuré – c’était avant l’invention du tabloïd -, traversés de colonnes grises à l’écriture serrée : France-Soir, le Monde, le Figaro, l’Aurore, pour ne citer que les plus emblématiques. Il s’agissait de quotidiens à consommer régulièrement contenant de gigantesques explorations en même temps qu’une critique et un recul capables, nous l’avons appris plus tard, de fonder la démocratie.

Parce que l’homogénéisation, l’uniformisation, la vitesse ont radicalement transformé les activités liées au transport et aux communications, nous avons intégré l’idée que le pouvoir de suggestion du papier, dont on annonce la fin prochaine régulièrement, n’avait aucune fin utile en matière de presse. La modernité du Web est censée surpasser l’éternité du grammage qui tâche les doigts. Pourquoi pas ?
« Moi vivant, jamais la pub n’entrera dans Libération » Serge July, 1973

A l’heure où Libé est devenu une marque au même titre que la Sorbonne, rappelons-nous qu’il a été conçu en 1973 comme une critique de la presse dominante. Déjà se dessinait une méfiance envers le journaliste, supposé obéir plutôt que dénoncer. C’est ainsi que le texte de préparation du quotidien stipulait : « Libération n’est pas un journal fait par des journalistes pour des gens mais un journal fait par des gens avec l’aide des journalistes ». A peu de choses près, le credo revendiqué par les aficionados du Web qui prévoient même une disparition du métier jugé corrompu et perverti. En 1973, le tout jeune patron de Libé, Serge July, avait lancé : « Moi vivant, jamais la pub n’entrera dans Libération ». Petite phrase oubliée quelques années plus tard comme on sait.

Si les médias avaient conservé davantage d’autonomie face à leurs annonceurs et à leurs propriétaires, auraient-ils gagné en confiance ? Seul Le Canard Enchaîné, qui doit sa richesse – car il est riche -, à ses lecteurs, n’est pas financé par la publicité. Une réalité que le créateur du Monde, Hubert Beuve-Méry, résumait ainsi : « Il ne faut pas que nos moyens de vivre corrompent nos raisons de vivre ».
Journaux et journalistes gratis

Internet, au départ relativement indépendant, est peu à peu devenu un réseau intégré dans le système médiatique global. Jusqu’à offrir aujourd’hui la télévision, la radio, mais aussi la presse papier dans son offre. Sur une tablette ou un smartphone, lire le journal s’avère de plus en plus confortable. Avec l’avènement du haut débit, il est permis de visionner et d’écouter 24 heures sur 24 des films, des musiques, de se documenter (le plus souvent au moyen de résumés rapides, confère Wikipedia), de pratiquer des loisirs et des jeux, d’utiliser des services de tous ordres, et même de se parler d’un bout du monde à l’autre sans dépenser un centime. Derrière cette vaste entreprise internationale, on trouve la fusion historique AOL-Time-Warner qui a renforcé la fonction commerciale des médias de masse. On peut avancer qu’Internet, malgré son utilité et sa richesse comporte un risque plus grave que de supporter quelques spots publicitaires, celui de transformer nos titres en intermédiaires capables de faire vendre des produits. La culture de la gratuité de la toile est entièrement assumée par les annonceurs qui surveillent les internautes. Ils les tracent, connaissent leurs goûts, leurs préférences, avec le risque de manipulation qui va avec. Or, l’information coûte cher. Il existe plus de 4000 journaux en accès libre et gratuit sur la toile. Cette facilité nourrit de plus en plus les rédactions qui, n’ayant plus les moyens d’une investigation de qualité, se contentent d’une information approximative, peu coûteuse ou encore spectaculaire, quitte à ce qu’elle soit mal vérifiée et/ou mal orthographiée.
Les plumes du Canard

L’exception culturelle française en la matière reste le Canard enchaîné dont les salariés sont parmi les mieux payés. Ce détail n’est pas anecdotique. Certes, le journalisme n’est pas un métier que l’on choisit pour ses compensations financières. Cependant, depuis une dizaine d’années, les pigistes, qui arrivent en bout de chaîne, ont vu leurs salaires diminuer de manière significative, les titres meurent, le chômage ronge la profession. Être rémunéré, ce qui n’est plus le cas pour nombre de rédacteurs des médias en ligne, est pourtant une condition nécessaire. Il n’est pas étonnant qu’en contrepartie de son engagement au Canard, l’équipe qui le compose ne puisse ni jouer en bourse, ni donner des articles ailleurs, ni accepter de cadeaux, ou même des décorations officielles. Ces contraintes signent son indépendance. Parler d’argent est vital. A force de dévaloriser le prix du travail journalistique, outil de surveillance de la démocratie, on en gomme son essence, quitte à faire de notre société capitaliste contemporaine un monstre dont les valeurs se voient remplacées par la seule valeur comptable.
Naissance de Courrier International

Qu’il nous soit donné ici de revenir sur la naissance de Courrier International, le « journal des journaux », dispositif démultiplié aujourd’hui sur la toile, par la grâce d’une lettre de son fondateur, Jacques Rosselin.
Bien à vous,
Corinne Lellouche

« Bon anniversaire Courrier International ! » par Jacques Rosselin (Fondateur)

Publié le 8 Septembre 2010

J’ai appris par un ami que Courrier International fêtait ses 20 ans ce soir dans un théâtre parisien. Ce choix dans la date m’a étonné. Parce qu’aujourd’hui, nous sommes le 8 septembre et que Courrier est né le 8 novembre 1990. C’est pourtant une date facile à retenir le 8 novembre, parce que c’est le premier anniversaire de la chute du mur de Berlin. Et parce que c’est l’anniversaire de mon père.

Ce soir là, on le tenait notre n°1, imprimé chez Dulac. On avait organisé une fête à l’Opus, quai de Valmy. Une formation d’une quinzaine de cuivres emmenée par mon cousin avait fait vibrer l’hymne du journal, une création musicale à la mesure de l’événement. Alors pourquoi diable choisir le 8 septembre ?

C’est peut-être le 8 septembre 1987 que Maurice Ronai avons esquissé les contours de Courrier International, à la table d’un café de la Bastille, bientôt rejoint par Hervé Lavergne, un compagnon de route de VSD, et Jean-Michel Boissier, qui avait créé Priorité à gauche avec Maurice et moi (il faut vous dire que Priorité à gauche et VSD étaient voisins, rue Paul-Baudry à Paris).

Ou alors, c’est peut-être le 8 septembre 1990 que nous nous sommes lancés dans la fabrication d’un premier zéro en temps réel, et qu’après une nuit blanche, Alfred Mignot, Juan Calderon et moi n’avons réussi qu’à boucler 2 pages sur les 32 que comptait le journal. Et que j’ai pleuré de fatigue et d’angoisse, à deux mois du lancement.

Mais après tout, pourquoi faire une fixette sur septembre et ne pas choisir ce jour de janvier 1988, où le tout tout premier numéro zéro est sorti ? Il était photocopié sur du papier A1, grand comme le Wall Street Journal et beau comme un camion. Il y avait à la une un article du Financial Times et une caricature de Benedetti et Minc – eh oui Alain, déjà ! – à l’assaut de la Société générale de Belgique, vénérable institution qui d’ailleurs, étrangement, deviendra plus tard notre actionnaire.

Ou peut-être faudrait-il retrouver la date exacte de cet émouvant jour de mars 1988 où nous avons réunis familles et amis à la Maison de l’Amérique latine, grâce à Bernard Cassen, pour leur présenter notre projet, puis les rançonner implacablement. Au final, nous avons récolté 300 000 Francs en quelque 80 chèques, dont un du patron de Sud-Ouest Jean-François Lemoine et un autre de 100 000 F de Christian Marchandise, fondateur de Télémarket. C’est avec ces tout premiers actionnaires que nous avons pu démarrer, produire un numéro zéro (tabloïd cette fois), nous payer quelques études avec l’aide de Jean-Marc Lech d’Ipsos, rédiger notre business plan et surtout, surtout tenir pendant les 2 ans qu’il nous a fallu pour réunir le capital de départ, hébergés par des sociétés amies : le fabricant de dictionnaire « Intellexis » de Philippe Amiel, puis l’agence A.Jour de François de Valence.

Un anniversaire plus printanier pourrait être celui du 24 mai 1990, jour fondateur où, grâce au coup de pouce d’Eric Ghébali et de Tony Dreyfus, nous nous sommes retrouvés dans le bureau de Pierre Bergé pour signer l’acte de naissance du journal. C’est bien avenue Marceau, sous le regard mélancolique du portrait d’Yves Saint-Laurent, et celui plus sévère de son directeur général, Jean-Francis Bretelle, que Pierre a signé patiemment (lui qui déteste tant signer) l’épais pensum que nous avait préparé notre avocat. L’épreuve était si fastidieuse qu’il a du proposer à son co-actionnaire, Guy de Wouters, de poser les documents sur une tablette pliante sortie spécialement pour l’occasion. Hervé et moi tétanisés, suant les secondes, ne pensions qu’au moment où tout cela serait fini, où nous pourrions dire au revoir poliment, sans bafouiller, et rejoindre nos deux amis au bistrot en face, la Mascotte, avec deux chèques de 5 millions de Francs. 10 millions… Ca c’est une somme ! Il en faudra finalement beaucoup plus pour installer Courrier International durablement dans le paysage (ça coûte cher de créer un journal). Heureusement Pierre Bergé y croyait autant, sinon plus que nous. Il est vrai que le doute s’était insinué après deux ans de porte à porte et de refus de tous ce que Paris comptait comme groupes de presse (dont l’actuel taulier) et investisseurs improbables.

Nous pourrions aussi arroser le premier jour de l’installation dans la pépinière d’entreprise de Ménilmontant, rue Soleillet. A l’époque, Courrier employait une vingtaine de personnes que l’on pouvait réunir au complet pour d’interminables conférences de rédaction. Ils se reconnaîtront facilement : Isabelle Lasserre, Agathe Duparc, Chantal Lesfauries, Kazuhiko Yatabe, Gérard Delubac… Une pensée particulière pour ma soeur Isabelle Rosselin, traductrice d’exception (qui a encore récemment traduit l’interview de Prince pour Courrier) et pour ma voisine du dessus de l’époque (qui y fait toujours des petits dessins).

Et puis comment oublier le jour du voyage à l’Asahi Shimbun, la guerre du Golfe et les journaux arabes interdits en France, Vilnius et les articles envoyés par fax pendant le coup d’Etat grâce à nos journalistes déguisées en paysannes lituaniennes (?!), la sortie de la Nezavissimaïa Gazetta et la poignée de main molle de Gorbatchev, le coup d’Etat russe en direct avec France Info, l’illustre inconnu Clinton annoncé dès novembre 1991 en couverture, le jour où Die Zeit nous a donné un article avant même de le publier lui-même…

Courrier à tant d’anniversaires ! Ça tombe bien, ses anciens combattants, aujourd’hui un peu gâteux, adorent les commémorations. Alors aujourd’hui ou un autre jour…

Bon anniversaire Courrier,

Jacques Rosselin
Fondateur et directeur du journal de 1990 à 1995.

Le jour où le mur de Berlin n’est pas tombé et tous ceux qui suivirent

dimanche, avril 6th, 2014

Le jour où le mur de Berlin n’est pas tombé et tous ceux qui suivirent, uchroniques imaginées par 60 auteurs et artistes, éditions Uchroniques, édition éphémère et unique, soutenue par Paris Sorbonne.

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Par Corinne Lellouche

Dans les années 60, ceux qui commençaient une phrase au conditionnel, s’entendaient répondre : « avec des si, on pourrait mettre Paris en bouteille ». L’image a de quoi séduire tout amateur d’uchronie, genre bellement défini par l’écrivain Régis Messac. Ce dernier, qui fut déporté en 1943 avant de disparaître dans la nuit des camps, avait écrit dans sa revue Les Primaires, en 1936 : « Terre inconnue, située à côté ou en dehors du temps, découverte par le philosophe Renouvier, et où sont relégués, comme des vieilles lunes, les événements qui auraient pu arriver, mais ne sont pas arrivés ».
Et ceux qui sont arrivés et que l’on aurait aimé gommer, pourrait-on ajouter au regard de son destin brisé.
Le jour où le mur de Berlin n’est pas tombé et tous ceux qui suivirent, uchroniques imaginées par 60 auteurs et artistes, musique comprise, se proposent de gommer un événement majeur du XXème siècle, la chute du mur. Et également, si l’on suit « La bombe temporelle » décrite par Danny Mienski page 90, sa non construction dans la nuit du 12 au 13 août 1961 : « Personne n’avait commencé la construction du Mur parce qu’il n’y avait pas eu besoin d’enrayer le flot d’émigration des Berlinois vers l’Ouest. Les Berlinois n’avaient pas fui en masse vers l’Ouest parce que la Russie n’était pas devenue l’URSS.
La Russie n’était pas devenue l’URSS parce que la révolution de 1917 avait échoué.
La révolution de 1917 avait échoué parce que le communisme n’avait pas été inventé.
Le communisme n’avait pas été inventé parce que Marx n’avait pas rencontré Engels.
Marx n’avait pas pu rencontrer Engels parce que ce dernier n’était pas parti en Angleterre en 1932 ».
Cette manière de remonter le fleuve à l’envers en aspirant cartes et frontières, nous rappelle entre autres vérités douloureuses, celle énoncée par Nietzsche : « Seul demeure ce qui ne cesse de nous faire mal ». Du côté des vérités heureuses, on retiendra la beauté de ce qui est impénétrable, de ce qui ne se voit pas, de ce qui reste questions sans réponses, énoncées en autant de poèmes, dessins et musiques venues de la pièce située juste à côté du monde. Comme cette liste de courses trouvées dans la rue en avril 2011 à West Jordan, Utah, où il est question de dentifrice et de coca bleu. Ou encore page 84 d’Ed Anon, ces fragments d’un poète mort si jeune, dont la trace nous arrive d’entre les plis de feuillets aussi abîmées que son destin. En fin de lecture, des QR codes permettent de télécharger de très beaux sons et d’entendre notamment les mots de ce poète, Jean Helsekil, jusque-là difficilement déchiffrables. L’ouvrage est un voyage, on le parcourt comme on découvre des collines, des ciels étrangers, des fleuves et des êtres, en un désordre obligé, raccord avec l’impression décousue portée par cet événement presque fou, voir surréel qu’est l’idée même de ce mur, son avènement, sa fin, et aujourd’hui sa patrimonialisation. Ces fragments exposés, vendus aux enchère, idolâtrés en disent moins que ce patient travail d’artistes portés par un objet commun qu’ils s’appliquent à définir. Tout existe de ce qui n’existera jamais, des murs invisibles qui sont les plus difficiles à tomber aux pierres jetées le long de lignes infranchissables. En témoigne le texte de Daniele Moretti, La torche page 79 : « Le fait que les anglais appellent « mur » la page d’accueil de Facebook, est une sinistre coïncidence. L’espace virtuel où les jeunes et les plus vieux partagent aujourd’hui leur vie est devenu un véritable mur, toujours plus insurmontable. Comme dans la réalité, du reste ». Page 55, la Corée est réunie, mais est-ce un mensonge quand on évoque le communisme converti en économie de marché ? Page 54, un tableau, encre, gouache et colle sur papier kraft, pictural et pur, évoque des « entraîneuses qui se tirent ». Ou encore un « entraînement au tir qui tache le désert iranien », les deux sont imaginés par Louis Vitalis. Gilles Vairel, à côté d’une esquisse légère de Controp page 33 écrit : « Il avait accouru au pied du mur dès le saut du lit mais ne comprenait plus très bien pourquoi. Alors il se creusait la tête en faisant les cent pas ».

La question reste posée : comment vivre les jours qui suivirent celui où le mur de Berlin n’est pas tombé ? Certains meurent, d’autres atteignent des sommets de non-vie. Page 32, Diane Ranville nous apprend que le 43e président des Etats-Unis, George W Bush, a reçu le prix Nobel de la paix en 2004 pour encourager ses efforts. C’était avant ou après la fin du monde ?

Bien à vous,
Corinne Lellouche

En savoir plus

http://lesuchroniques.fr/livre/

L’ouvrage est disponible à la librairie/Galerie le Monte-en-l’air, Paris 20
http://montenlair.wordpress.com/2014/03/10/les-uchroniques-et-si-le-mur-de-berlin-netait-pas-tombe-lancement/
ou sur internet

Mercredi 26 février 2014, un fragment du Mur de Berlin a été livré au Centre Mondial de la Paix, des libertés et des droits de l’Homme pour y être exposé.
Ce fragment est offert par la Ville de Berlin à l’occasion de cette année qui marque le 25e anniversaire de la chute du Mur de Berlin.
http://cmpaix.eu/fr/fragment-du-mur-de-berlin/

Fragments du mur de Berlin mis aux enchères :
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/04/17/97001-20130417FILWWW00572-une-partie-du-mur-de-berlin-aux-encheres.php