Archives de avril, 2013

Une minute pour Edie Sedgwick et Christine Angot

samedi, avril 27th, 2013

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C’était avant Bret Easton Ellis, une forme de défonce et de désespoir qui s’est jouée sur du velours souterrain. A la Factory, couvés par Andy Warhol et ses superstars, naissaient une peinture, un son et une écriture du quotidien, sorte de ready-made désenchanté à grande échelle. Les dollars, les fleurs, les pas de danse, les portraits de Marilyn, la soupe Campbell, traces de la culture américaine affichées en format XXL étaient en route pour les musées internationaux. La musique était signée Lou Reed qui couchait avec Nico, au fond bien plus grande que lui. Il ne le saura pas, ignorant que le seul art véritable est « d’aimer les autres », (Van Gogh). J’ajouterais la sincérité, et là j’ai l’air d’une idiote. Nico avait aussi couché avec Delon, lui faisant un enfant qu’il ne reconnut jamais et que Gainsbourg sortait volontiers, lui offrant l’étoile manquante. Lorsque Nico chantait Sunday Morning, on attrapait l’envie d’avoir la vie sauve même le dimanche. Sur les plans séquence d’Andy, on la voit se couper la frange aux côtés d’une fille à la grâce renversante, enfant perdue d’une famille d’industriels très riches et très détraqués. Ici, la référence littéraire serait Christine Angot, permettez-moi de saluer Christine Angot pour sa sincérité justement, et de la remercier pour ce qu’elle écrit. Je me demande si de lire ses textes aurait pu sauver Edie Sedgwick, victime de l’inceste comme elle.

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Edie trimballait son élégance nonchalante en des films expérimentaux où il ne se passait rien, mais qui font encore courir les cinémathèques cinquante ans après la fin du bal. Le plus souvent, elle était en petite culotte ou en collants noirs, telle une danseuse surprise au vestiaire de l’Opéra. On la voyait embrasser des heures durant de beaux jeunes hommes, ajouter du noir sur ses yeux, caresser ses blonds cheveux courts, et rire de la bouche seulement car son regard trahissait une tristesse infinie. Aujourd’hui on dirait anorexique. Elle fut internée plusieurs fois avant de mourir d’une overdose à un âge où normalement on commence sa vie. L’autodestruction du New York des sixties, elle en fut l’égérie. En 1967, trois mois avant son décès, brouillée avec Warhol, elle participa au tournage de Ciao Manhattan, où elle jouait son propre rôle. Ciao Manhattan, on ne pouvait pas mieux dire. Sauf que ce n’était pas un au revoir, c’était un adieu.

Pourquoi écrire cela cette après-midi ? L’espoir doit mourir, mais pas la beauté, ni la poésie qu’il faut apprendre et réciter pour ne jamais l’oublier. Je ne voudrais pas que l’on oublie Edie Sedgwick et je suis heureuse que Christine Angot soit vivante.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

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PS :  « Une semaine de vacances », Flammarion, extrait de la critique de l’écrivain Philippe Forest in « Le Monde des livres », août 2012

« Quel sens, sinon afin de se protéger de la vérité qu’elle exprime, y aurait-il à reprocher  à Christine Angot de reprendre là où elle l’avait laissé le récit de sa vie ? Ce qui un jour a mérité d’être écrit exige sans cesse de l’être à nouveau. Nul n’est jamais quitte de l’expérience la plus vraie de sa vie. (…) On aura compris de quelle forme d’expérimentation grave et radicale procède le nouveau livre de Christine Angot et à quelle épreuve inquiète il oblige son lecteur, le confrontant d’un coup au grand non-sens très violent de la vie sans aucun des artifices ni aucune des facilités dont le roman fait d’ordinaire usage et puis l’abandonnant, comme son héroïne, enfant perdu, au milieu de nulle part, tout à fait esseulé dans un monde désolé. C’est là que commence la vie. Et la littérature aussi ».


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Pleurez, vous êtes filmés, (ou évanouissez-vous)

mercredi, avril 24th, 2013

Qui pleure le mieux ? Obama, visiblement bouleversé après une fusillade dans une école primaire du Connecticut  ? Messier quittant le pont de son navire ? Plenel, non pas de joie après avoir terrassé Cahuzac, mais en service marketing pour l’un de ses livres très perso ? C’était juste avant l’attaque en règle de « La face cachée du Monde », l’ouvrage de Péan et Cohen  l’accusant d’avoir été un conseiller officieux d’un flic très haut placé.

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Qui se souvient du chagrin de Michèle Barzach, après destitution par Chirac en 1990 ? C’était la première fois que l’on voyait des larmes couler sur les joues d’un ministre. A l’époque les médias évoquèrent « la faiblesse de la nature féminine » avant de passer à autre chose. 20 ans plus tard, les personnalités politiques n’hésitent plus à pleurer devant les caméras. En 1999, Christine Boutin avait pris le relais de Michèle lorsque Jospin, agacé par son attitude à propos de PACS l’avait traitée de « députée marginale et outrancière ». A l’occasion du mariage pour tous, elle est carrément passée à la vitesse supérieure, jurant son Grand Dieu que son évanouissement était vrai. La gauche n’est pas en reste. Quand un journaliste a demandé à Arlette Laguiller de s’expliquer sur les pratiques internes de Lutte ouvrière, Arlette n’a pas répondu, elle a pleuré. Guigou, puis Ségolène, et à leur suite Aubry ont chacune salué leurs défaites électorales à grand renfort de kleenex.

Où sont les hommes ?

Côté mecs, ça rigole pas davantage. Applaudi par les employés de Canal+, Pierre Lescure craque lorsqu’il dénonce son débarquement par Jean-Marie Messier. Le même Messier quittera un Vivendi exsangue, les yeux trempés, sous les acclamations de ses salariés. Edwy Plenel, grand donneur de leçons, et assez endurci d’après Péan pour traiter avec la CIA et la crème de la Police française, sanglote en évoquant sa jeunesse sur le plateau de Campus. Besancenot accusé de complicité d’antisémitisme par Cukierman face à Ardisson, lutte pour ne pas se laisser déborder. La caméra s’attarde sur son visage : « Ca ne passe pas » s’excuse-t-il.

Les sommets de l’Etat sont devenus pluvieux

Rien à faire, les sommets de l’Etat sont devenus pluvieux. A croire qu’après l’omelette au pot (Giscard), et le marathon (Léotard), l’affect est devenu un argument électoral. « C’est possible » remarque le philosophe Michel Lacroix, auteur du Culte de l’émotion (ed. Flammarion). De là à imputer la défaite d’un Jospin à une frigidité émotionnelle, il n’y a qu’un pas que l’on pourrait franchir.  On a tant évoqué la rigidité de ce premier Ministre reconnu aujourd’hui comme l’un des meilleurs. Son protestantisme, son sérieux, sa réserve. Pour Michel Lacroix, la débauche d’émotion résulte du « culte du moi » des sociétés individualistes. On la cultive, on en joue. Garante d’authenticité, elle offre un mode de communication primaire plus puissant que l’éloquence. « Les larmes brouillent la frontière entre privé et public. Lorsque Messier pleure en quittant Vivendi, il exalte son aventure individuelle et appelle à la compassion collective. »

Bush, le roi de l’oignon

Après le 11 septembre, le belliqueux George W.Bush, s’attardant au milieu des ruines et des blessés, geint quatre jours durant. Les télés découvrent qu’un cow-boy roi du monde peut pleurer. Quel coup. Il ne se retiendra pas davantage en annonçant les pertes de Columbine et les morts d’un équipage : « Le Créateur qui nomme les étoiles connaît aussi le nom des sept âmes que nous pleurons aujourd’hui » avait déclaré d’une voix lente et faible l’ex poète de la Maison Blanche. On est loin du petit garçon digne qui, sur le perron du même bâtiment avait salué la dépouille de son père avec la retenue qui sied à un fils de Président. John John Kennedy, du haut de ses 3 ans, bien droit dans ses bottes, n’avait pas pleuré. Mais lui il était vraiment triste.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

Tout est politique, même notre façon de dire encore

mardi, avril 23rd, 2013

 

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Ex premiers de classe, ils forment une caste d’intouchables, qui cumulent allègrement leurs agrégations avec des études à Polytechnique, HEC, ou l’Ena. Pendant que le citoyen lambda se contente d’un monde qui tourne de 9 à 17 heures, eux vivent des nuits blanches et se déplacent en hélicoptères façon rocks stars. Assistés de chauffeurs et de secrétaires particuliers, nos politiques se comportent comme si l’administration centrale de la France les dispensait de morale. Volontiers apparatchik –demeurer députés 20 ans de suite ne blesse en rien leur fibre démocratique-, ils ignorent les contraintes du salariat et du siècle. Quant à la mère patrie qui semble porter aux nues la virilité de ses rois, elle a vu s’épanouir Henri IV, le régent aux 70 maîtresses qui y gagna un surnom, le « Vert-Galant », au centre d’une  monarchie marquée par les favorites et les bâtards. Fort préoccupé par les poules, le bonhomme en vint à confondre la capacité à gouverner avec l’appétit sexuel, affirmant même que jusqu’à cinquante ans, il avait pris son épée pour un os. Osons l’avouer, un roi chaste ennuie. Devant l’impuissance, la foule perd tout respect, on pourrait même dire qu’elle se viriliserait. L’hypothèse est folle qui voudrait que la révolution de 1789 soit liée aux difficultés de Louis XVI, incapable de faire l’amour à sa reine. L’exemple de Napoléon, incarnation de la puissance politique, apporte sur ce point un éclairage intéressant. Il est à ses débuts, peu porté sur le sexe. Cependant, à mesure que son pouvoir s’accroît, l’Empereur devient un grand consommateur, montrant qu’en la matière l’œuf serait moins responsable que la poule, encore elle.

« Il a voulu vivre César et il est mort Pompée  »

En parcourant l’Histoire de France par ses alcôves, on trouve le malheureux Félix Faure succombant à une fellation reçue à même (le Palais) de l’Élysée. D’où l’épitaphe un peu spéciale de Clemenceau : « Il a voulu vivre César et il est mort Pompée  ».

Grimper sur la plus haute marche appellerait aujourd’hui comme hier une virilité hors normes, comme aux temps primitifs où le chef de meute était le seul autorisé à copuler. L’exemple de Bill Clinton, puissant président des Etats Unis qui s’est vu contraint d’avouer ses infidélités devant les caméras du monde entier, en dit long sur la pratique des dessous de table. Une procédure d’impeachment a failli lui couter son poste, sans pour autant entamer son crédit. Que sa stagiaire, moins discrète que Marilyn avec les frangins Kennedy, ait donné son prénom à un scandale qui restera le premier des scandales sexuels internationaux, apparaît comme un atout, presqu’une décoration. Notre homme gagne d’ailleurs sa vie en portant la bonne parole en des conférences internationales fort prisées.

Est-ce parce qu’ils fabriquent les lois que nos chefs se pensent au-dessus d’elles ?

Le début de réponse d’Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d’Etat du président américain Richard Nixon mérite réflexion : « le pouvoir politique est l’aphrodisiaque suprême », disait ce fin observateur qui vit défiler dans le bureau ovale, ou plutôt sous ce dernier, nombre de passagères clandestines. Et s’il fallait prouver que la fonction rime avec certaine pulsion, on s’en tiendrait à un rapide inventaire des mœurs contemporaines. Ainsi, Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, spécialiste avéré des soirées « bunga bunga » est-il au cœur de plusieurs scandales qui lui valent d’attendre désormais la queue basse ses procès pour recours à la prostitution de mineure et abus de pouvoir. Le président israélien Moshé Katzav a démissionné en 2007. Reconnu  coupable d’actes répréhensibles sur ses subordonnées, il est en prison pour viol, harcèlement sexuel et actes indécents. L’ancien président zimbabwéen et pasteur méthodiste, le si bien nommé Banana a été condamné à un an de prison en mai 2000 pour sodomie et autres crimes sexuels perpétrés à l’encontre de ses collaborateurs. Il est décédé en novembre 2003. Plus près de nous Herman Cain, candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2012 s’est vu contraint de renoncer en raison de sa propension au harcèlement sexuel. Ce bon pasteur, marié depuis près de 40 ans à la même femme, a d’ailleurs montré lors de prestations télévisuelles catastrophiques que sa principale aptitude à gouverner concernait le maniement de l’épée. En France, nos présidents présentent volontiers une libido hors normes. François Mitterrand, grand séducteur devant l’éternel a abrité dans les annexes de l’Elysée sa maîtresse officieuse, Anne Pingeot, ainsi que leur fille cachée, Mazarine. Interrogée sur le dossier, Michèle Cotta, elle-même intime de la rose, a reconnu qu’à l’issue de ses meetings, une brochette de prétendantes attendait le bon vouloir de Tonton. Le landerneau lui prête une constellation de maîtresses célèbres, Annie Girardot, Édith Cresson, ou Dalida, laquelle buvait ses « paroles » et sa force tranquille sans chichis. Les relations amoureuses de Jacques Chirac, son successeur, avec Michèle Barzach ou Claudia Cardinale  figurent dans de nombreux ouvrages bien qu’il ait été d’une discrétion remarquable. Valéry Giscard d’Estaing n’est pas en reste qui collectionnait les aventures avec de ravissantes comédiennes. En 1974, le Canard Enchaîné lui avait d’ailleurs décerné  le surnom de Valéry Folamour, après la fameuse affaire du laitier… Lors d’un carambolage dans une Ferrari prêtée par Vadim, le président avait été secouru par le Samu et la police, avec à ses côtés la belle Marlène Jobert. Le même, reconnaissant « mes ministres femmes me donnent plus de satisfaction que les hommes », avait vanté avec lyrisme le  décolleté de cuisse de sa secrétaire d’Etat aux Universités, Alice Saunier-Seité, dans un très sérieux opus intitulé sans rire « Démocratie Française ».

Alpha Male Syndrom

Les ministres, les députés, ceux qui exercent la fonction suprême, détiennent l’autorité  de l’autorité. Ils seraient victimes d’une hormone qui viendrait avec le pouvoir, « l’alpha male syndrom », laquelle les prédisposerait crescendo au pouvoir et au sexe. Leur relation à la vie, trois fois plus intense, qui  les voit cumuler trois ou quatre existences de monsieur et madame Tout le monde les rendent plus désirants, plus consommateurs. Quant à leurs compétences sociales hors du commun, elles les transforment peu à peu en monstres incapables de résister à la frustration. Leur taux de testostérone et de dopamine grimpe au même rythme que leur marche vers les sommets. Last but not list, à leur appétit démultiplié correspond un surplus de séduction lié à leur position. Des enquêtes statistiques prouveraient en effet que la majorité des femmes repèrerait et préfèrerait les décideurs censés les sécuriser et les protéger au mieux. Pour le docteur Olivier Nicolas, psychiatre, politique et sexualité seraient intimement liées : « L’éros et le pouvoir ont en commun de procurer une jouissance du fait de la domination sur autrui. Or, les grands managers, les très bons élèves, ceux qui sont dotés d’une intelligence supérieure présentent une hyper sensorialité en même temps qu’une énergie vitale hors normes, proche de l’impulsivité. Cela détermine une relation au plaisir si intense qu’elle tourne vite à l’addiction. Pour ne rien arranger, la morale commune qui associe pouvoir et puissance sexuelle autorise volontiers une sorte de droit de cuissage. Là où le bat blesse, c’est que le système, loin de sanctionner l’hypersexualité des chefs, la valide et même la valorise. N’oublions pas que lors du passage à l’acte, la capacité de jugement est altéré. C’est cette altération du jugement qui a conduit DSK, pourtant si intelligent, à l’égarement. Il faudrait que la société, si fasciné par la puissance de l’éros, s’autorise enfin à interdire et punir. Pour l’instant, tout se passe comme si le chef ne relevait pas de la loi, comme s’il n’avait pas de compte à rendre. Personne ne dit que c’est mal, au contraire. Les hommes politiques qui auraient besoin d’être limités, éduqués, agissent comme les singes bobos. Chez ces derniers, comme pour d’autres espèces animales, le mâle dominant possède le droit de choisir avant les autres celle avec qui il entend copuler, il arrive même que lui seul jouisse du droit à l’acte sexuel. Le bons sens nous souffle que ce qui vaut pour nos amis les bêtes ne s’applique pas à nos civilisations humaines. Mais le bon sens ne concerne que l’individu lambda qui a besoin de morale. Ce n’est pas le cas du mâle dominant, doté du pouvoir incroyable d’imposer ses désirs à la réalité ».

Imposer ses désirs à la réalité, voie royale pour épouser des conduites répréhensibles sans risques. Tout un programme pour lequel personne n’a envie de voter. L’ennui, c’est que sur ce point, nous ne sommes pas consultés. L’affaire du Sofitel n’a pas changé la face du monde. Au journal du soir, on a vu un DSK légèrement contrit reprendre du poil de la bête devant les questions économiques qui ont clos sa prestation. Sans Dédé la Saumure qui fait un peu désordre tout de même, l’ancien président du FMI aurait sans doute repris langue avec ses concitoyens.

La révolution n’est pas pour demain

La question reste posée, conduire un pays sans se croire obligé de donner le bon exemple, est-ce possible ? La révolution n’est pas pour demain. Car l’attaque d’impuissance contre le roi, archaïsme inscrit dans notre passé commun, est bien sûr politique. Elle vise le corps du chef mais aussi sa volonté politique. Dans l’actualité proche, on notera que Lionel Jospin, cas unique de leader monogame, s’est vu destitué par le bon peuple. En tirer des conséquences serait abusif, y réfléchir ne peut pas faire de mal.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

Ecris et crie

lundi, avril 15th, 2013

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Cela n’arriverait plus aujourd’hui, répètent les éditeurs accusés de lobbyiser les prix, confère le célèbre « Galigraseuil ».

Le génie méconnu, cela n’arriverait plus ? Une affirmation mise à l’épreuve par des journalistes facétieux qui envoient  régulièrement un manuscrit mythique aux grandes maisons, lequel est retoqué sans un pli puisque pas lu. Et tout de même accompagné de la fameuse formule d’indifférence polie « votre manuscrit blabla mais malheureusement, il ne correspond pas à notre blablabla ».

« Vous n’aimez que ce que vous connaissez depuis très longtemps bande d’idiots », apostrophait Picabia dans les années Dada tandis qu’à ses côtés Breton se déployait dans l’amour fou et légèrement sectaire de ce qui était de maintenant. Quand à nous, nous pensons que tout peut arriver, le génie reconnu, le méconnu découvert après sa mort, et l’inconnu à jamais oublié. Résister à la facilité, au consensus mou, devancer sa fin plutôt que sacrifier son âme, cela donne ceci, en extraits choisis. Des cris qui passent le mur du temps et qui font forcément écho à ceux qui, aujourd’hui, dans l’ombre ou sous la toile  résistent à l’étouffement, Eno Dailor si tu nous entends.

Antonín Arthaud, Van Gogh, le suicidé de la société, février 1947

Et il avait raison Van Gogh, on peut vivre pour l’infini, ne se satisfaire que de l’infini, il y a assez d’infini sur la terre et dans les sphères pour rassasier mille grands génies, et si Van Gogh n’a pas pu combler son désir d’en irradier sa vie entière, c’est que la société le lui a interdit.

Vincent Van Gogh, 20 avril 1880

Nous serons pauvres et nous souffrirons la misère aussi longtemps qu’il le faut comme une ville assiégée qui n’entend pas capituler, mais nous montrerons que nous sommes quelque chose.

(…)

Mon cher Théo,

Merci de ta lettre d’aujourd’hui et un billet de 100fr. qu’elle contenait. Pour ce qui est de la lettre précédente contenant 50fr. je l’ai également reçue et je te l’ai aussi écrit.

Claude Monet, Paris, 29 juin 1968

(Pour rappel 900 000 visiteurs pour la rétrospective « Monet à Paris »au Grand Palais en 2011)

Mon cher Bazile, je vous écris deux mots à la hâte pour vous demander secours bien vite si cela est possible, je suis décidément né sous une mauvaise étoile. Je viens d’être mis à la porte de l’auberge où j’étais, et cela nu comme un vers, j’ai casé Camille et mon pauvre petit Jean à l’abri pour quelques jours dans le pays…

Fiodor Dostoïevski, Wiesbaden, jeudi 24 août 1865

Je continue à te bombarder de mes lettres (toujours non affranchies). Nous sommes mardi déjà, 2 heures de l’après-midi, et toujours rien de Herzen, alors qu’il serait temps. De toute façon, je vais attendre jusqu’à demain matin, après quoi je n’aurai plus le moindre espoir… Cependant ma situation s’est aggravée jusqu’à l’invraisemblance. A peine es-tu partie, dès le lendemain de bonne heure, il me fut déclaré à l’hôtel qu’on ne me donnerait plus ni repas, ni thé, ni café. (…) Si bien que depuis hier, je ne mange pas et n’ai que du thé pour toute nourriture (…) Je suis assis et lis sans cesse afin qu’aucun mouvement ne m’excite l’appétit.

Pourdieu, ne montre ma lettre à personne et ne raconte rien. Sordide. Tout à toi.

Paul Verlaine, janvier 1887

Besoin beaucoup des argents. Vrai, sans blague. Pressé, pressé.

Rimbaud à Verlaine, Charleville, avril 1872

Le travail est plus loin de moi que mon ongle l’est de mon œil. Merde pour moi ! Merde pour moi ! Merde ! Merde ! Merde ! (…)

Quand vous me verrez manger positivement de la merde, vous ne trouverez pas que je coûte trop cher à nourrir !…

James Joyce, Paris 21 février 1903

Cher Maman, ton mandat de 3 shillings 4 pence de mardi dernier a été très bienvenu car j’étais quarante-deux heures (42) sans manger. Aujourd’hui je suis depuis 20 heures à jeun.

Charles Baudelaire à sa mère, 1847

C’est seulement quand je suis réduis aux dernières extrémités, c’est à dire quand j’ai très faim que je vais à vous, tant cela me cause de dégoût et d’ennui. Pour comble de malheur, M. Ancelle veut votre autorisation ; je suis donc venu malgré le temps, la fatigue, solliciter de vous la permission de prendre une fontaine et vivre quelques jours. Je ne monte pas chez vous, parce que je sais de quelles injures, avanies humiliations je paierais ce dont j’ai besoin.

J’attends cette réponse en voiture en bas.

Détruisez ce billet car il serait honteux pour vous qu’on pût le trouver.

Henri Matisse, 15 juillet 1903

Mon cher Simon, les divers ennuis, gros et petits, plutôt gros que petits, dont la vie, quoique je ne sois pas bien vieux, m’a donné déjà de bonne part, des charges que je suis décidé à porter courageusement, tout cela joint au peu d’argent que produit l’exercice de notre profession, m’avait presque décidé à lâcher la peinture pour faire un tout autre métier, insipide mais suffisamment lucratif pour me permettre de vivre…

Oscar Wilde, 26 juillet 1889

Mon cher Frank, j’ignore si vous avez un peu d’argent (…) mais je suis dans une grande gêne matérielle, et si vous aviez 15 livres que vous auriez envie de jeter aux poètes, je vous demanderais de me les envoyer en chèques. Je suis horriblement tracassé par les patrons d’hôtel – pas un seul, mais un tigre, celui de l’hôtel Marsollier – qui me persécute et me rend la vie odieuse alors que je n’ai pas un sou. Bien à vous.

Eric Satie, 28 août 1918

Chère Valentine – Je souffre trop. Il me semble que je suis maudit. Cette vie de « mendigot » me répugne. Je cherche & voudrais trouver une place, un emploi, quelque minime qu’il soit. J’emmerde l’art (…) J’écris à tous, personne ne répond, même pas un mot amical. Zut. (…) Voyez donc, je vous supplie, s’il ne serait pas possible de le (me) placer dans un lieu où il gagnerait son pain. N’importe où. Les besognes les plus basses ne me répugneraient pas, je vous le certifie.

Paul Gauguin, 10 septembre 1897

Mon cher Daniel-, je vous réponds je ne sais comme, la tête vide comme l’estomac, sans rien de clair devant moi, et-sans plus d’espoir… Alors sans marchand, sans personne qui me trouve la pâtée annuelle, que devenir. Je ne vois rien sinon la Mort qui délivre de tout.

Le métier de vivre, Cesare Pavese, 10 avril 1949

Cette lettre est celle de la sérénité. Je me suis désormais habitué à mon destin et je laisse passer les jours, comme lorsqu’on est trempé, on se laisse battre par la pluie. Je me suis habitué à l’asthme, à la solitude et à l’incertitude ; je vis-si je veux (à part le tabac) avec trois lires par jour, je grignote mes souvenirs comme les grains d’une grenade et je pense qu’il aurait pu arriver pire. (…) Au fond, tu écris pour être comme mort, pour parler hors du temps, pour faire de toi un souvenir pour tous.

 

Camille Claudel, 25 février 1917

Monsieur le Docteur, (…) c’est sur la foi de ces accusations que je suis incarcérée depuis cinq ans et demi comme une criminelle, privée de liberté, privée de nourriture, de feu, et des plus élémentaires commodités. (…) Il y a une chose que je vous demande aussi, c’est quand vous irez dans la famille Merklen, de dire à tout le monde ce que je suis devenue.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

 

Mortelle culture

mardi, avril 9th, 2013

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(Photo Laublic)

Mortelle culture

 

Quand on pense que l’esprit Beaubourg c’était l’art pour tous. Aujourd’hui, les sans tickets n’ont plus le droit de prendre l’escalier dans son tube transparent, les SDF ne viennent plus se régaler de nourritures terrestres à la bibliothèque, et la cafétaria du dernier étage a fait place à un monstre de suffisance, le resto chez Georges. Lancé par les inévitables Costes qui ont contaminé une constellation de brasseries autrefois bon enfant, ce haut lieu ne cache pas son désappointement devant l’odeur du peuple. Beaubourg payant, cerné, restait la Très Grande Bibliothèque. Hélas, pour fouler son rez-de-jardin, il faut une lettre de son directeur de thèse. Autant dire que l’invitation à la connaissance est réservée aux connaisseurs.

Question : à quoi sert la gratuité de l’école si les lieux où l’on peut approcher les livres et l’art sont interdits aux ouvriers, aux caissières de prisu, aux sans grades ?

Malheur aux pauvres ! Voilà la base-line du XXI, un siècle qui démarre par des tonnes de médiocrité sponsorisée. Pas une « Grande expo » comme on dit « Grande Musique » qui ne soit estampillée par marques, journaux, radios, télés incapables ensuite d’une critique véritable. Le culturel s’est transformé en objet de consommation qui respire mieux si la rareté se voit étiquetée VIP. Car les « Grandes expos » démarrent par une avant-ouverture destinée aux Enseignes haut de gamme, une autre destinée à la presse, etc. Tout le monde a son carton et tout le monde fait la queue comme pour le dernier (ah le dernier) I-quelque chose. Une foule composée de demi-people avide de son triangle (d’or) dormant.

900 000 visiteurs pour Monet en 2011 quand pas un ne s’était réveillé de son vivant. Presque 800 000 pour Dali qui se montre à la hauteur puisque en 1979 à Beaubourg encore, il avait dépassé les 800 000, deux records. Gageons que cette fois, les nouveaux dogmes économicoculurels engageront la maison à retenter l’expérience au plus vite. Quant à Debord qui dénonçait le spectacle, et qui n’avait jamais travaillé, il entre malgré lui dans la nomenclature, celle-là qui encourage toute posture de révolte et rébellion depuis ses bureaux largement moquettés. In situ à la BNF, Debord va lui aussi nous faire courir après cette idée romantique qu’on est un peu comme lui, même si nous, nous travaillons à la reproduction du système puisqu’on travaille justement.

Que faire ? Encourager les VOP « Very Openminded Persons » à forcer les portes avant que l’honnêteté des poètes ne meure étouffée dans son jus de VIP ?

L’honnêteté intellectuelle, ça paraît bête, n’est pas figure de style. Connaître l’identité des « marques culturelles » pourrait être utile. Il semble essentiel de savoir par exemple que l’éditeur Untel qui a obtenu le prix XXL pour son auteure unetelle en 2010, appartient à la maison (pour la maison, j’ai plus d’idée de faux noms). Les usages du marché du livre nous apprennent que les Prix feraient l’objet d’un trust entre les grand éditeurs, (que le Canard Enchaîné nomme parfois « Galligrasseuil ») en référence ironique à l’esprit de connivence censée les lier. Ces dernières s’entendraient en effet pour l’attribution des récompenses : « Je vote pour toi cette année, l’an prochain ce sera à toi pour moi ». Pour le public, c’est un auteur que l’on a couronné, non pas une « marque » prestigieuse, cachée derrière une petite entité apparemment indépendante.

La critique se nourrit d’invitations VIP, de générales et de projections tellement privées, confortables, et luxueuses que toute sensibilité artistique semble gommée. On aimerait que les grands manitous de l’art contemporain, directeurs de prestigieuses revues spécialisées, épatés de dîner avec Damien Hirst ou Jeff Koons, soient plus critiques évidemment. Lorsqu’on parle de déontologie journalistique, on oublie parfois que la vraie responsabilité est de rester en veille, d’avancer hors des sentiers battus, de résister à l’appel des commerciaux qui ne cachent pas leur envie de tenir le stylo des rédacteurs quitte à les « acheter », tuant ainsi notre liberté de penser. Quant à notre liberté d’écrire, on aura vu qu’il faut à l’auteur quelque imagination pour ne pas citer les noms (connus de tous) derrière lesquels veille une méchante pieuvre.

 

Bien à vous,

Corinne Lellouche

Ma cabane n’est pas au Canada

mardi, avril 9th, 2013

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(photo Pierre Delavie)

 

Ma cabane au Canada n’est pas au Canada,

elle ne te fera pas rêver

 

Dans un monde en perpétuel rétrécissement, la cabane serait une solution citadine mal vécue. Contradiction d’un siècle égoïste où les happy few ont envahi les usines des ouvriers licenciés pour les transformer en lofts.

 

Personne ne devrait vivre sans son nid. Hélas, notre civilisation occidentale a inventé l’inflation du logement. Dans les capitales, l’espace rétrécit pour les pauvres, les prix grimpent. Les anciens riches ne se frottent plus les mains qui transforment leurs métropoles en résidences secondaires parce qu’ils ne peuvent plus y vivre. Un studio dans le Marais se négocie 1000 euros la semaine. A ce prix-là, mieux vaut squatter chez un ami le temps de gagner quelques sous avec son « bien ». Avoir un « bien », ne serait-ce pas le mieux ? Qui se souvient que les cabines téléphoniques désaffectées servaient autrefois à communiquer ? Comment imaginer qu’un jour, des familles y logeraient façon urinoir à la Deschamps, avec des passants non pas indifférents, mais aveugles. Ne jetons la pierre à personne, puisque le passant, c’est toi et moi.

Ca va durer longtemps ?

Qui oserait regarder pour de vrai le spectacle irréel d’un habitat pareil ? Tout le monde rêve à sa petite maison dans la prairie, sa hutte, sa borie, sa succa, sa yourte, figures qui évoquent la chaleur du refuge, le bonheur du « sam’suffit », l’assurance tout risque d’un toi(t) entre le ciel et moi. Rien de trop, les justes dimensions d’un ventre maternel pour se protéger des dangers du dehors. Parfois la cabane est incendiée, inondée. Elle est cependant facile à reconstruire. N’est pas encombrée d’objets coûteux capables de décliner l’identité et la valeur du propriétaire. Une cabane, c’est le strict nécessaire auquel tout être humain a droit.

Cela ne coule pas de source

Si l’on en croit le peu d’intérêt soulevé par la manifestation du 1er avril dernier, – c’était à « Palais Royal », cela ne s’invente pas – date de l’arrêt de la trêve hivernale en matière d’expulsion. Hiver 1954, tout le monde le sait et s’en fout, (enfin on ne s’en fout pas, mais quoi faire ?), c’est ce moment où l’Abbé Pierre a fondé Emmaüs. Il s’agissait d’offrir des refuges aux habitants des bidonvilles. Littéralement, des gens qui utilisent des bidons abandonnés pour se loger. Ce même 1er avril 2013, les Parisiens rentrés de leur week-end de Pâques ont pu en longeant le périphérique Nord détourner le regard des cahutes où vivent désormais les plus chanceux des sans abris. Cette installation-là ne fera pas courir le Tout Paris, elle ne sera pas l’objet d’un prochain Monumenta au « Grand Palais » (rien à voir avec le « Palais Royal »), et pourtant elle interroge la recherche en art contemporain.

Le quart d’heure logement

Si depuis Warhol, la société de consommation est un sujet d’exposition récurrent, des collectifs de plasticiens, de designers et d’architectes l’envisagent aujourd’hui en tant qu’acteurs du système. Ils mettent en scène non plus les pattes Barilla et les dollars, souvenirs juteux des 30 glorieuses, mais les images en série d’une société à sec. L’Atelier Van Lieshout (1)  a ainsi vu ses membres construire une « favela house », un travail que Joep van Lieshout définit comme de l’art à utiliser et même à recopier pour peu que les maires et les collectivités locales s’y intéressent. Il s’agit en effet de maisonnettes de bric-et de broc, d’un confort supérieur aux tentes des Enfants de Don Quichotte montées pendant l’hiver 2006 le long du canal Saint-Martin. L’artiste Lucy Orta (2) conçoit des vêtements refuges, habits modulables qui peuvent se transformer en tentes de survie. Le collectif H5(3), en association avec des architectes, a réhabilité virtuellement le cœur de Paris façon clientèle de nantis. Un mystérieux promoteur, « Immorose Prestige » a présenté un projet fantasque de réaménagement de l’Ile de la Cité. On y voit notre Hôtel-Dieu, bientôt fermé transformé en hôtel de standing avec dorures, codes secrets et trottoirs bétonnés, des bungalow de luxe amarrées au quartier latin, et la création d’une marina sur Seine débarrassée des banlieusards de Paris-Plage.

Est-ce que ce rhabillage bling-bling intéresserait les étrangers qui ont choisi Paris comme résidence secondaire ?

Emmanuelle Lallement, Sophie Corbillé, maîtres de conférences au CELSA et Sophie Chevalier qui occupe les mêmes fonctions à l’Université de Franche-Comté (Besançon), ont enquêté sur une nouvelle forme d’élites mondiales propriétaires de pied-à-terre dans la capitale, dont elles ont fait un ouvrage au contenu inédit « Paris, résidence secondaire », éditions Belin. (4) Elles ont interrogé des citoyens du monde, Italiens, Américains (pour ne pas dire Etasunisiens), Brésiliens, Suisse, sur leurs appartements, les raisons de leurs choix, leurs façons de vivre. Et des Parisiens qui réagissent sur ce phénomène auquel ils sont désormais confrontés.

Navigation de canapé

Ce qui s’apparentait à une forme bohème du vivre ensemble, la colocation, le « couchsurfing », ou la « navigation de canapé » (dormir gracieusement chez l’habitant), se transforme peu à peu en une réalité marchande où les hôtes sont évalués, notés, invités à la délation afin de rentabiliser à l’américaine l’ancienne « assiette du pauvre ». Cette expression désuète signalait l’habitude désormais perdue de cuisiner largement pour le cas où un « autre » frapperait à la porte. A la vue de la vidéo de présentation des H5, on y croirait presque à cette capitale dédiée aux connecting VIP. Au fond, ce qui reste incroyable, c’est la date anniversaire de la naissance d’Emmaüs : 50 ans en 2014 et toujours pas assez de pierres ni d’abbés pour s’abriter.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

En savoir+

(1)AVL

www.ateliervanlieshout.com

L’Atelier Van Lieshout (AVL) explore les notions traditionnelles de l’art et de ses systèmes en s’attachant à une production atypique. Des professionnels de l’art contemporain, du design, de l’architecture, forment une équipe qui change de membres au fil des projets à défendre. Inventeur d’architectures et de villes, concepteur de meubles et d’objets utilitaires reformulés, AVL entend produire un art qui dépasse la fonction esthétique et propose des œuvres non pas à voir, mais à vivre et à expérimenter.

(2)Lucy Orta

http://www.culture.gouv.fr/culture/actual/fete-de-l%27internet/liste/bios/orta.htm

En 1991, Lucy Orta a abandonné le stylisme pour se consacrer à une recherche plastique qualifiée d' »architecture corporelle ». Elle travaille sur le vêtement comme un emballage à cheval entre l’architecture et le vêtement. Lequel s’émancipe, s’expanse pour tenter de devenir une maison, un radeau pneumatique. En 1992, elle a réalisé des “Vêtements Refuges”, habits transformables en fonction des besoins de première nécessité (tente, sac de couchage etc.). Elle poursuit sa recherche avec les Kits de survie (1993), qui réunissent divers ustensiles, objets et reliquaires, textes et documents photographiques traitant des conditions de précarité.
Parmi les principales interventions, performances et expositions collectives auxquelles elle a participé figurent Vêtement Social, au Kulturhuset de Stockholm (1995), Ateliers 94, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Identité et Refuge, en collaboration avec l’Armée de Salut, à Paris (1995) et à New York (1996).
Avec la série Architectures Modulables (1996), présentée à la Fondation Cartier, elle a réalisé des sculptures à partir de fragments vestimentaires disloqués, invitant des intervenants à les investir. Les participants pouvaient évoluer séparément ou se lier les uns aux autres, attachant leurs parties d’habitacle pour créer un lieu communautaire.

(3) Collectif H5

http://www.h5.fr/

www.immorose-prestige.com

http://www.immorose-prestige.com/blog/quel-avenir-pour-paris-et-si-c-etait-ca

Projet virtuel et provocateur d’un Paris transformé en club-résidence archi-luxueux réservé à l’élite internationale.

(4) « Paris, résidence secondaire », éditions Belin, le Paris des résidences secondaires, d’Emmanuelle Lallement, Sophie Corbillé, et Sophie Chevalier.

Trois ethnologues partent à la rencontre des Parisiens résidents secondaires, pour nous donner à voir une mutation irrémédiable de la capitale française. Elles dressent leurs portraits, nous font visiter leurs appartements, nous décrivent leur vie quotidienne, les lieux qu’ils fréquentent et leur rapport à la capitale française. Elles rapportent en regard la perception de Parisiens face à ce phénomène : récits et anecdotes d’habitants, de commerçants, d’agents immobiliers ou de responsables municipaux. Ces deux visions reflètent une forme de citadinité parisienne inédite dans le contexte de la globalisation.