Puisse l’humain nous atteindre

jeudi, janvier 12th, 2017

radeau-de-lampeduse-2

Le 11 janvier 2017, face à l’Hôtel de ville de Paris, un bateau de réfugiés a chaviré dans la Seine.

Sous les fenêtres de l’amère (pour nous), Anne Hidalgo, très fière de présider aux destinées d’une ville réputée ne pas être atteinte par les flots.

Lui reste cependant à être atteinte par le sort des réfugiés, harcelés, humiliés, maltraités, aux abords de son centre pour migrants de la porte de la Chapelle.

Merci à l’artiste Pierre Delavie pour ce nouveau mensonge urbain contre les tours de magie de nos gouvernants, et au Bureau d’Aide et d’Accueil aux Migrants, présidé par Héloïse Mary qui présentait ses 50 vœux pendant le happening.

Etaient présents les très talentueux auteurs du documentaire « La Mécanique des Flux », Nathalie Loubeyre, réalisatrice, et Joël Labat, cadreur. http://www.lamecaniquedesflux.com/

Bien à vous,

Corinne Lellouche

Ci-dessous le texte posté par l’artiste Pierre Delavie, auteur d’un mensonge urbain à la hauteur des mensonges de nos gouvernants :

« Vous n’êtes pas sans connaître la situation politique déplorable à laquelle nous faisons face aujourd’hui. Ce n’est jamais la guerre, et ce sont pourtant bien des survivants à qui l’on empêche de trouver refuge ici, où nous sommes bien en état d’urgence — certaines personnes françaises reçoivent actuellement des peines de prison avec sursis pour avoir aidé des réfugiés originaires de pays que nous bombardons parfois afin précisément, d’en défendre les droits.

Nous allons d’ailleurs bientôt élire un président, toujours sous cet état d’urgence qui nous fragilise depuis des mois et qui ne nous renvoie qu’un reflet de guerre sous prétexte de l’éviter. Des soldats dans les rues pour éviter la guerre. Enfin.

Leurs guerres. Nos morts.

La France est classée 45ème sur 162 pays selon l’indice de paix mondial, tandis que les Nations Unies estiment à 65,3 millions le nombre de personnes réfugiées dans le monde (réfugiées dans le monde). À part égale, nous devrions donc considérer notre population de 400 000 personnes plus grande, car le piège se referme chaque jour où nous n’adressons pas la parole, chaque jour où l’œil se ferme. Préférant dissocier les entités « conflits » et « femmes enfants hommes fuyant les guerres », et les laisser à ce qu’elles sont : dévisagées sans qu’elles nous touchent.

Je dis qu’elles nous touchent, directement. J’aimerais par exemple voir plus souvent le nom de Pierre Rabhi que celui de Marine Le Pen dans l’immédiat, et demander aux habitants de Calais comment vont-ils, ou à ceux du 19ème arrondissement de Paris où les employés du siège de France Terre d’Asile ont fait grève, cet été.

J’aimerais leur poser la question. N’oublions jamais de poser la question.

C’est en ce sens que je souhaite renouveler mon soutien au BAAM, vous inviter à suivre ou participer à leur engagement exemplaire auprès de celles et ceux pris en otages par des conflits extérieurs, en tout cas, extérieurs à toute bonne volonté.

La paix est-elle mieux défendue que la guerre ?

Je me suis rapproché du BAAM et nous avons élaboré une campagne de sensibilisation à cette cause humaine, urgente, qui pourrait se révéler une expérience magnifique -à la hauteur de son horreur, si nous ouvrions la porte.

L’œuvre actuellement en train d’être dévoilée à l’occasion des vœux publics du BAAM ce mercredi 11 janvier 2017 est une marque de respect envers le travail mené jusqu’à futur par toutes les personnes engagées dans le processus de paix mondial, c’est également un travail de mémoire que je vous propose en tant qu’artiste.

Cette question soulevée et qui doit l’être à chaque nouveau jour qu’une guerre viole.

Nous devons être attentifs et reconnaître tous les éléments vitaux qui partagent avec nous ces temps difficiles, le BAAM est une association parmi d’autres, défendant la cause d’une lutte, parmi d’autres, français nous sommes humains, parmi d’autres. Mieux permis à la vie.

Je souhaite que l’année soit unie à vos souhaits,

Amicalement,

Pour Pierre Delavie, texte de Laura Boullic, poète

http://cargocollective.com/belohussetfiledirectory/manif-este-ment-dit-versitte-es-rend-contre-ma-balance

http://www.msf.fr/presse/communiques/migrants-rue-paris-harcelement-et-violences-policieres-doivent-cesser

https://www.facebook.com/Comit%C3%A9-de-soutien-des-Migrants-de-la-Chapelle-383876428489763/

http://pierredelavie.com/

https://www.facebook.com/pierre.delavie.3https://www.facebook.com/baam.asso/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réfugiés : qui gagne perd

mardi, novembre 15th, 2016

Photo Corinne:Net

J’écris ce que je suis

Qui je suis ?

Un long vers solitaire

Vers qui je fuis ?

Je fuis ce que je crie

Pas d’en vers

Ni d’endroit

« Rien où poser sa tête » a écrit Françoise Frenkel

Le ruban de Möbius

se déroule comme la Seine

Décollons la scène peinte

 

Tu seras toujours « Surpris par la nuit »

Etre qui fuis

Migrant

« Tu ne souffriras pas »

a répété en boucle Robert Desnos,

mort à Theresienstadt

Nous sommes tous coupables de crime d’humanité

De Theresienstadt à Lampedusa

 

Est-ce que cela

Ne s’est pas déjà produit avant ?

Les rafles dans Paris recommencent.

Du passé, faisons table pleine.

 

On n’a pas trouvé la page

Et pourtant on est passé ailleurs

A l’ère où l’homme transforme davantage le monde

Que la nature

Il est maintenant plus fort qu’elle

C’est cela qui le tue

Notre ère se nommera bientôt

Anthropocène

C’est l’envers de la Seine

 

Aux réfugiés qui s’automutilent

Les deux mains

Dont les empreintes enregistrées de force

Peuvent les envoyer à la mort

Peut-on dire bonjour et à demain ?

 

Bien à vous,

Corinne Lellouche

PS : source wikipedia

En raison du système Eurodac de reconnaissance automatisée des empreintes dites décadactylaires car sont enregistrées (souvent de force) les dix doigts plus la paume. répertoriant, au 31 décembre 2007, 1 005 323 demandeurs d’asile et immigrants clandestins âgés de 14 ans au moins. Objectif : identifier le pays par où ils sont entrés afin de pouvoir les y refouler, en vertu de la Convention de Dublin. Mis en application en 2007, le règlement Dublin II a comme objectif de limiter les demandes d’asile multiples dans l’Europe de Schengen.

Ainsi, les autorités françaises ou britanniques expulsent régulièrement vers l’Italie ou la Grèce des réfugiés qui y avaient préalablement été fichés, pour que leurs demandes d’asile soient étudiées dans ces pays, ou qu’ils soient « refoulés » dans leur pays d’origine, c’est à dire envoyés à la mort.

Depuis deux ans, un nombre croissant de migrants font ainsi le choix de se mutiler les doigts afin d’en effacer les empreintes, espérant ainsi échapper au fichage d’Eurodac et au système de « réadmission » de Dublin II.

 

 

 

Qui est Corinne Lellouche?

dimanche, novembre 13th, 2016

Photo Corinne:Net

DIPLOMES

Baccalauréat, série A, Paris, 1976
Master Sciences Politiques, Paris 1 Sorbonne, 1982
Master Journalisme, Celsa, Paris 4 Sorbonne, 2013

JOURNALISTE DEPUIS 1984, CARTE DE PRESSE N°53624

-Grand Editor FLSignature

-Conceptrice et rédactrice en chef de la revue en ligne Mondialisés depuis juillet 2011 (http://www.calameo.com/read/000788960e014a89c0a21)

-Conceptrice et rédactrice en chef de Cap 24, télévision locale Parisienne diffusée 24 heures sur 24 sur la TNT de mai 2006 à avril 2008. Groupe Hersant Média

PARIS CAP OBSCAP 24:::obs-paris-capsuite-dossier_0027

 

-Rédactrice en chef du magazine DS, mensuel, news au féminin (Société/Culture) de septembre 2002 à décembre 2005

DS

-Créatrice et rédactrice en chef de A Nous Paris, hebdo culturel gratuit distribué à plus de 500 000ex. d’août 1999 à septembre 2002. Premier gratuit du métro en France. Créatrice et rédactrice en chef du hors série monde « Tendancieux » aujourd’hui collector.

TENDANCIEUX

-Chef d’édition et responsable enquêtes société et culture, pour le Magazine Tribeca et son supplément Paris, d’avril 1997 à août 1999

-Chef des informations du Magazine d’informations culturelles LOLA depuis sa création en mai 1996 jusqu’à son arrêt en février 1997

LOLA

-Responsable « politique et économie » du quotidien Le Temps du Dimanche, de Jacques Rosselin, fondateur de Courrier International, de février 1994 à l’arrêt du projet en mars 1996

-ITV scoop du Président Jacques Chirac, réalisé en 1994 pour FEMME, reprise par l’AFP et l’ensemble de la presse, tous médias confondus

CHIRACJC 2JC 3LE MONDE JC

JOURNALISTE AU SEIN DU GROUPE MARIE-CLAIRE DE 1990 à 1994 :

COSMO 2

7àPARISCOSMO

-Pigiste régulière à Cosmopolitain de Mai 1990 à Mai 1992
-Pigiste régulière à Marie-Claire, interviews, enquêtes de Mai 1990 à décembre 1994

JOURNALISTE AU SEIN DU GROUPE FILIPACCHI DE 1984 à 1988 :

-Pigiste régulière à ELLE de 1986 à 1988
-Journaliste à F Magazine de 1985 à 1986
-Journaliste à Paris-Match (service culture), de 1984 à 1985

F MAG

 

Collaborations
– Monsieur, le Pariscope, 7 à Paris, Voyager Magazine, les Dossiers du Canard Enchaîné, HARA KIRI, INFOS DU MONDE

7àP MUSTFA2FA 1FA3HARACANARD OURS

RADIO DE 1988 à 1990

-Création de la première émission sponsorisée, Kodak-Rock, avec l’agence Young&Rubicam et l’animateur Bernard Lenoir. Distribuée chaque semaine gracieusement sur RFM à Paris et sur 120 radios locales

kodak

Rubriques T.V.

-Antenne 2: Rubrique Air du temps dans Télé-Matin avec William Leymergie, 1990
-CANAL + : Rubrique mode, Kelou-Kelou dans le TOP 50 avec Marc Toesca 1987-1988
-France 3 : Animation d’une émission A Nous Paris tous les samedis matins 2001-2002

TELETOP 50 3TOP 50 2TOP 50 1TELE 7

CONSULTANTE / Presse & Création de titres

-Créatrice-conceptrice et rédactrice en chef de la revue Armani Confidential d’août 2008 à août 2010, traduite en 6 langues, diffusée dans 60 pays.

Armani 1

Armani 2

 

-Consultante : Concepts Novateurs en journalisme, création de titres pour 20mn, l’Agence Centrale de Presse/Ciganer, Revue ictus/ Pierre Delavie artiste plasticien/Urbanalité, depuis février 2012

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ENSEIGNEMENT

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-Chargée de cours au Celsa, École des Hautes Études en Sciences de l’Information et de la Communication, Paris IV Sorbonne depuis octobre 2006

-Ateliers d’écriture des nouvelles du Celsa, Paris IV Sorbonne publiées chez Kiklos puis Pippa

PASS

Extrait préface Corinne Lellouche : « Singulière aventure que celle de ces littérateurs débutants qui sont parvenus à la langue la plus inventive, la plus juste, parfois la plus classique. D’une confession, un souvenir, un fait-divers, naît davantage qu’un récit, un monde, un univers. D’abord emmenés par Adeline Wrona, Francis Yaiche, puis Olivier Aïm, responsable de la publication, ils sont plus de cent vingt chaque année à participer…Écrivain, journaliste

ÉDITION
-Cofondatrice avec mon mari, publicitaire, poète et écrivain, Yves Boullic, aujourd’hui décédé, des Éditions de la rue de l’Ouest en 1990, distribution Hachette

AUTEUR:
Ma vie est une oeuvre d’art, 1990, Rue de l’Ouest/Hachette

VIE O d'AVOA QuotVOA l'ESTVOA Télé 7

VOA2VOA VSD

VOA FIGVOA Match 2
Largement soutenu par la presse, tous médias confondus car l’ouvrage comportait une première en littérature : des annonces publicitaires. Le succès a permis une réédition quelques mois plus tard.
200 marches, septembre 2004, Lou Blic, Corinne Lellouche, J.M.Laffont.

200200 PSYCHOLOU 200

 

PORTRAIT LOU BLIC

Yves Boullic/Lou Blic, écrivain, poète, 1959/1995

Il y a moins de monde là-haut éditions de la rue de l’Ouest/Hachette 1991

Mes répétitions générales, éditions de la rue de l’Ouest ; Hollylow, Andy Ding, 200 marches à descendre, 200 marches pour finir. Sociétaire de la Société des Gens de Lettres.

Reine Blanche, mai 2010, J.M.Laffont

reine blanche
Auteur de concepts novateurs en média-communication

« Dans les années 80, lorsque émergeaient les radios locales, j’ai eu l’idée d’émissions radio sponsorisées capables de créer un univers de référence pour une marque donnée, loin du matraquage habituel.

-C’est ainsi qu’est née l’émission Kodak-Rock avec Bernard Lenoir

Principe : j’avais démarché Young & Rubicam qui possédait le budget Kodak.

-Ensemble nous avons débauché Bernard Lenoir, de son émission Feedback sur France-Inter.

-J’ai alors conçu une émission d’une heure, Kodak-Rock. Totalement dépourvue de slogans. Mais dont l’univers rajeunissait la marque qui résistait mal à la concurrence. J’avais recruté pour l’occasion un inconnu qui réalisait des interviews décapantes bien dans l’esprit que nous recherchions, Karl Zéro.

-L’émission d’une heure qui était offerte gracieusement à 120 radios locales en France et sur RFM à Paris était programmée une fois par semaine. Au côté de Bernard Lenoir qui l’animait, je réalisais un édito et une interview autour de l’actualité culturelle.

Nous avons continué avec Badoit, le Festival de Cannes.

L’aventure À Nous Paris

J’ai ensuite repris le cours d’activités professionnelles plus classiques (chroniques in Canal+ avec Marc Toesca du Top 50, chroniques in Télé-Matin avec William Leymergie, journaliste pour ELLE, Marie-Claire, les dossiers du Canard Enchaîné, Chefs des informations pour les mensuels Lola et Tribeca), avant de vivre l’aventure du premier gratuit conçu par une équipe de journalistes professionnels, très loin de la culture « Paris Boum-Boum » qui sévissait alors sur ce secteur en friche. À Nous Paris, hebdomadaire culturel distribué à plus de 450 000 exemplaires dans le métro parisien, fut bénéficiaire dès le premier numéro. Sa ligne rédactionnelle se voulait simple : écrire le journal que nous aimerions lire, offrir de vrais repérages dans la jungle de l’offre culturelle et des lieux urbains, donner des adresses à nos lecteurs comme le ferait un ami qui conseille une expo ou un restaurant. Ici, plus de « cache-sexe » par rapport à la pression publicitaire qui s’est finalement révélée moins dictatoriale que dans nombres de magazines payants.

Concepts novateurs en littérature sur des idées originales de Yves Boullic/Lou Blic

De la pub dans les livres

Quelques années plus tard, en 1990, nous avons créé avec mon mari, Yves Boullic, à l’époque directeur du département communication politique de l’agence Robert&Partners, et auteur du slogan « Au secours ! la droite revient. » une maison d’auto-édition inédite. En effet, le premier ouvrage paru –dont j’étais l’auteur- contenait des annonces publicitaires, deux pages en début et en fin d’ouvrage. Cette nouveauté immédiatement relayée par l’AFP, nous valut des retombées presse considérables. D’une certaine manière ce fut la publicité qui « vendit » le roman. Nous étions conscients que la publicité n’avait pas d’avenir dans la littérature générale. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle n’y était jamais apparue. Cette première fois à vocation unique constituait cependant une information, un scoop pour les journalistes. Les annonceurs ne nous avaient d’ailleurs pas payés, il s’agissait de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Alain Mikli (qui disait : « Autant se cacher derrière quelque chose qui se voit « ), Guerlain et Mercedes (avec ce slogan emprunté à Oscar Wilde : « le seul moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder ». C’est ainsi que notre petite maison d’édition indépendante -installée dans notre appartement- obtint d’être distribuée par Hachette. Le livre fut immédiatement réédité avec cette fois des annonces que nous avons offertes, notamment à l’Agence Française de Lutte contre le Sida, manière de remercier. Et également un échange avec la radio Skyrock qui annonçait : « Plus de tubes, moins de pub ! »

ELLEN d'ALSACE 20 ans VSD BBCO FIGARO QUOTIDIEN BOULOGNE FIGARO MADAME 20 ans VOIX NORD

La poésie c’est de l’or

Le succès permit une réédition du livre. Le second, « Il y a moins de monde là-haut » était un ouvrage de poésie de Lou Blic, pseudo de Yves Boullic. Diffusé sous blister, il était blanc et gris, sans aucune mention puisque le nom de l’auteur devait être « gratté » comme au tac au tac avant d’être découvert. Là encore, l’AFP d’abord, suivi par l’ensemble des médias salua, outre la qualité littéraire de l’ouvrage, cette prouesse dont le credo était : « les gens grattent pour avoir de l’argent, la poésie, c’est de l’or ».

Moins 1 MOINS 2 LOU 2 LOU4  LOU 3  LOU BB

Bien à vous,

Corinne Lellouche

PS liens utiles :

http://fastncurious.fr/guestncurious/la-tendance-ma-tuer.html/ http://www.kykloseditions.com/preface-corinne-lellouche.html

Satellimag : http://www.satellimag.fr/biographie-corinne-lellouche.html

https://www.pressenews.fr/regions/2003/07/03/des-changements-au-sein-d-a-nous-paris,96263664-BRL

https://www.pressenews.fr/feminin-masculin/2005/11/24/anne-de-la-forest-prend-la-redaction-en-chef-de-ds-magazine-relance-en-janvier-2006,96260502-BRL

https://fr.wikipedia.org/wiki/DS_Magazine

Cap 24 (TNT).

http://9k.9941.yi.org/0/?url=NDJfcGFDL2lraXcvZ3JvLmFpZGVwaWtpdy5tLnJmLy9BMyVzcHR0aA==

Ma vie est une œuvre d’art[2]http://livre.fnac.com/mp7694553/Ma-Vie-Est-Une-uvre-D-art https://www.bookeenstore.com/ebook/9782402150903/ma-vie-est-une-uvre-d-art-corinne-lellouche

200 marches (avec Lou Blic), Jacques-Marie Laffont éditeur, 2004 (ISBN 284928064X)[3] http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?page=article5&id_article=959

Reine Blanche JM Laffont, 2010[4] http://www.femmeactuelle.fr/culture/actu-livres/reine-blanche-de-corinne-lellouche-13130

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://files.satellifax.com/satellimag/Satellimag-60.pdf

Pierre Delavie Nuit Blanche Paris 2016 Côte 15,28 : l’amour déborde

samedi, octobre 1st, 2016

Côte 15,28 : l’amour déborde

Seuil d’intolérance dépassé, embarquement immédiat pour l’amour qui s’écrit aujourd’hui écologie.

Tout y est, les ogives, la Seine, mais une Seine qui déborde, des ogives têtes en bas qui s’emballent à la façon de derviches tourneurs face à la montée des eaux.

Le Palais de la cité, debout accomplit sa mue, un baptême pour célébrer le mouvement, la renaissance.

Le changement climatique « embollit » Paris, ville lumière qui la première prend la démesure de l’évènement.

Tous à l’île de la Cité-Cythère pour le bain sacré d’un fleuve capable de changer la donne.

Corinne Lelloucheconciergerie-pierre-delaviehttp://eventerbee.fr/event/nuit-blanche-2016-pierre-delavie-cote-1528-lamour-dborde,1123115147781886 http://www.directmatin.fr/loisirs/2016-09-30/nuit-blanche-2016-les-10-installations-incontournables-739437 http://www.artistikrezo.com/2016092923158/actualites/art/un-combat-d-amour-en-songe-nuit-blanche-2016-paris.html http://www.leparisien.fr/paris-75/preparez-vous-a-passer-une-nuit-blanche-30-09-2016-6162493.php http://www.sonovision.com/contenu/culture/item/jcdecaux-cote-1528-l-amour-deborde-nuit-blanche-2016.html http://culturebox.francetvinfo.fr/tendances/evenements/sexe-parades-et-video-pour-la-nuit-blanche-samedi-a-paris-246709 http://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/nuit-blanche-2016-6-ambiances-pour-tous-les-visiteurs-7785034025 http://www.paris-art.com/nui-blanche/ http://www.evous.fr/Nuit-Blanche-Parcours-architecture-et-chantiers-1179181.html http://www.offremedia.com/jcdecaux-artvertising-deploie-une-toile-de-1-230m2-sur-la-facade-de-la-conciergerie-paris http://www.telerama.fr/sortir/nuit-banche-2016-nos-parcours-dans-paris-pour-en-profiter,148028.php http://www.parisalouest.com/2016/09/lunettes-noires-pour-nuit-blanche.html https://www.timeout.fr/paris/le-blog/nuit-blanche-a-paris-15-experiences-a-dormir-debout-092616 http://www.radiovl.fr/10-evenements-particulierement-attendus-nuit-blanche/ http://nouvelles-du-monde.com/sexe-parades-et-video-pour-la-nuit-blanche-samedi-a-paris-franceinfo/ https://www.connaissancedesarts.com/art-contemporain/une-spectaculaire-nuit-blanche-1153458/ http://www.liberation.fr/france/2016/09/30/de-in-en-off-autres-deambulations_1516232 http://www.okawan.com/culture-medias/nuit-blanche-laurent-tixador-longe-la-seine-a-bord-de-sa-maison-mobile,158349256 http://patrimoinedefrance.fr/tout-sur-les-journees-europeennes-du-patrimoine-2016- http://www.lefigaro.fr/sortir-paris/2016/09/28/30004-20160928ARTFIG00049-nuit-blanche-2016-les-10-installations-a-voir.php http://www.20minutes.fr/culture/1931679-20160928-nuit-blanche-pierre-delavie-retourne-perce-facade-conciergerie https://fr.news.yahoo.com/nuit-blanche-pierre-delavie-retourne-perce-façade-conciergerie-094521645.html https://quefaire.paris.fr/fiche/155244_pierre_delavie http://www.parisetudiant.com/etudiant/sortie/pierre-delavie-l-amour-deborde-nuit-blanche-2016.html https://www.evensi.fr/nuit-blanche-2016-pierre-delavie-cote-1528-lamour-deborde/186971837 http://www.culture.fr/Actualites/Musee-Expos/La-Nuit-blanche-a-Paris-un-parcours-sur-le-theme-de-l-amour http://www.titrespresse.com/article/6261631607/nuit-blanche-pierre-delavie-conciergerie-retourne-facade http://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-des-marches-publics/0211333812734-nuit-blanche-2016-sous-la-poesie-les-grands-projets-2030604.php http://www.evous.fr/Nuit-Blanche-Le-programme-dans-le-1er-arrondissement-1167281.html http://culturezvous.com/nuit-blanche-2016-a-paris-notre-selection/ https://www.timeout.fr/paris/le-blog/nuit-blanche-a-paris-15-experiences-a-dormir-debout-092616 https://www.franceinter.fr/culture/nuit-blanche-dix-idees-d-oeuvres-a-voir-samedi-soir http://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/une-nuit-blanche-sous-surveillance-renforcee-1098701.html http://www.grazia.fr/article/nuit-blanche-2016-les-evenements-qui-nous-plaisent-terriblement-828914 http://www.cbnews.fr/medias/jcdecaux-artvertising-deploie-une-bache-geante-pour-la-15eme-nuit-blanche-parisienne-a1030691 http://www.louvrepourtous.fr/80-mediateurs-pour-une-Nuit,804.html http://www.directmatin.fr/france/2016-09-13/paris-la-seine-star-de-la-nuit-blanche-2016-738447 http://www.sortiraparis.com/arts-culture/balades/articles/124917-nuit-blanche-2016-le-parcours-officiel https://www.francetoday.com/culture/art_and_design/paris-pours-heart-nuit-blanche-art-festival/ http://www.jcdecaux.fr/actu/cote-15-28-l-amour-deborde http://www.scoopnest.com/fr/user/GillesKLEIN/781122461710618624 http://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-des-marches-publics/0211333812734-nuit-blanche-2016-sous-la-poesie-les-grands-projets-2030604.php http://www.voyages-sncf.com/article/la-nuit-blanche-de-paris-2016-86994 http://archicree.com/evenement-new/nuit-blanche-a-paris-lart-de-romance-bord-de-seine/ http://www.palaisdetokyo.com/fr/evenement/nuit-blanche-2016 http://www.parisbonsplans.fr/nuit-blanche-2016/ http://www.okawan.com/culture-medias/nuit-blanche-pierre-delavie-retourne-et-perce-la-facade-de-la,158344710

Pierre Delavie, neo rapt architectural

jeudi, septembre 1st, 2016

Pierre Delavie
A l’invisible, il est tenu
Par Corinne Lellouche

pierre-delavie

En fouillant dans les archives de Libération, on pourrait exhumer quelques articles sur un goupe punk des années 77/80, « Ecoute Maman » dont le Pierre Delavie musicien fut chanteur compositeur. On ne trouvera pas trace chez lui de cette pièce du puzzle. Occupé à arpenter les frontières de ses arrières-mondes, l’artiste est comme ces réfugiés que l’on garde dans les no man’s land des aéroports. Il est là sans y être, et si un pays l’accepte, aucun autre ne pourra le reprendre. Etre coincé dans l’espace de l’entre-deux a conduit ce marin d’on ne sait quel Gibraltar à se méfier des ports d’attache. Descendu sur la terre ferme, il a conçu le premier mur peint de la capitale, un gorille dévorant une montagne de petits suisses, manière d’apprivoiser les murs justement. Pour cette fois, celui de Beaubourg juste en face, dont il fera peut-être un jour couler les tuyaux.
Assis en face de nous, sur la banquette assez raide de son chez lui, on découvre un jeune homme de 58 ans, à la silhouette souple dont l’apparence décontractée n’a rien de commun avec le conformisme des anticonformistes. « Je m’habille en solde ou dans les surplus par goût pour la décroissance. Je suis un peu comme Churchill, le secret de mon look ? Le style, jamais de style ». C’est à peine s’il confesse sa passion pour les espadrilles, objets aussi inadéquates à la ville que lui-même. « J’ai délocalisé mon travail dans le sud avec des pauses rendez-vous qui n’excèdent jamais plus de dix jours en capitale. J’apprécie de pouvoir en fin de journée attaquer le débroussaillage».

Ce besoin d’air, il l’a insufflé à son métier malgré l’atmosphère sclérosée et barricadée de l’art contemporain. Le nom de ses œuvres, Seuils, Intérieurs menacés, dit sans fin son tropisme pour les marges. Parfois, les mots ne suffisent pas, ici ils tombent avant qu’on ait compris où l’on doit regarder. Depuis les rives silencieuses du Groenland réputée être la terre de personne ? En 1990, en voyageur inspiré, il y a sculpté une œuvre monumentale à même la glace d’un iceberg, cri d’alarme militant sur les menaces qui pèsent autour de la biodiversité. Son talent, c’est aussi d’appréhender le même objet ou le même paysage avec chaque fois un costume différent. Ici comme un plasticien, là en photographe ou encore naturaliste, voire bruiteur. Et si chacun de ses regards demeure vrai, c’est que jamais Pierre Delavie ne crie qu’il sait la vérité. Il a d’ailleurs été qualifié par les InRocks de spécialiste international du mensonge urbain. Ses mensonges ? Ramollir un immeuble haussmannien avenue George V à Paris, laisser une aile du château de Versailles disparaître sous la végétation, habiller l’ambassade de France à Copenhague d’une dentelle ajourée laissant deviner une mue délicate. Ou encore, à Lille 3000, torde les colonnades de la grande poste en une œuvre finement baptisée A contre pierre. Pour les passants, le spectacle est offert. Ils cessent de circuler, légèrement hallucinés. Est-ce que le bâtiment est habité par le vent ? Qui a tué de sang froid la réalité de cet immeuble 39 rue George V et des Champs Elysées tout près ? D’où vient que sa façade fonde ? Le murmure a couru tant et si bien que cette œuvre là, découpée en 25 morceaux choisis a fait l’objet d’une vente record à Drouot. Invité par Christophe Girard, fondateur des Nuits Blanches, à la mairie du 4 à Paris, on l’a découvert peignant mais sans pinceaux, en un registre plus intime, des tableaux composés par la grâce du médium photo. De cette Urbanalité, qui montre les lieux mis au ban de la société, il déclare : « Le mutisme de la banlieue ne l’a pas rendue muette », affirmant encore et encore face à l’image, le pouvoir de la pensée.
Au fond, je ne fais que relater mon état. Je cherche les failles d’où se précipitent et se piétinent des hontes, des peurs, des secrets de famille obscurs, insoupçonnés. Les toiles que je réalise ne disent que cela, une gestuelle brutale, arrachée à la réalité, se substituant à un souvenir, se mêlant à une situation vivante. Parfois, la peinture couvre presque tout, comme un blanc amnésique ».
Manière d’appuyer une volonté de dérision assumée, Pierre Delavie expose parfois dans le temple protestant -mais désacralisé- où il vit, ça ne s’invente pas. L’endroit, invité des Nuits Blanches 2007, fut le théâtre d’un jeu intitulé J’ai vu de la lumière, je suis entré. « J’ai imaginé cette installation en partant de ma philosophie des portes ouvertes. Les gens pénétraient là comme dans un moulin, découvrant au fond d’un immense espace plongé dans la pénombre trois fenêtres donnant sur une piste d’aéroport ». C’est autre rêve nocturne qui lui a inspiré les Nuits Blanches de Metz en octobre 2013. aMnetzique l’a conduit à déplacer le centre Pompidou Lorrain jusque fin 2014. Toujours cette réalité qui manque d’audace et qu’il convient d’aider. Songez qu’à Marseille, l’artiste a été plébiscité pour son Détournement de canebière, devenu l’œuvre phare de la Capitale Européenne de la Culture 2013. Il a été porté par les Marseillais, des applaudissements pleins les mains, bien heureux de trouver plus exagéré qu’eux.
Ajoutons que si personne ne l’a vu prier, ceux qui le connaissent savent que ce végétarien depuis 20 ans, homme des bois on l’a dit, a un credo, se battre pour préserver notre écosystème. Se battre au moyen d’une installation choc dont on ignore encore le retro planning malgré l’urgence, et qui convoquera l’ensemble de ses pratiques.
De l’époque où l’on n’écoutait personne, surtout pas sa mère, quand tout le monde fumait ou absorbait des drogues, il a appris à gérer les mauvais trips, les dissociations du lendemain, le désenchantement de la vie : « Quand j’ai eu vingt ans, j’ai avalé beaucoup d’acide. Après, ce fut évidemment le chaos absolu. Le dessin et la peinture furent ma bouée de sauvetage. Je dessinais cent heures par semaine, me réveillant la nuit pour griffonner à l’encre de chine les monstres qui m’accompagnaient. Le reste du temps, je peignais des fenêtres qui vivaient le cauchemar d’un carreau brisé. .J’ai travaillé ainsi pendant longtemps. Je l’ai fait aussi pour la mode, la publicité, l’édition, un peu soulagé par une certaine reconnaissance sociale. Depuis, mes recherches de plasticien se sont tournées vers un travail sur la mémoire. Mes sculptures sont des bureaux d’écolier, des bibliothèques, des chaises que je brise, que je fracasse à coup de hache et de masse, comme pour en libérer des êtres cachés. Je remplis chaque fissure, éclat, repli. Parfois, l’objet sous le choc, perd sa signification, il devient méconnaissable, nouveau, transmissible, expurgé du pathos dont il s’est nourri, disponible aux regards des autres ».

Neo nuit GP

Pour l’heure, c’est à un rapt architectural qu’il s’est livré sur le Grand Palais à l’occasion de l’exposition Auguste qui durera jusqu’au 21 juillet prochain. Faut-il y voir un nouvel enlèvement des Sabines ? Neo s’offre à notre regard en un dialogue de connivence heureuse. En réponse à l’architecture néoclassique du Grand Palais, et à l’art néo-grec du siècle d’Auguste, Pierre Delavie nous interpelle :
« est-ce que croire, c’est voir ? »
Et déconstruire en conscience ce qui est construit, est-ce signifier une réalité que l’instant présent nous aurait cachée » ?
L’artiste pose que le monde tel que nous le percevons n’est peut-être qu’une hypothèse. « Le perturber permet d’ouvrir un champ expérimental de création et de s’affranchir d’une dépendance à l’égard de nos habitudes visuelles».
A l’écoute des bâtiments qu’il détourne, il les humanise volontiers, leur prêtant des sentiments, une mémoire. Rien de définitif, juste une question légère et ironique à propos de nos certitudes intemporelles.

neo jour 2jour

Il fut un temps où l’on soignait les autistes en leur montrant des images. S’ils disaient arbre pour un chapeau, on leur balançait une décharge électrique. Quand la réponse était juste, c’était un bonbon. Depuis Magritte, on sait qu’il n’y a pas de bonne réponse. Encore fallait-il le prouver. C’est à cela que s’emploie Pierre Delavie.

Bien à vous,
Corinne Lellouche

Ses Dates
1956 : naissance à Neuilly
1980 : Album, comment va le sexe ? Ecoute Maman
2006 : Immeuble déformé 39, avenue Georges V

ACTU

Exposition Urbanalité
Organisée par Christophe Girard, mairie du IVème Paris
Du 5 Septembre au 6 octobre 2013/Nuits Blanches Paris

Nuits Blanches Metz
Œuvre monumentale aMnetzique
Place Charles de Gaulle, Metz
5 et 6 octobre 2013

Marseille Provence 2013, Capitale européenne de la culture
Œuvre monumentale Détournement de Canebière
Bas de la Canebière, Marseille
12 Janvier à Décembre 2013

Œuvre pérenne Mémoire d’avenir
Boulogne-Billancourt, dans le nouveau quartier Seguin
Inauguration mars 2013

Œuvre pérenne cinétique Sésame ouvre-moi
Portes entrée pool-house golf de Bouffemont, Oise
Inauguration juin 2013

Oeuvre pérenne L’homme visible
Nouveau centre commercial Beaugrenelle, Paris 15
Inauguration octobre 2013

Installation pérenne Undergreen
Sculptures animalières monumentales
Golf de Bouffemont, val d’Oise
Inauguration prévue mai 2014

Comment on nous ment(ge)

dimanche, juin 1st, 2014

L’article qui suit de Isabelle Hane pour Libération est paru le 8 avril 2014. Devant la douce tension soulevée par le mentir vrai permanent, je me permets quelques remarques glissées en regard du texte :

Corinne Lellouche 2

Eric Fottorino, ancien patron du «Monde», lance un hebdo dépliable qui veut lutter contre le «zapping permanent».

Une grande feuille repliée trois fois sur elle-même : voilà le 1, nouvel hebdomadaire lancé aujourd’hui par Eric Fottorino, ancien patron du Monde débarqué en décembre 2010 par les actionnaires Bergé-Niel-Pigasse, peu après leur arrivée.

D’où vous est venue cette idée folle de lancer un journal, en 2014 ?

On n’est pas obligé de faire un journal. Quand on fait un journal, c’est qu’on a des convictions et des envies. Pour moi, la conviction, c’est que la presse écrite a encore beaucoup à dire, que le papier reste un support moderne et qu’on fait une confusion entre crise du papier et crise des contenus. Mais la presse écrite doit revisiter ses contenus et tenir compte de l’époque : c’est l’accélération du temps ; c’est l’étincelle numérique qui embrase tout ; c’est la nécessité de prendre en compte les besoins des lecteurs de 2014. Ces besoins ont été refaçonnés de façon radicale par la technologie. Le futur, c’est dans cinq minutes, on vit dans un présent absolu. Une grande partie des lecteurs sont troublés de voir que la presse écrite, au lieu de se décaler par rapport à ce présent, essaye de le suivre. Avec Laurent Greilsamer [directeur de la rédaction du 1, ndlr], quand on était à la tête du Monde, on réfléchissait à la perception du temps par les lecteurs. Certains se désabonnaient parce qu’ils n’avaient pas le temps d’ouvrir le journal, d’absorber ces informations qui leur paraissaient, en plus, redondantes par rapport à ce qu’ils savaient déjà.

Remarques CL :

Le journaliste semble a priori complice quand il pose cette question « fermée » d’une idée folle sans préciser la nature ou plutôt la périodicité du titre en question.

Soyons précis, ce qui serait fou, serait de lancer un quotidien. Suivre l’actualité au jour le jour coûte une fortune en équipes et en moyens. Créer un hebdomadaire est toujours possible, surtout pour un ancien patron du Monde.

Pourquoi la presse devrait-elle se décaler par rapport au présent ? Ce dont souffre la presse écrite, c’est de son recul permanent, son commentaire en lieu et place d’investigations.

Le commentaire, sous ses dehors de soi disant décryptage, s’utilise désormais comme un « comment taire ou faire taire ».

Il y aurait beaucoup à dire sur le concept de décryptage tant prisé des médias (sensés détenir les clés et nous les donner). Voir la crypte et ses oubliettes/ le langage crypté supposé éveiller notre curiosité et notre intelligence.

La réponse de EF est dans la continuité de l’amalgame de départ. Un journal, donc, mais un hebdo, que l’on compare au prestigieux quotidien d’où l’on vient (avec « Laurent »), dont le nom contient rien moins que le monde.

Le conte ici, serait que l’on « fait un journal » par passion, vocation, par goût du service public, à la façon de Sarkozy prêt à se sacrifier à nouveau pour la France.

On instruit à charge l’immédiateté d’Internet. Or, Internet est loin d’avoir détrôné la presse quotidienne à cause de l’immédiateté. C’est plutôt la corruption des patrons de presse, vendus à la publicité qui a détourné les lecteurs, las d’une information au service des banques, des marchands d’armes, des professionnels de la culture marchandisée, « partenairisée », sponsorisée. Le voyage de presse à Venise et la semaine tous frais payés au Martinez pendant le festival de Cannes, ne constituent qu’une infime partie de l’iceberg.

Il se pourrait qu’un ancien directeur du Monde vive mal sa mise au rencart. Et qu’il se lance dans l’aventure d’un hebdo pour continuer à exister. On en est tous là, autant l’avouer.

Quel a été le déclic pour faire ce journal ?
En 2012, j’ai publié Mon Tour du Monde et j’ai donné beaucoup de conférences. Je parlais du Monde, de ce que j’avais essayé de faire… Le retour que j’avais toujours, c’était des gens qui me disaient : «Faut le faire, le journal dont vous parlez !» D’une certaine manière, je l’ai raconté avant de le faire, ce journal. C’est aussi grâce à ce livre que j’ai rencontré Henry Hermand [l’actionnaire du 1, ndlr]. Il avait lui aussi cette envie d’inventer quelque chose.

Remarques CL :

Pas besoin de déclic, à part Laurent Joffrin (de son vrai nom Laurent Mouchard, ça ne s’invente pas) qui navigue sans complexes d’un bateau à l’autre tant il est transparent consensuel (merci de ne pas séparer ce dernier mot en 2), il est impossible de se recaser ailleurs quand on a dirigé un quotidien tel que le Monde. Reste plus qu’à fabriquer son propre titre.

Je parlais du Monde, de ce que j’avais essayé de faire. On m’a dit « faut le faire… », et voilà. Voilà quoi ? Un nouveau Monde rêvé ? De quoi est-il question au juste ?

Pouvez-vous en dire plus sur votre actionnaire, qui a également financé le think tank de gauche Terra Nova ?

Il ne se présente pas comme «le financier de Terra Nova». Il a plutôt inspiré Terra Nova, ou des think tanks comme Le Club des vigilants. Il est l’un des créateurs en France de la deuxième gauche, avec Michel Rocard et Gilles Martinet. C’est avant tout un homme de presse, qui a été très tôt dans les aventures comme la revue Esprit, la Quinzaine et plus tard, le Matin de Paris.
Combien d’argent a-t-il investi ?
Il n’y a pas eu de somme investie comme ça, d’un coup. On identifie nos besoins au fil de l’eau. Là on est dans ses locaux, on a deux pièces, on travaille vraiment comme une start-up depuis sept mois.
Il a quand même dû vous dire quelle était la profondeur de ses poches…
Pour nous, ce qui est important, c’est de réussir le lancement. On verra en juin, quand le journal aura trois mois d’existence, comment le lectorat réagit, s’il y a une adhésion. Quand on prend un risque, on prend aussi le risque que les choses s’arrêtent.

Remarques CL :

Voilà donc un vieux briscard du socialisme catho (confère Esprit), qui offre un deux pièces et des sous pour trois mois. Et un ancien directeur du Monde qui fait mine de chambouler le paysage médiatique. Mais surtout, ne parlons pas d’argent, le bon peuple des lecteurs pourrait être choqué. C’est comme avec les enfants et le porno.

Le choix de se passer de la publicité s’est-il imposé d’emblée ?
Ça aussi, c’est l’expérience qu’on avait, Laurent et moi, au Monde. Même si c’est un combustible très important, avoir de la publicité, c’est se contraindre dans les contenus. Pourquoi faire trois pages de mode tous les quinze jours si ça emmerde vos lecteurs ? Moi, je ne voulais pas faire un journal d’annonceurs.
Au Monde, vous aviez l’impression de faire un journal d’annonceurs ?
C’est-à-dire qu’il y avait certaines parties du journal que je ne maîtrisais pas. Il fallait la bagnole tel jour, la conso tel autre, la mode… Ça veut dire que vous considérez, même si vous ne le dites pas comme ça, qu’une partie de la pagination ne vous appartient pas. Qu’elle est déjà préemptée, d’une certaine manière. Au bout d’un moment, on ne fait plus un journal. On remplit les cases là où il n’y a pas de pubs. Moi, je souffrais de ça, et j’avais l’intuition que les lecteurs n’aimaient pas cette publicité imposée, ces chemins de fer imposés. Mais je peux me permettre de faire un journal sans publicité parce qu’on est moins de dix salariés. Au Monde, il y a 300 journalistes, 800 salariés, une imprimerie… C’est toute une économie. A un moment donné, il faut bien que l’argent rentre, surtout s’il ne rentre pas par la diffusion.

Remarques CL :

Terrible comme il a souffert ce résistant qui si il n’avait pas été viré aurait continué à avaler ses kilos de pubs sans broncher.

Le 1 est un petit journal : vous dites qu’il faut moins d’une heure pour le lire…
Je pense qu’il y a une grande angoisse des gens qui sont toujours happés par autre chose. On est vraiment dans un moment très particulier d’interruption permanente. D’ailleurs, les gens ne finissent plus leurs phrases. Et moi, j’ai envie que nos lecteurs finissent les phrases du journal ! Mais pour ça, il faut être réaliste et proposer un objet qui soit aussitôt perçu comme source de plaisir et non pas de frustration par le lecteur. Le 1 est un journal ramassé, dense, un loup maigre mais musclé. Pour moi, le 1, c’est une épure de journal.

Remarques CL :

Soyons réalistes, mais pourquoi s’insurger contre « le zapping permanent » évoqué plus haut si  le 1, c’est  moins d’une heure de lecture ? Et pourquoi les gens d’Article 11 ou du Monde Diplo ne se posent-ils jamais ce genre de question marketing ? La promesse du 1 : être réaliste et participer à l’autoréduction ambiante de la pensée. Et pourquoi nomme-t-on son journal un objet ? Source de plaisir et non pas de frustration, ne serait-ce pas la définition de la culture zapping ?

Choix radical : vous ne traitez qu’un seul sujet par numéro…
On n’est pas arrivés tout de suite à cette idée. Mais pour contrer le zapping permanent dans lequel on vit, on s’est dit que plutôt que d’aller moins vite, on allait aller plus profondément. Donc s’arrêter sur un seul sujet. Ce sujet, on va le traiter comme un tableau cubiste. En l’imaginant sous différents angles, on va faire surgir des points de vue qu’on n’aurait jamais eus autrement. On va solliciter le regard d’un écrivain, d’un anthropologue, d’un historien, d’un artiste, d’un statisticien… Pour obtenir un concentré de regards intelligents sur un même sujet.

Remarques CL :

Choix radical en effet, ce vocabulaire de résistance fait rêver.

Quant au parti pris, d’un sujet par numéro il est vieux comme mes robes et se tient loin de ce que doit proposer un journal d’informations par définition multiples.

Autre entourloupe, l’artiste, l’historien, l’écrivain, offrent ce que le droit du travail des journalistes professionnels ne permet pas : du travail de haute voltige gratos.

Idem pour ce principe du commentaire réalisé par des contributeurs que l’on a pas besoin de payer, la contrepartie ici étant la visibilité.

Sûr que cela va sauver la presse.

Quant au sujet unique, « La France fait-elle encore rêver ? », il présente l’avantage de sembler chaud, au cœur de nos préoccupations, avec l’assurance de ne jamais trancher dans le vif en « viel observateur » que l’on est.

Et si le journalisme, celui qui défend la démocratie, ce n’était pas un débat entre gens biens, mais des reporters consciencieux occupés à rapporter des faits, remonter des filières, produire du contre-pouvoir ?

Hélas, ça coûte cher.

Hélas, il faudrait en avoir envie et non pas juste avoir envie d’exister.

Mais pas de journalistes ?
Il y a des journalistes dans l’équipe. Mais justement, le 1, c’est la confrontation de regards de journalistes avec des gens qui ne le sont pas. On interroge le réel autrement. Chaque semaine, on choisira un sujet qui est un questionnement. J’ai à l’esprit Kundera qui dit qu’un roman n’a pas réponse à tout, «il a question à tout». Je pense que le 1 n’a pas réponse à tout, il a question à tout. Aujourd’hui, les médias négligent la complexité. Cette complexité, on va essayer de l’approcher. Le but du 1, c’est d’aider à renouveler le regard sur un sujet. C’est plus un journal d’inspiration qu’un journal d’information.

Remarques CL :

Le champ lexical de ce monsieur relève de l’ambiancement sémantique :

Un loup maigre mais musclé (Un loup quand même hein ? )

D’une certaine manière, je l’ai raconté avant de le faire ce journal. (no comment)

Il avait lui aussi cette envie d’inventer quelque chose. (Pour sauver le monde ? Ou se sauver après le Monde ?)

Un concentré de regards intelligents sur un même sujet (quitte à être dans le consensus mou, je préfère le concentré Nestlé).

Moi, je souffrais de ça, et j’avais l’intuition que les lecteurs n’aimaient pas cette publicité imposée, ces chemins de fer imposés.  (quelle modestie humilité douce pour se dédouaner de n’avoir jamais bronché contre la pub du temps où il était à la tête du Monde).
D’où vient ce titre, le 1 ?
Le 1, c’est d’abord un seul sujet, une fois par semaine, imprimé sur une seule feuille. C’est aussi l’unité du savoir : avant d’être une notion d’arithmétique, le 1 est une notion philosophique. On rassemble sous la bannière du «1» le savoir rationnel et le savoir sensible. Autrement dit, une poésie, c’est aussi du savoir. Le 1, c’est aussi se redonner chaque semaine l’énergie d’un premier numéro.

Remarques CL :

Les publicitaires adorent la poésie. Au fait, pourquoi le 1 est-il une notion philosophique avant d’être une notion

arithmétique ? Et le 2 alors, il lui plaît pas le 2 ?

Comment faut-il lire ce journal ?
On peut considérer que le 1 est un journal en 3D. Le plus petit dénominateur commun, c’est la page. Le lecteur s’invente son circuit de lecture. Avec les trois pliages, il y a trois temps de lecture : le temps de l’intime, de l’émotion, puis vous dépliez une fois et vous avez le temps de l’analyse, puis vous ouvrez encore et c’est ce que j’appelle l’aile d’oiseau, qui correspond au temps de l’imaginaire, du récit… Cet espace, c’est le plus grand de la presse papier. Vous pouvez avoir un long texte d’un écrivain, un reportage, une carte…

Remarques CL :

En 3D, c’est bien parce que c’est dans l’air du temps. Le temps de l’intime, de l’émotion et celui de l’analyse jusqu’à l’aile d’oiseau carrément pour mieux s’envoler. Toujours ce marketing philosophopétique légèrement nauséeux.

D’où est venue cette forme de page pliée ?
Je voulais créer un journal qui donne envie de lire le journal. J’ai été frappé de voir qu’on piétinait les journaux gratuits dans le métro ou dans la rue. Je n’ai jamais vu un Pléiade dans le caniveau. J’ai toujours eu cette idée que si on ne fait pas un bel objet, on a déjà perdu une partie du propos. Et j’aimerais bien inventer un journal non jetable. J’aimerais qu’une fois lu, on ait envie de conserver le 1. Qu’on redonne de la valeur au contenu à travers l’objet. La forme et le fond sont complètement liés. Avec Laurent, on avait vraiment envie de bousculer les codes. Pour inventer cette forme, je suis allé vers quelqu’un qui n’a jamais fait de journaux, un architecte graphiste, Antoine Ricardou, qui vit entre Paris et New York et qui a conçu le site du centre Pompidou. C’est lui qui nous a proposé ce système de feuille unique et de pliage. On a choisi un papier résistant, qui ne se déchire pas au pliage. Pour moi, le 1, c’est plus un roseau qu’un chêne : il plie, mais il ne rompt pas.

Remarques CL :

« Avec Laurent », notez ce petit côté bon ami qui prouve que l’on a affaire à un brave type.

Quant à Antoine Ricardou, évidemment il vit entre Paris et New York, s’il habitait ailleurs que face à Beaubourg et s’il se plaisait à Marmande, il aurait l’air bête.

Ce n’est pas vrai que Antoine Ricardou, qui possède par ailleurs une petite maison d’édition n’a jamais « fait de journaux », il a notamment conçu une version de la maquette du Magazine DS en 2005 lorsque j’y travaillais en tant que rédactrice en chef. Mais bon, on ne va pas gâcher le conte avec des comptes.

Bien à vous,
Corinne Lellouche

En savoir +
http://www.le1hebdo.fr/presentation-du-journal.html

-Consultez ce lien pour découvrir les petits dessins un rien enfantins qui présentent l’équipe de GO (Gentils Organisateurs) de ce club Med en puissance.

-Pas un seul non diplômé dans l’équipe. Il y a quelques 20 ans, il n’était pas rare de trouver parmi les meilleurs investigateurs, des gens dépourvus du moindre Deug ou même du bac.

-Voir aussi comment on mélange communication et information.

Laurent Joffrin in Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Joffrin

« Dans ce même essai, Serge Halimi met en évidence un conflit d’intérêt concernant Laurent Joffrin, annoncé le 29 janvier 2005, « avec sans doute un zeste d’ironie30 » par Le Figaro : « Le neuvième prix de la une de presse a été décerné au Nouvel Observateur […]. Le jury, présidé par Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, a examiné plus de quatre cents unes avant de faire son choix30. »
Toujours dans le documentaire des Nouveaux Chiens de garde, il lui est reproché de faire partie d’« une poignée de journalistes interchangeables, qui sont chez eux partout31. »
Laurent Joffrin est une cible récurrente de l’association française de critique des médias, proche de la gauche antilibérale, Acrimedhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Joffrin – cite_note-32.

En 2012, le documentaire DSK, Hollande, etc. réalisé par Pierre Carles, Julien Brygo, Nina Faure et Aurore Van Opstal, retrace la manière dont « la presse habituellement classée à gauche ou au centre-gauche35 » a successivement soutenu les candidatures de Dominique Strauss-Kahn et François Hollande lors de l’élection présidentielle française de la même année. Le film montre notamment la réaction de certains journalistes et patrons de presse, tels que Laurent Joffrin, face à leurs contradictions35.»

Ouverture du Maquis Megastore 187 rue Saint-Denis, Paris 2

jeudi, avril 17th, 2014

Phil-recadré

Editeur et manager d’artistes depuis plus de quinze ans, Philippe Pierre Adolphe continue de résister depuis son Maquis, label mythique prolongé aujourd’hui par le Maquis Megastore. Toute ressemblance avec l’affreux tueur des indépendants qui a longtemps sévi sur la plus terrible avenue du monde serait fortuite. La bête des Champs à terre, les amoureux des belles choses vont pouvoir fêter le Disquaire Day ce 19 avril en comptant avec l’arrivée de Philippe Pierre Adolphe qui trouve là, au 187 rue Saint-Denis à Paris, le moyen de défendre une production exigeante de collectors français et étrangers. « Contre la dématérialisation du monde, on constate un retour du beau et du vintage en matière de culture et d’articles. Ma boutique a vocation à devenir un endroit de passage, d’échange et de rencontres. J’imagine des soirées de dédicaces, des expositions de graphistes, photographes et designers qui se sont illustrés pour leur travail autour des pochettes ou des affiches. J’aimerais que ma clientèle s’approprie ce lieu de transmission où se croiseront les créateurs internationaux que j’ai édités ou programmés tout au long de ma carrière : Alan Vega, Etienne Daho, Marquis de Sade, Faust, James Chance, Happy Mondays, A Certain Ratio, Christophe, Fantazio, Dee Nasty, Joey Star. Last but not least, les cinéphiles trouveront également une sélection d’affiches de cinéma réputées introuvables ».

Rap ta France DD

Auteur de Rap ta France

Journaliste et écrivain spécialisé, auteur de titres de référence sur l’histoire des musiques actuelles tels que Rap ta France, réédité par Flammarion et J’ai lu pour poche, le Dictionnaire de la House, ed. Mille-et-une-nuits, Anthologie de la poésie Rap, ed. Mille-et-une nuits, Philippe Pierre Adolphe compte développer un esprit revival et moderne : « les générations actuelles sont curieuses des grands mouvements culturels. Or, les magasins les ont souvent accompagnés, confère Vivienne Westwood et Malcom McLaren pour le mouvement punk. J’aimerais inscrire mon travail dans la lignée des disquaires indépendants tels que Rough Trade basés à Londres et encore ouverts aujourd’hui. Pour rappel, la première enseigne Rough Trade a été ouverte en 1976 par Geoff Travis, dans le quartier de Ladbroke Grove. En 1978, elle a donné naissance aux célèbres Rough Trade Records, label qui va de The Smiths à The Libertines. J’emprunte le chemin à l’envers puisque j’ai derrière moi un catalogue de plus de 200 albums produits par le Son du Maquis ». Philippe Pierre Adolphe a glané de prestigieux prix tout au long de sa carrière : prix de la meilleure création musicale 2010 du Ministère de la culture remis par Frédéric Mitterrand pour Free Africa à l’occasion du« Cinquantenaire de l’Indépendance des Pays Africains », prix coup de cœur 2008 de l’Académie Charles Cros pour Cocktail Molotov, bande Son de Mai 68 (co-production avec Radio France), prix Quartz 2011 de la meilleure compilation de musique électronique pour « A Man and A Machine » 3 volumes, Histoire des Musiques Electroniques.

MM1     MM2

« Mon intention est de couvrir un large champ des genres musicaux : rock, folk, jazz ainsi que les grands noms de la chanson française », explique cet infatigable esthète qui offre à notre époque un peu lasse le moyen de renaître entre un passé qui par chance « ne passe pas », et un présent de résistance heureuse.

Bien à vous,
Corinne Lellouche

Maquis Megastore
187, rue Saint Denis
75002 Paris
Tel: 06 85 20 57 16
Horaires d’ouverture : 11H à 20H du lundi au samedi

L’addiction collection

mercredi, avril 16th, 2014

Nous avons tous commencé puis abandonné une collection de timbres, de numéros zéro des journaux, de petites autos. D’autres ne lâchent jamais, c’est grave ?

dinki toys

Cinq-cents soldats soigneusement rangés gardent en silence la chambre de François, 24 ans. Une impression qui confine au malaise saisit le visiteur. François est collectionneur. C’est à dire qu’il consacre la majeure partie de sa vie et la totalité de ses pensées à sa passion. Son argent, son temps, sa volonté, sont aspirés par ces figurines dont il est tombé amoureux à l’âge où les autres garçons commencent à regarder les filles. « Du plus loin que je me souvienne, je vois des petits soldats. Ceux de mon grand oncle qu’il était interdit de toucher –comme les miens aujourd’hui- et que ma mère acceptait de m’offrir en récompense de mes bonnes notes ».
Dans la vie, tout se flétrit, s’abîme et meurt. Une collection, c’est le contraire.
Au lieu de se ratatiner, elle se développe, prend de la valeur. Chaque jour lui apporte un plus au lieu d’un moins. Or, l’accumulateur a le vide en horreur. N’acceptant pas l’idée de la mort, il se consacre au seul hobby dont il est sûr qu’il ne finira jamais. De fait, une collection digne de ce nom ne peut s’achever ou alors, c’est qu’elle est en route pour l’éternité, à savoir le musée.
« C’est au Japon, dans un caniveau, que j’ai trouvé mon premier trophée », explique Arsène, collectionneur d’échantillons de parfum. « Au bonheur de la découverte, s’est ajoutée immédiatement, le manque de la pièce suivante. » Au fil des ans, Arsène a engrangé plus de deux-mille répliques, une fortune. « C’est en 1980 que j’ai réalisé que d’autres partageaient ma passion et qu’elle avait une valeur sur le marché. Du coup, j’ai cessé de chiner en solitaire. J’ai passé des annonces si bien que j’ai des amis partout, en Angleterre, en Italie, à qui je rends visite régulièrement pour pratiquer des échanges. Le revers de la médaille ce sont les départs justement, je crains un cambriolage dont je ne me relèverais pas ».
« Ces échanges, bonheur ineffable des collectionneurs », écrivait Balzac, tandis que les psys nous rappellent combien ils font plaisir aux enfants dans les cours de récréation. Notons que si certaines célébrités amateurs de Fly-Tox comme le dessinateur de BD Frank Margerin, ou de gobelets, comme Sonia Rykiel, se racontent volontiers, nombreux sont ceux qui se cachent. Ainsi, la baronne de Rothschild garda le secret de sa collection de têtes de mort jusqu’à la fin, tout comme Pierre Lazareff qui nourrissait une drôle de passion pour les poupées anciennes.

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Secrète ou non, il arrive que la collection prenne des allures de cancer. Où ranger tout cela ? Pierre Lescure a longtemps possédé un appartement de 160m2 à Paris, uniquement destiné à entasser plus de trois cents tableaux, radios de bakélite, jouets, gadgets pop, accumulés durant vingt ans. « Une véritable caverne d’Ali Baba où j’éprouvais le plaisir rare de respirer parmi mes objets fétiches. Certains de mes amis comme Alain Chabat ou Dominique Farrugia, capables de se déplacer avec économie dans mon foutoir ont éprouvé avec moi le bonheur de traîner au milieu de mes jouets. Je m’en suis séparé au moment où pour la première fois, j’ai envisagé de me poser avec femme et enfant. C’était en 2004, le catalogue de la vente qui a eu lieu chez Sotheby’s est désormais collector. La préface a été écrite par Etienne Robial qui a évoqué ma collection en ces termes : Lescure signe ici son double album blanc. Cette vente a été un vrai succès : neuf records mondiaux obtenus par des œuvres hyperréalistes de John Salt, Davis Cone, etc. Le détail d’un flipper par Charles Bell a même atteint 243 200 euros. Quelque années plus tard, déjeunant avec Daniel Filipacchi et Christophe, deux autres collectionneurs fous, j’ai eu la surprise d’entendre Daniel me dire qu’il avait acheté 4 de mes pin-up dont il avait soigneusement noté les références. C’est lui qui avant la vente m’avait rassuré en me disant que j’allais tourner une page et que je serai surpris de constater que mon « capharnaüm » racontait une histoire. Il avait raison ».

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Le même Daniel Filipacchi, magnat secret, fondateur du plus grand groupe de presse magazine dans le monde, intouchable parmi les intouchables, que n’importe qui peut rencontrer à condition d’être sur la piste de l’une de ses pièces manquantes. Ce, qu’il s’agisse de peinture surréaliste (la plus importante du monde, dit-on, qui a eu les honneurs d’une rétrospective au musée Guggenheim de New York), de disques de jazz ou de bibliophilie.

Bonheur, passion, séparation, la collection ne se raconte que sur le mode majeur.
Le désir du collectionneur comme celui de Don Juan, est stimulé par la difficulté, il se flétrit dans la possession et est voué à l’insatisfaction. Raymonde Moulin, auteur du Marché de la peinture en France, paru aux Editions de Minuit, a consacré quelques belles pages aux amateurs d’art. Elle écrit : « Comme la passion de l’amant, celle du collectionneur est jalouse et inquiète. Elle aspire à une possession unique et totale. » Nombreux sont les richissimes hommes d’affaires qui, possédant tout en ce bas monde, ne peuvent s’intéresser qu’à ce qui ne leur appartiendra jamais tout à fait. C’est à se demander si les prix fous qu’atteignent certains tableaux ne sont pas là pour leur permettre de trouver le salut. Que deviendraient-ils si tout, vraiment tout, était à leur portée ? Que faire quand on ne peut plus rêver sur la pièce ou plutôt l’orgasme suivant ? Comment vivre sans personne au-dessus de soi ? Au moins Giacometti, Tanguy et les autres épanchent-ils la soif d’absolu de nos pauvres puissants.
Dans son livre, Raymonde Moulin interroge un amateur qui dit : « la collection est une paresse. Elle est une façon de s’approprier l’œuvre d’autrui et de s’en parer comme de plumes de paon. C’est participer au génie créateur. C’est croire que l’on s’accroit de ce monde imaginaire qu’est celui de Magritte, Picasso, et d’autres, plus jeunes. C’est se glorifier intérieurement, se grandir, s’enrichir du monde qu’a élaboré l’artiste. Devant sa propre incapacité, le collectionneur crée au second degré, avec des œuvres façonnées par d’autres, une œuvre à laquelle il s’identifie ». « On devient artiste de sa collection à défaut d’être artiste tout court.

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Et l’argent tout ça ?
On est entre gens du même bord, on partage l’émotion de la vente « au cul du camion », nous apprend Isabelle Woolworth dont la boutique rue de Seine à Paris, abrite des bijoux et des miroirs anciens qui lui valent la visite de princesses vénitiennes et de têtes couronnées venues du monde entier. Lorsque l’argent est le seul moteur, on a affaire à un marchand, un faux collectionneur en somme. Même si jouer à se faire peur, à être le plus malin, fait partie du plaisir.
Les collectionneurs dont le principal souci pourrait être de se distinguer des autres, connaissent des étapes communes. A dix ans, l’accumulation correspond à un stade normal du développement, surtout chez les garçons. C’est le moment où pour affirmer sa différence, on entasse les billes, les canifs, les porte-clés. L’âge où se mesurer à l’autre conduit à posséder plus. C’est comme dans la chanson J’ai du bon tabac dans ma tabatière. La tabatière, pourrait être le sexe masculin érigé ici en pièce rare. Les collectionneurs comme les enfants qui souffrent du complexe de castration, imaginent qu’on veut leur dérober leurs précieux objets. Rien de grave, si ce n’est une angoisse certaine devant la séparation. Il y a danger seulement lorsque la passion est telle qu’elle coupe du siècle celui qui s’y adonne. Celui par exemple, resté anonyme, qui a pu s’acheter le cri de Munch, pour le cacher on ne sait où. Un cri infini devant l’absolu solitude de l’homme qui, possédant désormais l’oeuvre la plus chère du monde, n’espère plus rien.

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Bien à vous,
Corinne Lellouche

Corinna

En savoir plus :
extrait interview Daniel Filipacchi in lexpress.fr

« Vous ne pouvez pas savoir combien j’ai travaillé pour assouvir ma passion du jazz ! A la fin des années 1950, il y avait un show très célèbre sur CBS, The 64 000 Dollar Question. Si vous répondiez à une série de questions, vous empochiez cette somme. J’ai participé aux sélections, en choisissant comme thème le jazz, et j’ai fait un sans-faute. Mais, étrangement, je n’ai jamais été invité à l’émission elle-même. Quand je m’en suis étonné auprès du producteur, il m’a dit : « Daniel, ce n’est pas possible, vous avez triché, hein ? » Non, j’étais un puits de science sur le jazz, c’est tout ».

« Un jour, à 11 ans, j’ai acheté, un peu par hasard, Le Revolver à cheveux blancs, d’André Breton. J’ai été subjugué par la beauté de cette poésie. Du coup, j’ai enchaîné avec Aragon et Tzara. Puis j’ai découvert la peinture surréaliste, un art plutôt figuratif qui me rappelait sans doute un peu la photographie. A l’époque, Miro et Dali étaient déjà cotés, mais vous pouviez acheter des toiles de Magritte, Max Ernst ou Victor Brauner pour presque rien. J’ai également acquis quelques Chirico de la période métaphysique. J’ai même échangé un bel appartement, que je possédais sur la 83e Rue, à New York, contre des tableaux de Paul Klee, Miro et Matisse. Plus tard, j’ai aussi troqué un appartement parisien contre trois Magritte et trois Brauner. J’ai même donné mon appartement de Megève contre une porte peinte par Max Ernst… Quand j’ai annoncé ça à ma mère, elle a failli tomber dans les pommes. J’ai une immense admiration pour Max Ernst, dont j’ai pu racheter les célèbres collages de la série Une semaine de bonté à la barbe des autorités françaises, qui se sont comportées stupidement avec sa veuve, Dorothea Tanning, que j’aimais profondément ».

Walt Whitman,

mardi, avril 15th, 2014

Corinna

« De tous les hommes, il n’est pas plus égal que le poète »
Walt Whitman
Feuilles d’herbe (1855)
éditions José Corti, traduction Éric Athenot

[…]
D’entre toutes les nations, les États-Unis, dont les veines sont gorgées de matière poétique, ont le plus grand besoin de poètes et engendreront sans aucun doute les plus grands, dont ils feront le plus bel usage. Ce sont moins leurs Présidents que leurs poètes qui seront les arbitres communs. De tous les hommes, il n’en est pas de plus égal que le poète. Ce n’est pas en lui mais loin de son influence que les choses sont grotesques, excentriques ou malsaines. Rien n’est bon qui n’est pas à sa place. Le poète confère à chaque objet et à chaque qualité ses justes proportions, ni plus ni moins. Il est l’arbitre du divers, il est la clé. Il est l’égalisateur de son époque et de son pays….il fournit ce qui fait défaut et modère ce qui doit être modéré. Si la paix est l’ordinaire, en lui parle l’esprit de paix, vaste, riche, frugal, qui construit de grandes cités populeuses, qui encourage l’agriculture, les arts et le commerce — qui éclaire l’étude de l’homme, de l’âme et de l’immortalité — le gouvernement fédéral, régional ou municipal, le mariage, la santé, le libre-échange, les voyages terrestres ou maritimes….rien n’est trop proche, rien n’est trop éloigné…les étoiles ne sont pas trop éloignées. En temps de guerre, il constitue la force guerrière la plus mortelle. Qui le recrute, recrute chevaux et fantassins…il obtient les meilleures pièces d’artillerie jamais vues par les artificiers. Si l’époque est à la paresse et à la lourdeur, il sait la réveiller…sa moindre parole peut faire saigner. Si stagnantes que soient les étendues uniformes de l’usage, de l’obéissance ou de la législation, lui ne stagne jamais. Ce n’est pas l’obéissance qui lui dicte sa loi mais le contraire. Tout en haut, hors de portée, il se dresse en projetant ses faisceaux de lumière concentrée…il actionne le pivot de son doigt…il confond sans bouger les coureurs les plus rapides, les rattrape sans effort et les enveloppe. Il met un frein à la dérive du temps vers l’infidélité, l’artifice et le persiflage par sa foi inébranlable…il fait passer ses plats…il distribue les mets savoureux et nourrissant qui donne des hommes et des femmes. Son cerveau est le cerveau suprême. Il ne discute pas…il est jugement. Il juge non pas à la façon du juge, mais comme le soleil baigne une créature sans défense. Comme il voit le plus loin, il a la foi la plus grande. Ses pensées sont des hymnes de louanges aux choses. Dans les discussions sur l’âme, l’éternité et Dieu, loin de son monde d’égalité, il garde le silence. Il ne conçoit pas l’éternité comme une pièce avec prologue et dénouement….il conçoit l’éternité chez les hommes et les femmes…il ne conçoit pas les hommes et les femmes comme des songes ou des points sur une ligne. La foi est l’antiseptique de l’âme…elle est répandue chez les gens ordinaires, qu’elle préserve…ils ne cessent jamais de croire, d’espérer en toute confiance. Il est une fraîcheur et une innocence indescriptibles chez l’illettré qui confondent les facultés expressives du génie le plus noble et qui les défient. Le poète voit avec certitude comment quelqu’un qui n’est pas un grand artiste peut être aussi sacré et aussi parfait que le plus grand artiste……Il use à sa guise du pouvoir de détruire ou de remodeler mais jamais de celui d’attaquer. Ce qui est passé est passé. S’il ne propose pas des modèles supérieurs ou s’il ne fait pas ses preuves dans tout ce qu’il entreprend, alors il n’est nul besoin de lui. C’est la présence du plus grand poète qui conquiert…pas les pourparlers, les luttes ou les préparatifs. Maintenant qu’il est passé par là, suivez-le du regard ! Il ne reste nul vestige de désespoir, de misanthropie, de ruse, d’exclusion, ni d’ignominie liée à la naissance ou à la couleur, ni l’illusion ou le besoin d’un enfer…..et nul homme désormais ne sera rabaissé pour son ignorance, pour sa faiblesse ou ses pêchés.

Pour que la poésie vive, il convient de la faire circuler comme ici sur l’Informelle. Quant à nous, nous saurons réciter au moins deux poèmes jusqu’à ce que notre mémoire s’use.
Bien à vous,
Corinne Lellouche

un monde sans objet

dimanche, avril 6th, 2014

Plus grave que le réchauffement climatique, ne plus pouvoir dire bonjour à la caissière

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Et si la dématérialisation du monde finissait par nous transformer en machine ? Aujourd’hui, un catalogue musical sur iPod contient plus de 2000 titres quand un vinyle, un CD n’en contenaient que douze. Et l’on transporte sur son iPad bibliothèque, kiosque, vidéo. L’universel est souvent confondu avec l’uniformité et le conformisme, donnant naissance à des sociétés aux mutations périlleuses ou même inquiétantes. La raison se confond avec la rationalité technique. Quant à la vulgarisation des savoirs, elle est devenue la norme. Ce, qu’il s’agisse de l’intervention d’un chercheur en neuroscience à propos de la migraine (mal du siècle), des retombées de l’accident nucléaire de Fukushima, du niveau de pollution dans les villes, ou des risques liés à la téléphonie mobile. Or, cette vulgarisation nous amène à négliger des concepts, des langages, des positions qui sont loin d’être neutres ou apolitiques. Quant à l’argument de la modernisation, il semble tout asservir sous une implacable chanson dont nous connaissons déjà les paroles. D’un bout à l’autre de la planète, on trouve les mêmes enseignes, les mêmes séries télévisées, les mêmes vêtements, les mêmes voitures, les mêmes pseudos artistes qui lâchent des ballons sur les châteaux de Versailles comme s’ils ne cherchaient qu’à tuer le mystère. La vitesse emporte tout qu’il s’agisse de nos transports ou de nos communications. On « tweete », on « facebook », on « mail » à un rythme effréné sans prendre la peine de vraiment lire, regarder, écouter, voir, faire attention à. Le plus merveilleux des défauts, la curiosité, est relégué au magasin des antiquités, au même rayon que ces époques bénies où perdre du temps n’était pas sacrilège.

La mondialisation, c’est se repasser en boucle une chanson dont on connaît déjà les paroles
Jamais les pratiques d’une culture, celle de l’Occident, ne s’étaient imposées comme modèle universel aussi rapidement. Nombre d’êtres humains, lorsqu’ils ne possèdent pas un niveau d’éducation suffisant, se trouvent confrontés à un travail d’automate. Jeunes victimes de la crise financière, engagés en masse sur des plates-formes de communication, caissières qui font corps avec leurs caisses, quand elles ne sont pas remplacées par des machines, préposées aux renseignements, à qui on apprend dix réponses type en lieu et place d’un véritable échange.

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Quand les vaches regardaient passer les petits trains
La nostalgie nous souffle que le pouvoir de suggestion du papier par exemple relève du toucher, du regarder, de tous les sens en lien avec notre capacité d’aimer. Qui n’a pas transmis à son enfant son exemplaire usé de « L’étranger » (Camus) peut toujours répondre qu’une tablette contenant plus de 2000 best-sellers pour les vacances, c’est pratique. Et si l’on préférait, nous, la pratique au pratique ? Celle de la danseuse classique qui ne peut envisager les pointes qu’après des heures et des heures d’exercices ingrats, difficiles ? La même gagnant une notoriété éternelle, fruit de longues années d’exigence discrète plutôt que le fameux quart d’heure de célébrité qui salit tout sur son passage. On enfonce le clou ? Ces gens gavés de numérique qui croient se préparer à vivre ont-il compris que le train ne repassera pas ? Ne parlons pas du TGV. Est évoquée ici la Micheline de campagne qui reliait les magnifiques villages de France. Les vaches la regardaient passer et nous regardions passer les vaches.

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Nos sociétés aseptisées et contrôlées ignorent qu’une bibliothèque digne de ce nom abrite aussi des moutons

Celui qui possède une bibliothèque sait que sous les couches de poussière -et oui, nos sociétés aseptisées et contrôlées ignorent qu’une bibliothèque digne de ce nom abrite aussi des moutons, sous les couches de poussière se cachent la découverte, l’amitié, le partage, une constellation de sentiments et d’odeurs. A la madeleine de Proust, se mêle l’écriture d’écolier d’un cher disparu. Car dans ce « Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », on apposait son nom et l’année sur les romans familiaux. Plus de 2000 livres vous dites ? Je les échange contre un seul qui possède cette signature, cette couleur un peu passée, ces pages légères, cette déchirure qui se présente sur la pointe des pieds.

Moins de monde:Lou Blic    article lou blic Express Lou BlicLou BLIC Boulogne

Lou Bic (1959-1995), Il y a moins de monde là-haut, poèsie, éditions de la rue de l’Ouest, 1991

Pas si net
On vote Internet, sûr, tant que l’on pourra y trouver certains liens. Prenez au hasard la Factory records, et tapez Joy Divison, New Order, Durutti Column, vous comprendrez que la musique n’est pas que musique. La pochette Abbey Road* des Beatles traversant la rue a créé un buzz mondial bien avant l’invention de ce mot, buzz. La banane d’Andy pour le Velvet, la langue tirée des Rolling Stones et leur braguette dotée d’une vraie fermeture éclair sont autant de jalons, le son d’une décennie en images choisies. Philippe Pierre-Adolphe, créateur du label Le Maquis*, distribué par Naïve, puis Harmonia Mundi a créé en une décade*, une maison de production qui, comme son nom l’indique, résiste, au son écrasé du MP3 comme à la facilité. Son catalogue qui réunit Alan Vega ou A Certain Ratio, questionne la modernité en des coffrets comme A man and A machine, une histoire de la musique électronique en trois volumes (Prix Quartz du meilleur album 2011) qui fait la part belle à l’esprit Kraftwerk*, plutôt qu’aux Daft Punk. Et là, les mots ne suffisent pas, autant cliquer sur le lien http://www.youtube.com/watch?v=_g4x82CuNPM et écouter, vous entendrez la différence.
Côté résistance encore, on trouve à quelques pas de la Sorbonne, Brigitte Peltier, déjà évoquée ici. Elle dirige PIPPA*, une petite librairie qui héberge la maison d’édition du même nom, fondée en 2006. Ici, « la pieuvre verte » reste à la porte, seuls les éditeurs indépendants sont bienvenus. PIPPA possède sa propre galerie d’art au sous-sol, où se réunissent à la bonne franquette écrivains, poètes, chercheurs, peintres, illustrateurs, voyageurs en quête d’authenticité, tout ce que l’on ne peut appréhender si l’on se contente de pagayer sur la toile. Brigitte Peltier explique qu’elle reçoit des visiteurs et des lecteurs, pas des clients. « Des fidèles, attachés à leur librairie ou des curieux. J’ai été la première en France à m’investir dans l’édition numérique, c’est mon combat. Cela peut surprendre parce que je défends le livre et le papier. Le numérique est complémentaire, indispensable, c’est un outil de recherche. Bien qu’à mes yeux, il ne soit pas un outil de lecture. Je reste attachée à l’objet, à la belle impression, à la force de la couverture ».

Nous, poires pressées comme des citrons, face à de grosses pommes basées dans les paradis fiscaux
Au quotidien, outre les objets qui disparaissent avec leur image, leur grammage, nous sommes désormais confrontés à la mise en machine des êtres humains. Quémandant un renseignement, le consommateur dont on espère qu’il muera en consom’acteur, entendra, après la voix glacée du répondeur, un réceptionniste formé pour « l’ambiancer» quand il ne s’agit pas de « l’arnaquer ». Un phénomène décrit par nombre de techniciens des plates-formes banquières, des télécommunications, ou des géants de la Hi Tech, qui ont préféré grossir les rangs de Pôle Emploi plutôt que de « collaborer ». L’employé modèle est formé pour ne répondre qu’aux questions type. Les marques nées pendant les Trente Glorieuses ont vite compris l’importance du service après-vente pour fidéliser leur clientèle tant que la concurrence existait. Pour les géants Apple et autres Orange en situation de monopole s’accordant sur des tarifs hors de prix, on ne trouve pas tous les jours un free (intéressé d’ailleurs, il ne s’agit pas de solidarité) qui tente le coup de poker en brisant l’omerta. Et nous sommes plus souvent des poires, pressées comme des citrons face à des entités basées dans les paradis fiscaux, dont l’adresse est inaccessible et les chargés de communication transformés en robots. Un enfer pour nombre de personnes âgées censées elles aussi se référencer sur Internet, utiliser des DAB, ou imprimer leurs billets de train, services qui leur sont facturés une fortune si elles ne parviennent pas à entrer dans le logiciel.

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Les caissières, à qui l’on demandait jusque-là d’être muettes et rapides vont bientôt être éliminées
De l’autre côté du miroir, la vie quotidienne de ceux que l’on appelle les télévendeurs n’est pas une vie. Anonymat, robotisation, dépersonnalisation, le quotidien des caissières s’apparente à un enfer. D’autant qu’elles s’organisent au gré d’horaires en miettes, et de temps partiels, rendant impossible l’épanouissement d’une famille. On a beau jeu de retirer leurs allocations pour défaut d’éducation à des femmes vivant seules avec leurs enfants. Dans les grandes villes, elles travaillent au centre et terminent parfois jusqu’à 23 heures, avant de regagner leurs banlieues. Le tout pour des salaires le plus réduit possible. On leur demandait jusque-là d’être muettes et rapides au point que certains clients, tels ces chauffards qui oublient toute politesse au volant, les confondaient avec leurs machines. Qui n’a pas soufflé derrière un habitué osant parler du ciel nuageux à l’une ou l’un d’entre elles -ici le féminin l’emporte sur le masculin sans que le combat féministe n’y gagne, peut jeter la première pièce. On croyait ces employés au bout du rouleau, les voici bientôt hors service, hors circuit.

L’automatisation et les réseaux numériques vont remplacer près d’un poste du secteur tertiaire sur deux les vingt prochaines années.
Pierre Bellanger, fondateur et président du groupe Skyrock, auteur de « La souveraineté numérique », Stock, explique dans un article de son blog paru sur le Huffington Post* que la situation est pour le moins morbide : « Jadis, une crise faisait disparaître des emplois qui renaissaient la tempête passée ; aujourd’hui ce ne sont plus des emplois qui disparaissent mais des postes. Ceux-là ne réapparaissent plus au retour de l’activité. Ils ont été remplacés par des automatisations informatiques en réseau.
La crise économique a masqué une seconde crise plus grave et plus profonde : la crise numérique. Nous la devons au développement des réseaux informatiques et à Internet. L’Internet ne vient pas s’ajouter au monde que nous connaissons, il le remplace. Nous ne vivons pas une révolution industrielle comme jadis, qui était une sorte de passage de relais transformant le paysan en ouvrier puis l’ouvrier en employé, nous sommes – sans vraiment en avoir encore conscience – au cours, non pas d’une révolution, mais d’une substitution de notre système économique par Internet.
Selon une étude récente de l’université d’Oxford reprise par The Economist, qui en fit sa Une, et par le Financial Time, l’automatisation et les réseaux numériques vont remplacer près d’un poste du secteur tertiaire sur deux les vingt prochaines années. Dans quel monde vivrions-nous, si la moitié des classes moyennes avait perdu leurs emplois entre 1990 et 2010 ? C’est dans ce monde que nous allons.
On opposera à ce noir pronostic, le célèbre oxymore de la « destruction créatrice » de l’économiste Schumpeter. Selon cet adage, qui prône la mutation de l’ancien en moderne, même si la transition est douloureuse, chacun sera demain partie prenante de l’économie en réseau avec un nouvel emploi. À cela, deux remarques. La première : Internet, selon les projections, détruit quatre emplois pour un créé et seul un dixième de ces emplois est qualifié. La seconde : dans une économie mondialisée, les emplois sont détruits ici et créés ailleurs.
Demain, on ne se rappellera plus des subprimes ou de Lehman Brothers mais de notre inconscience de la crise numérique. On évoquera, avec stupéfaction pour les plus jeunes, cet ahurissant choix collectif qui nous fit financer par la dette un maintien fictif et chaque jour plus coûteux dans une économie du vingtième siècle en voie de disparition ».
Reste la vision des générations tombées dans l’Internet quand ils étaient petits :
« Concernant le remplacement des postes par des programmes informatiques, à mes yeux, la tâche finale reste la même qu’elle soit exécutée par un humain ou un robot » avance Benoît, 24 ans. « Avec l’avènement des algorithmes nous pourrions travailler moins tout en produisant la même quantité de richesse, voire plus. Le but ultime étant d’avoir de plus en plus de temps libre pour d’autres activités (associatives, solidaires, sportives, intellectuelles), et gagner de l’argent grâce à son « robot remplaçant ». Belle proposition, mais quid de la solidarité qu’elle implique ? Les 35 heures proposaient déjà un modèle de partage, à condition que les patrons jouent le jeu. »

Oser la résistance, en tout cas la prise de conscience
Et si nous décidions de ne pas utiliser les caisses automatiques qui gagnent nos espaces ? On pourrait, soyons fous, ne plus acheter ses livres sur la toile, manière de sauver la librairie indépendante et ses éditeurs plus réveillés que les autres, se battre pour ne plus être des zombies confrontés à d’autres zombies. Quand on pense que l’association « Génération précaire* » qui défend les stagiaires, a choisi l’anonymat pour défendre ses « sans voix », on comprend l’ampleur des dégâts. Depuis septembre, l’organisation a rejoint la Coalition Internationale pour des stages Équitables*, preuve que le mouvement peut s’épanouir jusqu’à gagner la partie en comptant sur l’Europe et le reste du monde. En neuf ans de combat pour les droits de ses troupes, l’augmentation du travail dissimulé en stages n’a fait que croître. Le 25 février dernier lors du vote de la cinquième loi concernant ce statut à l’Assemblée Nationale, une quinzaine de députés sur 577 étaient présents dans l’hémicycle alors que l’emploi des jeunes est une priorité du gouvernement, que 25% d’entre eux sont au chômage, et que l’âge du premier emploi stable atteint désormais 28 ans.
On attend surtout que la France connaisse de véritables actions de groupe à l’américaine pour lutter efficacement. Soyons nombreux à suivre le projet de loi déposé par le gouvernement qui vise à « rééquilibrer les pouvoirs entre consommateurs et professionnels ». Il est difficile de se battre contre un ennemi sans visage, mais n’est-il pas plus dur de ne rien faire ? Reprenons le fameux slogan de mai 68 à l’envers, le fameux « Fermez la télé, ouvrez vos yeux », sauf que cette fois l’écran sur lequel vous nous lisez peut être une arme contre cette guerre douce et sans nom qui détruit tout élan.
En 1968, il y avait encore une vraie crémière au coin de la rue. Pas une pimbêche chichiteuse et ultra chère tendance bobo bio. Une avec des rondeurs façon « gueule d’atmosphère »*. Elle nous donnait le beurre, l’argent du beurre et son sourire, ce « laissez-passer » humain, rien qu’humain, si bellement humain.

Bien à vous,

Corinne Lellouche

Corinna

En savoir plus :

*Abbey Road, , source wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbey_Road_%28album%29
Le 20 août 1969, les quatre Beatles sont réunis pour la toute dernière fois en studio et, vers la fin de septembre, au moment où le disque paraît, John Lennon met fin au groupe en lui annonçant son départ définitif. La séparation des Beatles n’est toutefois officialisée qu’en avril 1970. Répandue à la fin des années 1960, la rumeur prétendait que Paul McCartney, bassiste des Beatles, serait mort en 1966 dans un accident de voiture et qu’un sosie l’aurait remplacé. C’est le disc-jockey américain Russ Gibb qui aurait lancé cette rumeur le 12 octobre 19691,2.
L’événement déclencheur est la pochette du disque, représentant les quatre Beatles traversant un passage piéton. La configuration de la scène regorgerait de preuves concernant la mort de Paul McCartney. D’abord, celui-ci est pieds nus, comme les personnes enterrées en Inde. Il est précédé par Ringo Starr habillé en noir — couleur de la mort en Occident — et par John Lennon habillé en blanc — couleur de la mort en Orient. George Harrison ferme la marche, et son jean témoignerait du fait qu’il s’est chargé de la mise en terre.
De plus, la plaque d’immatriculation de la voiture en arrière-plan, LMW 28 IF, signifierait « Living McCartney Would be 28 IF », soit « Paul McCartney vivant aurait 28 ans si… »3. En réalité, étant né en 1942, Paul McCartney avait 27 ans à cette époque.
La rumeur faisait suite à des interrogations sur l’absence d’album des Beatles entre l’été 1966 (Revolver) et l’été 1967 (Sgt. Pepper’s), rompant leur cadence de deux albums par an, sur fond de rumeurs parfois de dissolution du groupe, parfois de départ de Paul, et d’abandon annoncé des tournées du groupe.

*Philippe Pierre Adolphe, le Maquis
http://gonzai.com/le-son-du-maquis-decade-pierre-adolphe-et-le-maquistador/

http://www.mondomix.com/news/label-le-son-du-maquis-n-a-peur-de-rien-sauf-des-etiquettes

http://fr.wikipedia.org/wiki/Kraftwerk

*PIPPA
 Éditions
Librairie – Galerie 
25, rue du Sommerard – 75005 Paris
Tél : 01 46 33 95 81 
mél : sitepippa@gmail.com

*Après la crise économique, la crise numérique
Par Pierre Bellanger, fondateur et président du groupe Skyrock
Pierre Bellanger est l’auteur de « La souveraineté numérique » paru chez Stock
http://www.huffingtonpost.fr/pierre-bellanger/souverainete-numerique-economie_b_4847620.html

Nous traversons depuis six ans une crise financière qui a profondément perturbé nos économies. Aujourd’hui, certaines nations regagnent le chemin de la croissance. Mais avec une différence par rapport aux crises d’antan : l’emploi ne reprend pas avec la même vigueur. Nous assistons à un découplage progressif entre croissance et emploi. C’est un phénomène nouveau qui met en cause la plupart des remèdes actuels au chômage fondés sur la traditionnelle corrélation directe entre travail et dynamique économique.
Jadis, une crise faisait disparaître des emplois qui renaissaient la tempête passée ; aujourd’hui ce ne sont plus des emplois qui disparaissent mais des postes. Ceux-là ne réapparaissent plus au retour de l’activité. Ils ont été remplacés par des automatisations informatiques en réseau.
La crise économique a masqué une seconde crise plus grave et plus profonde : la crise numérique. Nous la devons au développement des réseaux informatiques et à Internet. L’Internet ne vient pas s’ajouter au monde que nous connaissons, il le remplace. Nous ne vivons pas une révolution industrielle comme jadis, qui était une sorte de passage de relais transformant le paysan en ouvrier puis l’ouvrier en employé, nous sommes – sans vraiment en avoir encore conscience – au cours, non pas d’une révolution, mais d’une substitution de notre système économique par Internet.
Selon une étude récente de l’université d’Oxford reprise par The Economist, qui en fit sa une, et par le Financial Time, l’automatisation et les réseaux numériques vont remplacer près d’un poste du secteur tertiaire sur deux les vingt prochaines années. Dans quel monde vivrions-nous, si la moitié des classes moyennes avait perdu leurs emplois entre 1990 et 2010 ? C’est dans ce monde que nous allons.
On opposera à ce noir pronostic, le célèbre oxymore de la « destruction créatrice » de l’économiste Schumpeter. Selon cet adage, qui prône la mutation de l’ancien en moderne, même si la transition est douloureuse, chacun sera demain partie prenante de l’économie en réseau avec un nouvel emploi. À cela, deux remarques. La première : Internet, selon les projections, détruit quatre emplois pour un créé et seul un dixième de ces emplois est qualifié. La seconde : dans une économie mondialisée, les emplois sont détruits ici et créés ailleurs.
Demain, on ne se rappellera plus des subprimes ou de Lehman Brothers mais de notre inconscience de la crise numérique. On évoquera, avec stupéfaction pour les plus jeunes, cet ahurissant choix collectif qui nous fit financer par la dette un maintien fictif et chaque jour plus coûteux dans une économie du vingtième siècle en voie de disparition.
Imaginons-nous dans un passé alternatif, au début du vingtième siècle, alors que l’industrie automobile se destine à devenir le cœur de l’économie entière. Que ferions-nous si nous avions les mêmes réflexes qu’aujourd’hui ? Des start-ups ! Une pour les rétroviseurs, d’autres pour les balais d’essuie-glace ou les housses de siège … Et ne doutons pas qu’un Ministre bienveillant remettrait chaque année la « Housse d’or » à la plus méritante. Une pléthore d’équipementiers mais pas de motoriste ? Ah non.
Qu’est qu’un motoriste dans l’économie d’Internet ? Il répond du nom de résogiciel, c’est-à-dire un réseau de services liés (moteur de recherche, courrier électronique, carnet d’adresse, calendrier, carte, etc. …). Ce réseau de services s’adosse à un système d’exploitation (logiciel qui pilote les machines), ainsi qu’à des infrastructures de réseaux et à des offres de terminaux. Un écosystème complet qui est si utile et pratique que l’on ne peut plus s’en passer. Le modèle de la chaîne de valeur est simple : le plus productif capte la valeur du moins productif. Ainsi l’économie d’un pays voit sa valeur passer au réseau numérique et cette valeur est ensuite répartie entre résogiciels rivaux.
Nous sommes absents en tant que grande nation industrielle de ce transfert. Nous ne maîtrisons pas notre destin sur les réseaux informatiques. Telle est la question soulevée par la souveraineté numérique.
Et cette perte de souveraineté n’est pas qu’économique. Que signifie le défilé militaire du 14 juillet lorsque notre État est incapable de garantir à ses citoyens le secret de la correspondance ? Ce n’est pas la France, c’est la Syldavie de Tintin.
Nos stratégies, nos brevets, nos conversations, nos secrets sont à livre ouvert pour autrui. Qu’est qu’un pays qui ne peut plus protéger ni la vie privée, ni la confidence nécessaire à l’élaboration de toute propriété intellectuelle ? C’est une colonie, un parc d’attraction houellebecquien, un musée.
Que faut-il faire ? Écrire un livre ? Alerter les plus hautes autorités de l’État ? C’est fait. Et maintenant ? Il faut une cadre législatif qui se fonde sur la liberté des utilisateurs et non plus sur le pillage des données. Beaumarchais a inventé le droit d’auteur, à nous de créer un nouveau droit de propriété : celui de sa trace numérique sur les réseaux. Cette propriété des données informatiques personnelles oblige à créer de nouveaux logiciels respectueux des utilisateurs : c’est la seconde chance de l’industrie européenne du logiciel. Ensuite, il faut localiser les données : tout captation et traitement de données provenant d’un citoyen européen doit avoir lieu sur le territoire communautaire et répondre de ses tribunaux. De plus l’exportation réglementée de données personnelles hors de l’Union doit être taxée, c’est la dataxe. Et enfin, tous les échanges informatiques français et européens doivent être systématiquement cryptés.
Cela fait, il nous faut un résogiciel national et européen. Plusieurs formules pour y parvenir sont possibles et quelques erreurs sont à éviter. Il y a plusieurs bonnes solutions et des exemples internationaux. Il sera le moteur de la mise en réseau de notre économie et de chacun de ses secteurs. Le réseau est notre chance et la condition de notre maintien dans ce monde nouveau. Et il nous faut comme centre de gravité de ce résogiciel un système d’exploitation souverain qui pilotera toutes les machines. Je vais le dire en anglais pour faire plus crédible : a sovereign operating system. L’acronyme qu’on tire signale la gravité de la situation. Nous sommes obligés d’être optimistes. Ne voit-on pas déjà l’Allemagne et le Brésil se réveiller ? Notre pays n’est-il pas en train lui aussi de prendre conscience ?
La croissance des réseaux informatiques est exponentielle, c’est-à-dire qu’elle est de plus en plus rapide. Nous n’avons pas le luxe du temps, c’est un état d’urgence. L’étude de The Economist calcule la probabilité de remplacement des emplois par les machines en réseau, métier par métier. Si vous êtes thérapeute, dentiste, entraîneur sportif ou prêtre, ne tenez pas compte de cette tribune. Tout va bien.

*Génération précaire
http://www.generation-precaire.org/

* Coalition Internationale pour des stages Equitables
http://fairinternships.org/

*Dialogue mythique du film Hôtel du Nord de Marcel Carné avec Arletty et Louis Jouvet
http://mietteaglu.tumblr.com/post/17448262093/hotel-du-nord-dialogue