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Label Blonde

dimanche, juillet 7th, 2013

Maryleinstein

Porte-drapeau des débuts d’une émancipation, c’est avec les armes absolues de la féminité que le blond a commencé de vamper le machisme.

Comment une blonde tue un poisson ? Elle le noie.

Blonde, blondasse, pétasse, des expressions amusantes, pas de quoi fouetter une chatte. Aryen, épuration, ségrégation, là on grimace. Côté pile, la blonde fait rêver, côté face, elle fait sourire. Sourire en coin presque jaloux, méchant souvent. Sur Google, l’adjectif renvoie aux blagues qui tuent ou à des sites de cul. Comment une blonde tue un poisson ? Elle le noie.

Un enfant sur quatre dans le monde naît blond. C’est génétique et mathématique, le foncé l’emportant sur le clair, la tendance ne devrait pas s’inverser, exception faite du faux blond, fruit d’une longue et difficile recherche. Démocratique, la chimie, dont on a cru qu’elle portait l’avenir de l’homme a révolutionné celui de la femme il y a peu de temps.

L’eau oxygénée, découverte en 1818 par un « Thénardier »

Décolorer sans jaunir relevait de la quadrature du cercle jusqu’en 1918, date de la découverte de l’eau oxygénée par le chimiste français Louis Jacques Thénard. Lequel avait déjà inventé le « bleu de Thénard » plus connu sous l’appellation « bleu de cobalt » utilisé pour colorer la porcelaine. Ceci pour la face claire du personnage. Moins lumineux, il a inspiré à Victor Hugo le nom Thénardier dans le roman Les Misérables, après qu’il se soit opposé à une réforme proposée par l’écrivain : faire passer de 16 à 10 le nombre d’heures de travail journalier des enfants.

La blondeur selon Nietzche

Que dire de cette création sinon qu’elle relevait du miracle ? Valorisé par les Grecs, signe de divinité chez les Romains, au cœur de l’amour courtois dans les écrits médiévaux, la blondeur a été idéalisée par l’Europe avec les dérives que l’on connaît. « Le latin malus pourrait avoir caractérisé l’homme du commun comme homme de couleur foncée, surtout comme homme aux cheveux noirs (…) en définitive, le bon, le noble, le pur, désignait à l’origine la tête blonde » écrit Nietzsche. Jusqu’au Moyen Age, les grandes invasions, notamment entre le IIIème et le Xème siècle, furent celles des peuples blonds : Vandales, Goths, Francs, Vikings. « Au fond de toutes ces races aristocratiques, il y a (…) le fauve, la superbe brute blonde », poursuit le philosophe. Les conquérants imposent leurs codes culturels aux vaincus, critères esthétiques compris. Avec la colonisation, l’idéal de beauté blanche que l’Europe portait s’est répandu à travers le monde jusqu’à l’Amérique qui va le canoniser.

C’est clair, dieu créa la femme d’aujourd’hui via le cinéma

Depuis la nuit noire des temps, on cherchait le moyen de décolorer sans jaunir. La céruse, un dérivé du plomb, connu depuis l’Antiquité, la chaux, la potasse, l’exposition au soleil produisaient, non sans danger, un piètre résultat. Quant à l’eau oxygénée, elle dormit longtemps dans son flacon avant d’être utilisée à bel escient, c’est à dire pour ses qualités cosmétiques plutôt que pour ses vertus antiseptiques.

C’est en 1869 que les femmes possédèrent le moyen de blondir. Blondes enfin comme les fées, les princesses, la poupée Barbie ou les pures héroïnes d’Alfred Hitchcock. Des élues nées sous le bon rayon du soleil, plutôt au Nord, du côté riche de la terre. Véhiculée par le 7ème art, l’artificielle couleur a accompagné l’air de rien la révolution féministe. Emblème du XXème siècle glorieux, elle nous apporta une flopée d’icônes sacrées : Jean Harlow, Marlène Dietrich, Marilyn Monroe, Brigitte Bardot. Des stars libres d’aimer, de choisir leur partenaire, d’en changer… c’est clair, dieu créa la femme d’aujourd’hui via le cinéma. Si l’on remonte la bobine, on trouve dans les années 20 Louise Brooks, brune aux cheveux courts qui curieusement ne fit rien pour détacher le corset moral qui pesait sur ses sœurs.

Indépendantes craquantes, c’est sur leur genre qu’elles s’appuyèrent pour dire non au patriarcat.

Le droit de vote n’étant pas à l’ordre du jour, pas plus que le droit des corps, la logique des a priori aurait voulu que ce soit elle, Louise, garçon manqué, ténébreuse et sûre d’elle qui ouvre la bataille de l’égalité. Les blondes ont fait mieux. Vaporeuses, sensuelles, femmes femmes, elles s’imposèrent bien droit dans leurs escarpins. Indépendantes et craquantes, c’est sur leur genre qu’elles s’appuyèrent pour dire non au patriarcat. La féminité du féminisme par le jeu d’un paradoxe joyeux, s’incarna dans cette nuance blonde, synonyme d’enfance et de naïveté. Elle fit même l’effet d’une bombe grâce au film éponyme « La Blonde platine » réalisé en 1931 par Franck Capra. On y découvrait une Jean Harlow dont le patronyme évanescent était presque une tromperie au regard de sa détermination. Le succès fut saisissant. Partout dans le monde, les femmes prirent d’assaut leur coiffeur pour connaître l’extase de cette coloration aux effets surnaturels, ne craignons pas les superlatifs. Pendant qu’Helena Rubinstein condamnait sans appel cette tendance à la vulgarité, la tentaculaire firme l’Oréal, mettait au point dès 1931 Oréal Blond, pour toutes celles qui, déjà, le valaient bien en terme de méga profits.

Déni d’identité ? Négation de ses origines ?

Une précision technique, c’est l’ajout d’ammoniaque, nocif pour le cuir chevelu, dont nous sommes aujourd’hui débarrassés, qui permit ce ton presque blanc, désormais entré dans la légende.  Quant à ce mot « blond », d’origine germanique, il est apparu dans la langue française en 1080. Sept-cents ans plus tard, l’extase fait place à l’opprobre quand apparaît une nouvelle injure populaire : blondasse. Dans l’imaginaire mondial, les « blondasses », volontiers chassées sur Internet, forment presque une tribu. Pas toutes les blondes, non. Celles qui se repèrent de loin, dont la croupe balance au rythme de la crinière, plutôt fausse blonde d’ailleurs… ces blondes occupées à électriser le loup de Tex Avery. Irrésistibles au point que même les Africaines et les Japonaises dont le cheveu résiste à la décoloration, se paient le luxe de la transformation à prix d’or. Déni d’identité ? Négation de ses origines ? Ici les réponses n’existent pas. Citons tout de même Aragon dans le Paysan de Paris : « Le blond échappe à ce qui le définit. (…) C’est une sorte de reflet de la femme sur les pierres (…) une défaite de la raison ».

Blondes trafiquées et OGM

L’art contemporain a joliment tourné autour du sujet, par le biais d’une exposition qui a donné lieu à un très amusant ouvrage « Blond/asses », édition Avanti. Alexandre Périgot prenant ici des meules de foin avec l’aide d’agriculteurs de l’Aude pour sculpter les choucroutes géantes de Pamela Anderson, Claudia Schiffer, Sharon Stone. L’artiste établit un lien entre les chevelures des stars, trafiquées blondes, et les OGM « Des produits customisés pour la grande distribution, celle du marché céréalier comme celle du show business universel. » Autre plasticien qui joue avec le phénomène, Alain Buffard personnifie l’hégémonie occidentale par la blondeur. Les protagonistes de sa pièce Dispositif 3-1 portent une perruque dorée et rampent au sol, sorte de parodie de la normalisation occidentale. Quant à Marielle Pinsard dans sa performance vue à Berne Blonde unfuckingbelie, elle tentait de décrypter avec humour les stéréotypes. On y voyait des femmes se livrer à une sorte de chorégraphie des gestes de tous les jours, mais en blonde.

Reste le magazine Causette* qui dans un récent article écrit à l’appui d’une enquête statistique de l’IFOP, montrait sans le démontrer un parallèle de nos élues, lesquelles se droitiseraient à la mesure de leur blondeur.

 

Bien à vous,

Corinne Lellouche

*Comment vote une blonde ? http://www.causette.fr/articles/lire-article/article-149/comment-vote-une-blonde.html

 

*Le test du χ2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Test_du_%CF%87%C2%B2 – cite_note-1 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Test_du_%CF%87%C2%B2

 

*http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Blonde_platine

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